Rupture nécessaire

C’était devenu intenable. Yves Bolduc ne pouvait plus demeurer ministre de l’Éducation. Homme au tempérament volontaire, bon enfant, voire candide, il avait multiplié les bourdes depuis son arrivée en poste. À travers ces faux pas, un fil rouge : diminution des exigences, de l’importance de la culture, notamment québécoise ; refus d’admettre certains problèmes de fond du système. Toutes choses avec lesquelles son successeur devrait rompre.

Le maroquin de l’Éducation a toujours semblé une sorte de prix de consolation offert à l’ancien ministre de la Santé Yves Bolduc. Le jour de son assermentation, en avril 2014, il avait refusé de hiérarchiser les choses en ces termes : « Ministre de la Santé, c’était 9,5 sur 10, député avec une pratique médicale, c’était 9. L’Éducation, 9,5. » Sa performance ne mérite certainement pas la même note. Et nous n’avons pas ici en tête que ses bourdes, mais, surtout, ses décisions et orientations, souvent oubliées dans les analyses.

Dès son arrivée en poste, il précipita quelques gestes qui ont eu pour effet de miner la présence du contenu québécois à l’école : report de la réforme de l’histoire au secondaire ; annulation du cours d’histoire du Québec au collégial ; abolition de quatre chaires en études du Québec.

Au sujet des compressions dans les bibliothèques il avait lancé, lors d’une interview au Devoir : « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça. » Venant d’un titulaire de l’Éducation, ces propos étaient pour le moins déconcertants. (Dans l’opposition, il avait fustigé le ministre de la Santé Réjean Hébert en ces termes : « Quand vous écoutez ses réponses, là, c’est des réponses de livres. »)

Ministre de l’Éducation, M. Bolduc a aussi encensé le rapport Demers, texte empreint d’une logique de « droit au diplôme » ; rapport qui propose de réduire à sa plus simple expression la formation générale au collégial. Or, M. Bolduc disait vouloir appliquer « intégralement » ce rapport (ce qui semble en voie d’être annoncé). Heureusement, un sain tollé l’empêcha de reprendre une des suggestions, soit l’abolition de l’Épreuve uniforme de français, dont la réussite est conditionnelle à l’obtention du diplôme. M. Bolduc a cependant fait savoir que l’examen serait désormais appliqué avec plus de « flexibilité ».

Récemment, face à un rapport accablant de chercheurs universitaires sur les effets du renouveau pédagogique, M. Bolduc avait, sans rire, affirmé : « Plus ça va aller et mieux ça va aller. » M. Bolduc avait aussi minimisé l’effet d’une augmentation des ratios maître-élèves en classe.

Lors de son éphémère présence à la tête du ministère, au nom de la « réussite », M. Bolduc s’est au fond montré prêt à diminuer l’importance de la culture, de la transmission, de la rigueur dans l’éducation québécoise. Son successeur doit rompre avec cette orientation.

Cela sera-t-il possible ? Après tout, Philippe Couillard avait affirmé en décembre 2014 que M. Bolduc incarnait la « vision » libérale de l’école « de l’année 2020-2025, la salle de classe, l’école, comme étant le point central de notre système d’éducation ».

Par ailleurs, ce départ devrait être une occasion pour le gouvernement et les parlementaires de prendre deux décisions quant au traitement des élus. D’une part, comme le suggère le commissaire à l’éthique Jacques Saint-Laurent, il faut resserrer la possibilité, pour les députés, de travailler en dehors de l’Assemblée nationale (comme M. Bolduc en a abusé). Enfin, l’allocation de transition — que M. Bolduc entend toucher —, ne devrait pas être accessible aux élus qui quittent leur siège avant la fin de leur mandat, à moins d’un grave problème de Santé, comme l’écrivait un groupe de travail (dont était l’ancienne juge Claire l’Heureux-Dubé).

13 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 27 février 2015 06 h 34

    Triste épisode que celle du ministre Bolduc .....

