Pousse-au-crime

Il y a deux mois, le monde découvrait le détail de la fraude fiscale ciselée par un État, le Luxembourg, au bénéfice des compagnies, des mastodontes de l’économie monde. Aujourd’hui, nous voici saisis par l’usage massif par la banque britannique HSBC des perversités financières conçues à l’ombre du massif suisse pour le bien-être de l’individu très particulier, car riche et amoral. Bref, la bête se goinfre encore et toujours du sang des autres.

Au début de l’année 2014, le journal Le Monde a reçu une clé USB dans laquelle étaient consignés les identités des 100 000 détenteurs de comptes de la filiale suisse de HSBC ainsi que les montants « camouflés » et donc les transactions qui leur sont inhérentes. L’énormité du dossier ainsi que la diversité géographique qui lui est propre ont convaincu ce quotidien de partager avec une soixantaine de médias les informations colligées par un ex-informaticien chez HSBC en Suisse. Son identité? Hervé Falciani. La table ayant été mise, passons au vif, c’est le cas de le dire, du sujet.

Entre le 9 novembre 2006 et le 31 mars 2007, autrement dit en cinq mois et seulement cinq mois, 180 milliards de dollars ont convergé vers la bien-nommée HSBC Private Bank. La rapidité avec laquelle un montant aussi gigantesque, un montant égal à plus de la moitié de la dette grecque, a déménagé de X nombres de pays vers Genève est le reflet d’une réaction très vive, car empreinte d’une énorme gourmandise de la part de la direction de HSBC. On s’explique.

Lorsque la haute direction de la plus intercontinentale des banques a appris que la Commission européenne introduirait une taxe sur la fiscalité de l’épargne le 1er juillet 2005, la direction en question et son président, Stephen Green, ont ordonné l’édification immédiate de ce qu’il faut bien nommer une multinationale de la fraude fiscale. Mais encore ? Le siège de HSBC a sommé tous les dirigeants de ses filiales réparties dans 80 pays de faire l’inventaire des clients les plus fortunés et de les diriger, de manière qualifiée d’agressive, vers le bras suisse de cette banque née à la faveur de la guerre de… l’opium dans le dernier quart du XIXe siècle. Comme quoi, osons le dire, le blanchiment de l’argent sale est dans l’ADN de HSBC. À preuve…

Après avoir recyclé les milliards des cartels mexicains et argentins de la drogue par le biais de HSBC à Miami, son pendant suisse a blanchi l'argent des truands, des fraudeurs, des sportifs, des artistes. Elle a érigé des paravents au bénéfice des grandes fortunes et des riches héritiers. Elle a poussé l’odieux jusqu’à fermer les yeux sur la circulation de sommes colossales entre des princes saoudiens et… al-Qaïda ! Bref, HSBC a tiré profit à grande échelle des trous noirs de la réglementation consécutifs au décloisonnement des institutions financières commandé dans les années 1980 par Ronald Reagan, Margaret Thatcher, Brian Mulroney et quelques autres.

Oui, le décloisonnement… Lorsqu’on ajoute à ce scandale celui du LuxLeaks, celui de la vente de produits frelatés — les subprimes —, celui de la notation assassine et non loufoque de Moody’s et consorts, celui des millions de primes accordées à la suite du sauvetage public de Merrill Lynch et AIG, celui de la manipulation des taux de change en général et du Libor en particulier et bien d’autres qu’on oublie, on est en droit de formuler l’hypothèse suivante : est-ce que l’aléa moral ne serait pas la conséquence du laisser-aller induit évidemment par le décloisonnement, par ce qui fut en fait la destruction des frontières édifiées au lendemain de la crise de la crise de 1929 entre les banques, les fiducies, les assurances et les valeurs mobilières ?

Car ce sont bel et bien les banques qui ont fait main basse sur les fiducies et autres. Ce faisant, les HSBC de ce monde se sont dotées d’expertises et de réseaux géographiques si étendus qu’elles ont accouché de ceci : une concentration jamais vue de capital dans l’histoire. Au ras des pâquerettes, cela s’est traduit par ceci : ces banques sont si gigantesques qu’elles font partie de la liste des entreprises trop grosses pour que les États les laissent tomber (« too big to fail »). Bref, elles jouissent plus que tout autre et de manières diverses de l’aléa moral.

On se souvient clairement qu’à la fin des années 80, les présidents des compagnies québécoises d’assurances, le Groupe Commerce, Les Coopérants, L’Industrielle Alliance et autres, ainsi que les dirigeants de fiducies, notamment ceux du Trust Général, avaient lancé une mise en garde contre le décloisonnement en prévenant que les excès lui sont inhérents. Bref, ils furent lucides.

