La petite misère

L’Agence métropolitaine de transport (AMT) publiait la semaine dernière les résultats d’une enquête origine-destination pour connaître le comportement des citoyens du Montréal métropolitain quant à leurs déplacements. Une nouvelle fois, l’automobile l’emporte, avec une croissance de 15 % comparativement à 10 % pour le transport collectif. Désolant, mais pourquoi est-ce ainsi ?

La réponse à cette question se trouve d’abord dans l’offre de transport collectif. À côté de l’auto, qui symbolise confort et liberté, le transport collectif, c’est un peu beaucoup la petite misère. Les équipements ne sont pas de « classe mondiale », comme le laissait entendre le premier ministre Philippe Couillard en annonçant il y a quelques jours sa décision de confier à la Caisse de dépôt et placement la construction du SLR sur le pont Champlain et de la desserte par train de l’ouest de l’île et de l’aéroport de Dorval. Il promettait alors des équipements à la fine pointe de la technologie. Beaux, confortables, rapides et sécuritaires, ils seront attrayants pour qui veut échapper à la congestion sur les routes. C’est l’histoire de la saucisse Hygrade, meilleure parce plus de gens en mangent. Tous les experts s’entendent, à cet égard. Il faut que l’offre de transport en commun soit concurrentielle pour amener l’automobiliste à opter pour l’autobus, le train ou le métro.

Le problème du transport collectif dans la région métropolitaine est qu’il est incapable de tenir ses promesses. Les retards sont la règle, plutôt que l’exception, dans tous les projets d’investissements. Les équipements sont obsolètes. On a déjà été fier du métro, qui ces dernières années a battu des records pour le nombre de pannes. Les nouvelles voitures Azur, promises pour l’été 2013, viennent de voir leur livraison retardée de six mois supplémentaires.

Le record en matière de retards revient sans doute au Service rapide par bus (SRB) en voie réservée sur le boulevard Pie-IX pour relier Hochelaga-Maisonneuve à Laval. La décision de réaliser ce projet a été prise en 2009. Les travaux seraient sur le point de commencer, après cinq ans de divergences entre Laval, Montréal et les arrondissements. Un bureau de projet conjoint AMT-Ville de Montréal a été mis sur pied. Le projet serait complété… en 2020. Et que dire du Train de l’Est reliant le centre-ville à Mascouche, commencé en 2006 et terminé en décembre 2014 au coût de 671 millions de dollars ?

Le président de la STM, Philippe Schnobb, observe que lorsque des investissements sont faits, les gens se servent des nouveaux équipements. C’est vrai pour le Train de l’Est et pour le métro à Laval. Constatons que l’on parle beaucoup et agit peu. Et quand on agit, les travaux, mal planifiés, tardent et coûtent plus cher, si bien qu’il n’y a plus d’argent pour d’autres projets. Ce qui est le cas pour le prolongement de la ligne bleue du métro vers l’arrondissement d’Anjou, que l’on envisage maintenant de réaliser en surface plutôt qu’en souterrain. Pourquoi pas ? Cela sera beaucoup moins cher et demandera beaucoup moins de temps pour la réalisation.

Les Montréalais seraient fiers d’avoir des équipements de transport de classe mondiale partout, mais il faut vivre selon ses moyens. Ce dont on a besoin d’abord, ce sont des liaisons efficaces et rapides, ce que permettent les voies réservées et les SRB. L’air conditionné dans ces autobus les rendrait attrayants. Les automobilistes seraient alors plus portés vers le transport collectif, et encore davantage si le réseau reliait mieux entre eux les principaux pôles économiques de la métropole. Il faudrait aussi des politiques audacieuses, comme la gratuité pour les moins de 12 ans que Toronto envisage. Cela fait, il pourrait être possible alors qu’à la prochaine enquête origine-destination, en 2018, ce soit le transport collectif qui l’emporte sur l’auto.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

20 commentaires
  • Jacques Baril - Inscrit 26 janvier 2015 01 h 14

    Les «accrospoles»(!)

    Comme vous le dites, M. Descôteaux. «(La) Petite misère».

