Et les femmes?

Le roi Abdallah est mort. Son frère Salman, 26e fils d’Abdel Aziz al-Saoud, fondateur de l’Arabie saoudite, va le remplacer. Ici et là, on s’inquiète pour les suites diplomatique et pétrolière des choses en occultant le plus grave : le sort infligé aux femmes et aux travailleurs immigrants. Ici et là, on feint d’ignorer que ce royaume est celui de l’abject.

Le tableau dressant la hiérarchie des principaux sujets à traiter dans la foulée du décès d’Abdallah présente… comment dire ? Il relève de l’insalubrité éthique. Car si les conséquences inhérentes à une politique de baisse de prix du pétrole sont abondamment discutées, tout comme le sont les rapports de force qui ont cours avec l’Iran, l’adversaire stratégique no 1, ou encore les relations avec les États-Unis, il en va tout autrement des violences imposées, tous azimuts, aux femmes et aux immigrants qui, elles, sont la traduction physique, matérielle, concrète d’une conception aryenne du monde.

Abdallah enterré, ce qui doit être retenu de son règne c’est que rien n’a été fait pour améliorer ne serait-ce qu’à petites doses le quotidien de la moitié du monde. Et lorsqu’ici et là on avance qu’il a essayé… Non ! Sur ce flanc, il a passé son temps à protéger les privilèges que les hommes se sont accordés, et plus particulièrement ceux des princes et autres oisifs mâles. Dernière illustration de son inanité politique, prochainement un tribunal antiterroriste spécial va juger deux femmes qui ont osé… conduire !

On l’a déjà écrit, on va le réécrire. Dans les années 70, régulièrement les rues des villes occidentales étaient occupées par des millions de personnes qui manifestaient contre l’apartheid imposé aux Noirs d’Afrique du Sud. Dans les premiers mois de sa présidence, Jimmy Carter décréta le boycottage économique et politique contre ce pays. Bon. Cela fait des décennies que les femmes saoudiennes subissent un apartheid d’une violence économique, sociale, culturelle et politique inouïe dans l’indifférence quasi générale.

Dans un texte éclairant car expliquant les causes théologiques de cet apartheid, l’anthropologue Malek Chebel souligne que « l’islam n’a jamais voulu rompre le lien viscéral qui lie religion et politique […] Une telle confusion entre les deux niveaux favorise surtout la religion, car elle se veut l’interface avec le divin […] Géant aux pieds d’argile, l’islam ne trouve pas encore ses marques, ni en tant que civilisation ni en tant que structure de gouvernance. En tant que religion, il pèche par ses minorités agissantes, notamment les plus violentes : en tant que structure de gouvernance, il souffre lamentablement de la multitude de centres de décision […] » Et en tant…

Et en tant que roi de l’Arabie saoudite, que ce soit Abdallah ou Salman, il est le gardien de la version wahhabite du Coran, la version la plus rigoriste qui soit. Si rigoriste en fait qu’elle refuse jusqu’à l’idée de progrès. Elle se veut une contradiction de la modernité. Elle caresse la nostalgie romantique, et donc imbécile, de la vie à l’époque du prophète. Donc des modes de vie du VIIe siècle. La femme était considérée comme un être inférieur, elle doit le rester.

Cela rappelé, on osera tracer la diagonale avec les images prises lors de l’enterrement d’Abdallah et que tout un chacun peut voir. Des images qui montrent des dizaines d’hommes et uniquement des hommes qui prient en fait le Dieu de l’oppression. Des images qui mettent en relief, d’une certaine manière, les énormes difficultés qu’éprouvent les réformistes musulmans. On sait que ces derniers militent, d’ailleurs depuis des lunes, pour qu’une séparation entre la religion et la politique soit effectuée afin que justement le sujet politique s’affranchisse. Mais bon, à l’évidence le pétrole, l’Iran et autres « méritent » plus d’attention. Pitoyable !

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