Pièges de l’âge

Les cinq candidats à la direction du Parti québécois n’appartiennent pas à ce qu’on appelle la « vieille garde ». Les plus « anciens », Bernard Drainville et Alexandre Cloutier, furent élus en 2007. Ils ont été ministres, certes, mais brièvement, dans l’éphémère gouvernement Marois. À la tête du PQ, il y a donc à l’oeuvre, objectivement, un renouvellement. Mais cela ne s’observe pas dans les intentions de vote.

Sil y a un renouvellement indéniable à la tête du Parti québécois, aucun phénomène parallèle ne s’observe dans les intentions de vote du sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal de la fin de semaine. C’est même le contraire. Le gros des appuis du PQ se concentre dans les 55-64 ans ; et seuls 17 % des 18-24 ans voteraient pour lui. Un coup de sonde de CROP, au mois d’octobre, avait conclu que 69 % des 18-24 ans voteraient Non lors d’un référendum sur la souveraineté.

Au sein du mouvement souverainiste, plusieurs fondent beaucoup d’espoir dans l’expérience d’Option nationale, montée en quelque mois par Jean-Martin Aussant grâce à des militants jeunes. Il faut tout de même admettre que ce parti n’a obtenu que 1,89 % en 2012 et 0,73 % en 2014.

Ces phénomènes inquiètent avec raison les autorités du PQ. Ils suscitent une surenchère « jeuniste » qui peut être ennuyeuse : « Les amendements pour décider si nous sommes pour les jeunes, moins pour les jeunes, plus pour les jeunes que pour les vieux, écolos,progressistes, réactionnaires, libéraux ou sadomasochistes, on devrait laisser ça à la maison », ironisait un militant péquiste dans un blogue, dimanche, à son retour du conseil national.

Toute entreprise de « rajeunissement » comporte, pour une organisation, plusieurs pièges. À ne lancer que des « Eh toi, le jeune ! », on peut l’effaroucher. « J’ai vingt ans, c’est mon âge. Ce n’est pas mon être » (Finkielkraut), devraient rappeler les représentants jeunes à la direction.

Chose certaine, la théorie des « fédéralistes mourants », mise en avant entre autres par l’ancien chef Bernard Landry, où la majorité référendaire tomberait comme un fruit démographique mûr pour le Oui, a été définitivement infirmée.

La jeunesse n’est plus ce qu’elle était. La manière de « faire société », à l’ère des nouveaux médias, y est pour beaucoup. Chacun a tendance à s’enfermer dans sa niche d’intérêt ; les phénomènes de masse sont planétaires et américains… Dans le « bon vieux temps » des médias de masse, l’espace de débat était plus spontanément national.

Depuis 20 ans, l’école a aussi travaillé au corps l’idée de la nation dans les jeunes générations. Elle a fait de l’« ouverture sur le monde » une valeur tellement dominante, voire unique, qu’il en résulte, chez plusieurs enseignants et élèves, un oubli, voire un refus, de soi. Le refus, par une bonne portion de la jeunesse, de la charte des valeurs du gouvernement Marois venait aussi de là. Curieusement, c’est le PQ, avec ses réformes (notamment le renouveau pédagogique au tournant du siècle), qui a, en partie, scié la branche nationale sur laquelle il était assis. De retour au pouvoir en 2012, minoritaire, il tenta de rectifier certains éléments du programme, mais manqua de temps.

De nombreuses jeunes femmes soutiennent que, pour elles, le féminisme n’est pas nécessaire ; ce qui enrage celles qui ont eu à mener les combats et qui en voient d’autres à mener. Il en va sans doute un peu ainsi des combats nationaux : plusieurs jeunes croient que tout est acquis pour les Québécois. Langue, statut politique, pouvoir de l’État québécois, etc. Faire comprendre que le combat pour l’existence nationale n’est jamais terminé sera sans doute un des principaux défis du prochain chef du PQ.

36 commentaires
  • - Inscrit 10 février 2015 05 h 04

    Beaucoup de vrai dans ce constat.

    J'ajoute... hélas !

    Il y a dans l'histoire des peuples, donc du monde, des cycles: les marées hautes, les marées basses. Pour les sociétés, il y a les temps prosaiques, quand tout semble se passer aux ras des paquerettes et les temps héroiques, qui semblent des resurgeances, la découverte d'une possibilité d'inventer, de changer les choses.