  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 26 janvier 2015 01 h 41

    Chaque déplacement pour se rendre au travail est source est source d'angoisse!

    On se demande toujours si l'autobus, le train ou le métro arriveront à l'heure prévue...ou n'arriveront tout simplement pas. Deux, trois ou quatre retards successifs au bureau, à cause du non-respect de l'horaire d'autobus, ce n'est pas très agréable! Alors on se tourne vers l'automobile. Rien d'étonnant, car <<Les retards sont la règle>> en transport collectif montréalais. Moi, c'est ce qui me frustre le plus!!!

  • Gilles Delisle - Abonné 26 janvier 2015 07 h 43

    Et des compétences comme dirigeants de ces sociétés de transport

    Quand les différents postes de direction de ces nombreuses sociétés de transport seront comblés par des gens compétents et non, par des allégeances partisanes, alors ce sera un renouveau dans le transport collectif, et les cafouillis de toutes sortes seront moins nombreux.

    • Renée Frappier - Abonné 26 janvier 2015 10 h 39

      Mettre autant d'annonces publicitaires à la télé pour promouvoir le transport en commun qu'il y a d'annonces d'autos.

      Benflore

  • Bernard Terreault - Abonné 26 janvier 2015 08 h 19

    Confort et liberté

    Comme l'écrit l'éditorialiste j'ai toujours su que c'étaient ces considérations et non le pragmatisme ou des raisons économiques qui motivaient le choix de transport des gens. En Amérique du Nord, chacun voudrait avoir SON auto à 17 ans pour aller où il veut quand il veut. Même si juste de stationner ces autos va prendre plus de place que nos logements, exiger de tapisser le territoire de rues et de routes (qu'on exigera d'être toujours bien entretenues et gratuites tout en n'accroissant pas les taxes et impôts!), et nous endetter pour les acheter, ces autos, avant même d'avoir un emploi. Seule une politique volontariste consistant à dépenser moins sur les routes et plus sur les infrastructures de transport public peut changer la situation.

  • Claude Bariteau - Abonné 26 janvier 2015 09 h 19

    Une politique de transport montréalaise !

    Avec le gouvernement Couillard, pour l'ouest de l'île de Montréal, du transport « high class » financé et réalisé grâce au bas de laine des Québécois auquel ne contribuent guère les gens de l'ouest.

    Pour la liaison sud-nord par le futur pont Champlain, un train de surface, développé aussi avec le bas de laine, qui permettra aux propriétaires de camion de rouler sans trop de retard et aux riches d'éviter les bouchons sur les autres entrées vers Montréal : Mercier, Victoria, Jacques-Cartier et Hyppolite-Lafontaine.

    Pour l'est, du gouvernement Charest à celui de Couillard, une série de projets retardés devenus coûteux.

    Pour le centre, des liaisons qui prennent du temps à se concevoir, puis une solution (train de surface) inappropriée, car les rails sont incompatibles avec les surfaces sur lesquelles roulent les rames du métro.

    En gros, on raboute et rafistole au centre et à l’est avec des hausses de coûts et des retards pour des motifs à peine mis en relief à la Commission Charbonneau. Puis on entend piger dans le bas de laine des Québécois pour répondre aux attentes des fiers citoyens canadiens de l’ouest et du gouvernement Harper pour qui le transport à Montréal n’a de sens que pour les bateaux qui filent et reviennent des grands lacs, des trains et des camions qui circulent des maritimes vers l’Ontario.

    On est loin, très loin des plans conçus lors de la création du métro. Il faut s’en rappeler. À l’époque, fut planifiée une liaison par métro sur la rive-sud jusqu’à l’aéroport Saint-Hubert et qui se bouclait à l’ouest. Le fut aussi un aéroport. Il fut aménagé au nord-ouest, puis fermé. Comme le fut aussi des liaisons par métro avec le nord, qui sont devenues n’importe quoi.

    Quant aux liens entre Montréal et le reste du Québec, c’est du même ordre et pire encore avec le sud et le reste du monde.

    En fait, il ne reste, comme vous dites, qu'à rêver petit avec des zones protégées pour le petit peuple.