    En peu de temps bolduc a fait un tort considérable au ministère de l'éducation ce qui est clairement résumé par monsieur Robitaille .... Il faut espérer que son remplacant ait minimalement une vision du monde de l'éducation ....
    Le feux n'étant plus sur Yves Bolduc , d'autres maillons faibles se signaleront et les problèmes de communication et de cohésion du premier ministre ne seront pas disparus pour autant ....

  • François Dugal - Inscrit 27 février 2015 07 h 50

    Faux départ

    Le Dr Yves Bolbuc va recevoir une indemnité de "départ" pour revenir à une profession qu'il n'a jamais quitté. Cette Indemnité représente environ quatre fois mes émoluments annuels de retraité de l'enseignement.
    Quand j'ai pris ma retraite, non seulement la maison d'enseignement pour laquelle je travaillais ne m'a rien donné, mais je m'estime heureux de ne pas avoir reçu de coup de pied ... à la partie de l'anatomie prévue à cet effet.

  • Richard Boudreau - Abonné 27 février 2015 09 h 19

    Comment a-t-il fait pour se rendre là?

    Il y a des mystère dans la vie et ma carrière en gestion de la santé m'en a fait voir quelques uns.
    Du temps où il était administrateur (DSP) à Alma, le docteur Bolduc a pris le crédit de l'amélioration des services d'urgence dans son établissement en mettant sur pied une démarche selon la méthode Toyota. Immédiatement il est devenu un expert en gestion de services de santé et reçut des mandats (payants il va sans dire) importants dans plusieurs régions du Québec. On sait qu'il aime le travail, mais les résultats devraient être garants de l'utilité de ce travail. La notoriété n'est pas un gage de succès, on a pu le voir autant en administration qu'en politique pour ce médecin. A-t-on besoin à ce point de croire en des vedettes qu'on ne peut discriminer sur les performances réelles?
    Il est désolant de constater qu'on élit des politiciens en fonction d'une image plutôt qu'en fonction de leur intelligence et de leurs réalisations.

    • Lyette Jalbert - Inscrite 27 février 2015 12 h 26

      Si vous avez fait une carrière en gestion de la santé comme je l'ai fait moi-même, vous avez du démontrer vos connaissances et vos expérience avant d'obtenir un poste bien inférieur à celui de . Pourqu oi les mêmes exigences ne s'aplliquent pas quand le Premier Ministre attribue des postes à ses amis ? Bolduc est parti avec une cagnotte mais Barette est encore en poste et il n'a pas plus de compétence et/ou de connaissances en administration de la santé, c'est à pleurer de le voir saccager tout ce qui a été construit au prix de tant d'efforts de toutes et tous.

  • Jean-François - Abonné 27 février 2015 09 h 23

    Bravo!!!!

    600 000$ pour l'élection partielle

    155 000$ de prime de départ

    Tout ça pour avoir nommé Yves Bolduc à l'Éducation comme prix de consolation à défaut de la Santé, avec à la clef une gestion pour le moins boiteuse et des déclarations scandaleuses et futiles.

    Bravo pour la gestion du Québec Mr. Couillard!

    Pas pour rien que le Parti Libéral est fédéraliste à outrance; il n'aurait aucunement la trempe pour diriger un Pays.

  • Jean Lapierre - Inscrit 27 février 2015 10 h 02

    Innocent

    Votre liste n'est pas complète M. Robitaille: homme au tempérament volontaire, bon enfant, voire candide. Il faudrait ajouter: innocent même. Innocent au sens de: allez-vous en chez vous, comme dirait le juge, je vous déclare innocent, trop innocent (extrait d'un sketche de Mario Jean). Trop innocent, mais pas au point de ne pas savoir comment se bourrer les poches.

    • Jean-Pierre Audet - Abonné 27 février 2015 13 h 45

      Presque trop innocent pour être déclaré coupable !