    Nous sommes, au Québec, au creux d'une période prosaique, une période de temps ordinaire, la grisaille quoi. Ces périodes font leur temps et, souvent, plus vite que prévue, le vent tourne et on peut espérer une contestation des imprécations qu'on prenait pour des choses allant de soi.

    Que le cycle de la mondialisation ne soit pas encore complété est une évidence.

    Mais des signes sont manifestes que les peuples vont réagir contre ce néoconservatisme qui me rapelle le temps du système conservateur des dynasties transnationales, quand les peuples comptaient pour des prunes. Déjà les Grecs rejimbent. On fera tout pour les faire échouer, car le danger est qu'ils effectuenet une brèche dans ce système néo-artistocratique négateur des peuples et des différences culturelles qui font la richesse de l'Homme dans le monde.

  • Gaston Bourdages - Abonné 10 février 2015 05 h 23

    À quelle ère...

    ...sommes-nous...appartenons-nous lorsque je lis que «...tout est acquis pour les Québécois»? Est-il juste de penser que nous sommes à l'ère du flou ? Rien de clairement défini...nous nous laissons «balloter» au gré de...quoi au juste? Sans trop savoir où se diriger...le menu offert par la vie contemporaine étant à ce point garni...Suis-je dans le champ à penser...non pas nourrir l'idée...qu'une étincelle de vie n'est plus ? Vous savez cette petite luminosité intérieure qui engendre, qui nourrit une soif de vivre, de bien vivre la vie et sa vie, À ce que j'en sais...jusqu'à ce jour...nous n'en avons qu'une. Quant aux «Piège de l'âge...», j'ai le goût de demander à mes soixante et onze grisonnants printemps ce qu'ils en pensent? D'un, lis me sourient....d'affection. De deux, ...à venir...
    Gaston Bourdages,
    http://unpublic.gastonbourdages.com

  • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 10 février 2015 05 h 45

    «Depuis 20 ans, l’école a aussi travaillé au corps l’idée de la nation dans les jeunes générations. Elle a fait de l’« ouverture sur le monde » une valeur tellement dominante, voire unique, qu’il en résulte, chez plusieurs enseignants et élèves, un oubli, voire un refus, de soi.»

    Parce-qu'avant l'école insistait plus sur la nation? Quand, exactement? À l'époque des collèges classiques? Ça ne vous fatigue pas de répéter les thèses creuses de Bock-Côté que celui-ci n'a jamais même tenté de démontrer? C'est commode d'identifier des boucs émissaires abstraits de ce genre. C'est une façon facile d'éviter toute introspection. Et c'est ce que fait le PQ depuis dix ans, et c'est cela qui le coule. Rien d'autre. Le duplessisme avait été jeté aux ordures par les pionniers du mouvement souverainiste Québécois, et ça n'est pas de le déterrer 50 ans plus tard qui nous sauvera. Cessez de creuser votre trou, s'il vous plaît. C'est vraiment dommage pour nous tous.

    • Antoine W. Caron - Abonné 10 février 2015 21 h 32

      Vous étiez où? Je n'étais pas au collège classique mais à l'école secondaire publique. L'enseignement y était "ouvert sur le monde" mais sans renier l'idée de nation. Dommage que vous ayez raté ça.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 11 février 2015 12 h 26

      M. Caron, que savez-vous de comment l'enseignement a changé depuis que vous y étiez, et de ce que ce que vous considérez comme n'étant pas renier la nation suffise aux yeux de M. Robitaille? Moi aussi j'ai eu des cours d'histoire. Mais un cours de maths était un cours de maths.

      Peut-être faudrait-il que M. Robitaille définisse ce qu'il pense que constitue trop d'ouverture et pas assez de nation, et qu'il fasse un tout petit peu de recherche pour voir si son idéal a déjà existé, et quand. Or il observe la baisse de soutient au PQ chez les jeunes, et il émet une affirmation sur ce qu'en serait la cause sans l'étayer d'aucune façon. Ce qui me laisse croire que chercher la cause ne l'intéresse pas, mais avancer une position idéologique oui.

    • Antoine W. Caron - Abonné 11 février 2015 15 h 26

      Et bien j'ai des enfants qui sont allés et qui vont encore à l'école depuis les années ´80, jusqu'à aujourd'hui. De plus j'ai siégé sur des comités d'école. Et vous?

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 12 février 2015 09 h 39

      Et qu'avez-vous remarqué du rapport à la nation pendant ce temps? Y avait-il des cérémonies du drapeau dans les cours d'école en 1980? Prêchait-on l'appartenance à la nation Canadienne-Française pendant les cours de gym?