Les excès… Dire que la dette grecque et celle de bien des pays, l’austérité et son cortège d’amputations sur le flanc des services sont contenus dans les chiffres de HSBC, UBS et autres, n’est en rien démagogique. Ces derniers sont des prescripteurs du crime sous toutes ses formes.

28 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 11 février 2015 00 h 26

    Harper, mou contre les riches

    Le gouvernement Harper a négocié secrètement le remboursement de sommes impayées par un petit nombre de clients-fraudeurs de HSBC mais n’a pas jugé bon intenter des poursuites à ce sujet.

    Le résultat est que les fraudeurs canadiens ne sont pas incités à prendre l’initiative de se dénoncer; ils ont intérêt à ne rien dire et à payer les sommes dues si jamais ils se font pincer.

    En vertu de la loi et de l’ordre — un thème cher au gouvernement Harper — on se demande pourquoi le citoyen surpris à voler un pain à l’épicerie devrait se retrouver avec un casier judiciaire, alors que celui qui vole des millions au fisc ne devrait que payer les sommes dues.

    • Michel Blondin - Abonné 11 février 2015 12 h 01

      @M Martel,
      Ce qui inquiète est que les fonctionnaires de l'ARC (agence de Revenu Canada) ont des obligations d'agir devant les fraudes qui sont contrecarrées par le politique sans que personne jappe à l'infiltration du personnel des gouvernements politiques dans des décisions administratives. Cela me surprend.

      Un fonctionnaire devant de telles recherches internationales voit clairement le lien avec les cotisations et doit agir.

      Ce n’est pas d'hier que je demande comme bien d'autres, des pénalités et des moyens de contraindre les banques à transmettre des données. Ils ont reporté en 2015... après les élections, les transmissions électroniques de données de plus de 10 000 $ hors pays. Les ententes avec ces paradis et les banques utilisent les jargons techniques d'hyper spécialistes comme paravents et sont presque des moyens de temporiser, de ne pas attraper les "gentlemen"..... que vous appelez clients-fraudeurs. Le bien du peuple est une notion méprisée par bien de ces élitistes odorants. Mou contre les riches dites-vous, est un euphémisme.

    • Michel Blondin - Abonné 11 février 2015 12 h 01

      @M Martel,
      Ce qui inquiète est que les fonctionnaires de l'ARC (agence de Revenu Canada) ont des obligations d'agir devant les fraudes qui sont contrecarrées par le politique sans que personne jappe à l'infiltration du personnel des gouvernements politiques dans des décisions administratives. Cela me surprend.

      Un fonctionnaire devant de telles recherches internationales voit clairement le lien avec les cotisations et doit agir.

      Ce n’est pas d'hier que je demande comme bien d'autres, des pénalités et des moyens de contraindre les banques à transmettre des données. Ils ont reporté en 2015... après les élections, les transmissions électroniques de données de plus de 10 000 $ hors pays. Les ententes avec ces paradis et les banques utilisent les jargons techniques d'hyper spécialistes comme paravents et sont presque des moyens de temporiser, de ne pas attraper les "gentlemen"..... que vous appelez clients-fraudeurs. Le bien du peuple est une notion méprisée par bien de ces élitistes odorants. Mou contre les riches dites-vous, est un euphémisme.

    • Jean Lapierre - Inscrit 11 février 2015 14 h 02

      Punir, oui, je veux bien, mais plus important encore c'est d'instaurer un système qui prévient le crime. Facile dans le cas du voleur de pain: un petit système d'alarme peut faire l'affaire. Dans le cas des bandits à cravate, le problème majeur vient de l'absence de volonté politique. Et pour cause: les bandits à cravate sont les pourvoyeurs des partis politiques, v.g. les frères Koch , la plus grosse fortune aux USA, pourvoyeurs du Parti Républicain. Démoralisant.

    • Réjean Boucher - Inscrit 11 février 2015 15 h 00

      Vous avez bien raison M. Martel! C'est comme si Vincent Lacroix après s'être fait pincer pour avoir frauder 9 200 individus pour un montant total de 130M$ aurait dit :" Ok, je vais rembourser" et qu'on l'aurait laisser aller en lui disant de ne pas recommencer. Faut croire que dans "le plus meilleur pays au monde", frauder 33 millions de contribuables est beaucoup moins grave que d'en frauder 9200! Faut croire aussi que Lacroix avant d'être riche de son crime, n'était pas assez riche pour mériter la clémence des gouvernement.