      Encore une fois, mon propos était que M. Robitaille fait les suppositions qui lui conviennent en les présentant comme des faits établis. Je crois qu'on peut entrevoir nombre d'autres raisons pour lesquelles le PQ n'est plus populaire auprès des jeunes. Le PQ lui-même avait fait enquête sur le sujet, en envoyant trois de ses jeunes députés faire enquête sur le terrain entre 2004 et 2006. Leur rapport et leurs conclusions ont été mis de côté. On a plutôt opté pour un virage néoconservateur identitaire en rupture complète avec l'héritage de personnages centraux du mouvement souverainiste comme Lévesque, Godin ou Bourgault.

  • François Ricard - Inscrit 10 février 2015 05 h 48

    L'Indépendance pour qui?

    Nous apprenons à nous sentir responsables des uns des autres quand nous partageons une histoire commune, une culture commune et que nous voulons faire face à l’avenir en un cadre accepté par tous. La solidarité responsable influe sur la qualité de la démocratie. Plus le sentiment d’appartenance au groupe est présent, plus le sentiment de responsabilité envers les membres du groupe se développe et plus la participation à la vie politique s’intensifie. Et la nation est le cadre par excellence pour l’exercice de la démocratie solidaire. Comme l’a si bien dit Alain Finkielkraut:" La nation est la collectivité où ce qui arrive à d’autres m’arrive à moi aussi." Cependant, depuis trente ans, nous avons négligé cet aspect identitaire.Il n'y a plus de liant dans la société québécoise. Et pas plus tard qu'hier, selon les reportages, le candidat vedette du PQ, M. Péladeau veut éviter cette question identitaire.
    Pour notre survie culturelle, il nous faut un pays.

    • Gaston Bourdages - Abonné 10 février 2015 10 h 51

      Vraiment appaisante que votre prose monsieur Ricard ! J'accroche sur «liant» en y associant «solidarité». Si nous osions articuler ensemble l'entrepreneurship des gens de la Beauce, le nationalisme des gens du Sauguenay Lac St-Jean, le «volontarisme» des gens de la Côte-Nord, le calme flegme des Gaspésiens...bref si nous décisions d'unir ensemble toutes ces qualités identitaires régionales...
      Je rêve tout en essayant d'agir au lieu de parler...à mon fort humble niveau.
      Gaston Bourdages
      http://unpublic.gastonbourdages.com

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 10 février 2015 11 h 29

      M. Ricard..Avec tout le respect pour vos sentiments, l'exemple que je vais donner va mieux nous faire comprendre oû en sont nos jeunes...

      Je suis allée au Japon, en 1992..Je m'étais informée auparavant sur la culture et traditions japonaises millénaires...Arrivée au Japon, j'ai été confrontée avec un jeunesse qui imitait et idolâtrait la culture...américaine! J'ai eu un sentiment de déception..Comment peut-on avoir une culture si riche, si originale, si valable et twister au rythme des chansons superficielles américaines et s'habiller comme un teenage newyorkais???...

      Et, oui..Notre jeunesse est tournée vers la planète, l'espace, les nouvelles technologies..C'est ce qui les fascine! La crise identitaire des ainés ne les concernent que très peu...

  • Patrick Boulanger - Abonné 10 février 2015 07 h 34

    La fameuse indexation péquiste

    Lors du printemps érable, le PQ avait une chance en or de se rapprocher des " jeunes " et diminuant les frais de scolarité universitaires ou en maintenant le statut quo, mais il a préféré suivre l'opinion publique en indexant ces frais-là. Cela a été une des erreurs du gouvernement Marois à mon avis.

    • Richard Coulombe - Inscrit 10 février 2015 11 h 10

      Pour Marois, choisir les jeunes ou le pouvoir? On connait la réponse. Faut être naif pour penser que le PQ est plus pur que les autres partis. Le pouvoir pour le pouvour, toujours. Une exception, René Lévesque.

    • - Inscrit 10 février 2015 16 h 38

      Saint René, priez pour nous.

      M. Coulombe, je pense que celui des chefs politiques québécois qui n'y allait pas pour le pouvoir est M. Parizeau. Il a refusé d'administrer une province après le référendum de 1995. Il me semble que M. Péladeau a aussi fait une affirmation qui va dans le même sens.

      Une chose est sûre toutefois, tous les chefs libéraux n'y vont que pour ça.