  • Denis Paquette - Abonné 11 février 2015 02 h 52

    Arrive alors ce qui doit arriver

    Pourquoi parlez- vous de crime tandis que c'est de révolutions qu'il faudrait parler, mais je sais une chose, elle viendra, ne dit on pas que le mépris ne peu durer qu'un temps, en fait les peuples sont patients, mais un jour , l'écoeurement fait son travail et alors arrive ce qui doit arriver, tous les espece ont besoin de purges

    • Clermont Domingue - Abonné 11 février 2015 11 h 10

      Et cette purge est déjà en cours...Croyons-nous que ces milliers de radicaux qui veulent détruire notre monde ont simplement hâte d'aller au Paradis d' Allah?

  • Gaston Bourdages - Inscrit 11 février 2015 03 h 17

    Et puis...et puis...je m'imagine un scénario...

    Je suis dans la peau...certainement pas ailleurs (ailleurs ici pour coeur et âme...«peau» pour tête, cerveau) d'un des dirigeants désignés et je lis l'étoffé «papier» de monsieur Truffaut pour terminer en disant ou à voix basse ou l'inverse: «Causez toujours mes lapins...mon statut me confère un DROIT d'impunité qu'à ma guise je métamorphose en totale immunité. Quant au petit peuple...je n'en ai rien à...» Feu Nicolas de Malebranche gagnerait à être ressuscité. Devant une telle description, y a-t-il un seul mince espace pour y inviter cette très grande dame appelée «morale». Ah! l'élasticité des consciences...l'inventeur de l'élastique, monsieur Perry, grimace. Puis à plus y penser à quand l'organisation d'un «Bal des consciences tordues» ? Quel party en vue ! Il risque d'y avoir foule. Des invitations à transmettre à des gens ayant témoigné à La Commission Charbonneau ?
    Pour avoir, à raisons, connu et expérimenté prison et pénitencier(s), ( à titre de «client») que de souvenirs rappelés par monsieur Truffaut !
    Gaston Bourdages,
    Auteur,
    http://unpublic.gastonbourdages.com

    • Jérôme Brisson - Inscrit 11 février 2015 09 h 34

      "On disait d'un faux humble qu'il parlait toujours très modestement de lui-même... mais sans cesse."

      - Doris Lussier, "Philosofolies" (1990)

    • Gaston Bourdages - Inscrit 11 février 2015 10 h 36

      Mercis monsieur Brisson. Mes limitées connaissances font qu'il m'est parfois difficile de commenter je dirais de façon(s) intelligentes. Je suis un «S.P.» pour «sans papier» académique avec et malgré mes 15 et + années d'études dont trois universitaires. Celles-ci post-carcérales. Avec de telles limitations, il me reste le choix...j'en suis libre...de commenter à partir de mes propres expériences. Des millions$ j'ai aussi «brassés». Lorsque monsieur Truffaut «parle» de moralité...(Cf. «Aléa moral), je m'y reconnais. Quant à mes manques d'humilité, je vais redemander à mon épouse de continuer à m'y être vigilante. «Pis», je pense qu'il est de mise de prier dame humilité de m'aider à ne plus être «faussement humble»
      Mes respects,
      Gaston Bourdages,
      Auteur
      http://unpublic.gastonbourdages.com

  • Rafik Boualam - Inscrit 11 février 2015 06 h 37

    Et

    Et pendant ce temps, on s'attaque aux salariés, ã ceux qui triment dur pour boucler la fin du mois, on s'attaque aux politiques sociales, on cible les plus démunis. J'aimerai entendre monsieur Coiteux exprimer son opinion ã ce sujet.

  • Louis Gérard Guillotte - Inscrit 11 février 2015 07 h 41

    A l'origine?

    Quelle aura été,à l'origine,la force qui aura pu proposer,suggérer et commanditer le
    décloisonnement des institutions financières,à commencer par les banques?
    Où loge cette force capable d'influencer le président américain et sa suite,la première
    ministre anglaise et ses lords,et celui du Canada,lesquels n'auront vu que poudre-de-
    perlin-pin-pin!!La Banque-Mondiale qui chapeaute tous ces valets élus démocratique-
    ment (ouf!) et son infanterie d'économistes accréditeurs et bien logés au Palais.
    Ce décloisonnement souhaité et commandé ne relève-t-il pas de la fameuse et hila-
    rante "théorie du complot"?Le Complot de l'enrichissement perfide quelques soient les
    dommages colatéraux;de mémoire historique,à ma connaissance,le tout premier fut
    mis en place lors de famines européennes causées par de très mauvaises récoltes et
    durant lesquelles on engrangeait les moissons pour créer encore plus de rareté afin de faire monter les prix sans aucune considération pour les souffrances humaines.
    La mécanique patentée et aujourd'hui disséquée de la Crise des années 20 nous fait
    comprendre que ce "Complot bancaire" s'élabore et se construit minitieusement au
    fil des décennies si les bonnes personnes sont à la bonne place aux Palais des four-
    beries maintenant mondialisées par un paquet de facilités technologiques!!