La trahison du bleuet

Dès son arrivée à la tête du Parti libéral en mars 2013, Philippe Couillard s’est dit déterminé à reconquérir les régions du Québec. Mais depuis son accession à la tête du gouvernement, sa volonté d’atteindre l’équilibre budgétaire à court terme l’a conduit ailleurs. Hors des grands centres, plusieurs estiment avoir été trahis et clament : « Touche pas à mes régions ! »

Pendant la course à la chefferie de 2013, Philippe Couillard aimait à se donner un air « panquébécois », répétant qu’après avoir vécu à Montréal et à Sherbrooke, il avait aussi habité Québec, pour enfin choisir le Lac-Saint-Jean. Il était devenu, insistait-il, « un bleuet, par alliance ».

Au déclenchement des élections, le 5 mars 2014, il déclarait : « Les régions sont abandonnées. Chez nous, au Lac-Saint-Jean, à Saint-Félicien, Roberval, la forêt, l’agriculture, on n’en parle plus. » Développer l’emploi, partout, c’était l’objectif : « C’est important pour moi, qui vis en région », glissa-t-il.

Le 8 avril, à un reporter lui demandant d’interpréter sa victoire de la veille, le nouveau premier ministre s’était dit ravi de la réussite de sa stratégie régionale ; les « plaques tectoniques » avaient bougé au Québec : « Le chef du Parti libéral du Québec, moi-même, a été élu dans un comté de l’est du Québec, comté du Lac-Saint-Jean. En soi, c’est un événement significatif. »

Depuis ce jour cependant, le gouvernement Couillard s’est donné un objectif dont il avait peu parlé au cours de la campagne : rapetisser l’État du Québec. « Rigueur » a remplacé les mots « région » et « emploi » comme vocables principaux dans les discours. En entamant une réingénierie de son cru, M. Couillard a délaissé ses élans régionalistes. Lors de son discours inaugural, il promettait de « refonder le partenariat entre Québec et les municipalités », de « bannir le terme “ créature  ». Depuis, son ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (N.B. : le mot « régions » a d’ailleurs disparu de l’intitulé, alors que le site Internet est demeuré mamrot.gouv.qc.ca… étrange !) Pierre Moreau s’est aligné sur les demandes des grandes villes quant aux régimes de retraite et a imposé un pacte fiscal qui, bien que temporaire, fait surtout l’affaire de la métropole et de la capitale. Lorsque des villes ont haussé leurs taxes en jetant l’odieux sur le pacte fiscal, M. Moreau les a clairement traitées comme des « créatures », promettant de sanctionner celles qui utiliseraient cet argumentaire ; soutenant qu’il allait rembourser les contribuables ! Cela s’ajoute à l’abolition des Agences de la santé, déterminantes en région ; l’abolition des Conférences régionales des élus, la quasi-abolition des Centre locaux d’emploi et des Carrefours jeunesse-emploi ; la fin de Solidarité rurale, etc.

Ce modèle comportait des lourdeurs, certes. Quelques économies pouvaient être faites. Aussi, les signataires de la lettre (publiée en page Idées) dramatisent en soutenant que le nouveau mode de gouvernance privera les régions de leurs « pouvoirs décisionnels ». Le gouvernement Couillard n’a tout de même pas aboli les élections municipales en région !

Reste que la disparition de nombreux lieux de concertation régionaux et la fusion d’organismes de santé (dans certains territoires énormes, tels la Côte-Nord) sont à des années-lumière de ce qu’Avait promis M. Couillard. Dans son discours inaugural (mai 2014), il invitait les Québécois à regarder les régions « au-delà de la carte postale ». À y voir les « familles qui y vivent [les] jeunes qui veulent y revenir ». Les régions, « elles aussi, revendiquent leur part d’espoir ». Or, des compressions à la chaîne, une cimenterie coûteuse et polluante, un Plan Nord en panne, une Stratégie maritime abstraite, est-ce vraiment une manière d’honorer cette aspiration ?

59 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 21 janvier 2015 03 h 33

    Trahie...

    Je me sens en ce moment comme un gargantuesque poisson.

    J'ai pour ma part, qui reste quelque part perdue dans ville La Baie, complètement mordu à l'hamecon de M?Couillard pendant les élections. Je disais à mon entourage: " écoutez, il est le seul à parler du sort des régions, le seul pour qui ça semble compter...

    Quelle dinde! Belle stratégie électorale, ouais.

    Il n'a pas levé le petit doigt pour les régions! Hormis donner le feu vert à cette diablerie de cimenterie qui créera peut-être quelques carrières en Gaspésie mais fera fermer les plus petites cimenteries moins subventionnées, ailleurs, dans d'autres régions.

    C'est vrai que le gouvernement Marois me'horripilait encore davantage mais à avoir su à quel point Monsieur Couillard est un rhétoricien et un bonimenteur, j'aurais plutôt donner mon vote à la CAQ pour tenter d'empecher qu'il soit majoritaire.

    Je suis présentement à l'affut d'un emploi et positivement " al. dente " pour voir enfin monsieur le premier ministre se bouger un peu pour honorer ses promesses car même si on les oublie souvent, elles comptent nos régions.

    Le seul trait qu'il semble partager avec les " bleuets" est d'etre mal-cravaté...

    • Lise Larocque - Inscrit 21 janvier 2015 22 h 59

      Sérieusement, vous croyiez aux belles paroles de Couillard pendant la campagne électorale?? Neuf ans de PLQ avec Charest ne vous avait pas encore assez allumé de lumières?

      Il y en a plusieurs comme vous qui se sont facilement laissés endormir et maintenant on est tous pris pour encore 4 ans avec ce gouvernement de saccageurs et de manipulateurs!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 janvier 2015 05 h 37

    Notion

    N'allez pas vous présenter devant lui pour lui présenter vos doléances et votre notion M. Robitaille, il s'en défendra avec force argument.

    PL

  • Pierre Labelle - Inscrit 21 janvier 2015 06 h 02

    Promesses ou mensonges...

    On dit que le génie se rapproche de la folie; se pourrait-il qu'une proximité identique existe entre les deux mots contenus dans le titre de ce commentaire.... D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais vu ni entendu un premier ministre renier autant ses propres paroles et ce en si peu de temps. S'il y avait des olympiades pour ce genre de "discipline", Couillard emporterait la médaille d'or haut la main. Trèvle de plaisanterie car c'est loin d'être drôle; le printemps 2015 a des grosses chances de passer à l'histoire pour ce qu'il sera le printemps le plus chaud des dernières années, et là il n'est pas questions de centigrade et/ou de celcius Phillippe.

  • Guy Vanier - Inscrit 21 janvier 2015 06 h 09

    Et vous êtes surpris!

    Comme tout bons politiciens Québécois, il a promis n'importe quoi pour se faire élire et maintenant il fait ce qu'il veut dans dans l'espoir que les bons Québécois vos tous oublier dans 4 ans et ça recommence.......
    Vous n'êtes pas tanné de mourir bandes de caves, c'est assé non?

    • Francois Cossette - Inscrit 21 janvier 2015 09 h 03

      Il n'a pas promis n'importe quoi, il a promis ce que le monde voulait entendre. La qualité de la démocratie passe par la qualité des gens qui votent. Quand on vote en niochons c'est le genre de gouvernement qu'on se donne.

    • Jean-Marc Simard - Inscrit 21 janvier 2015 10 h 55

      Le peuple devrait faire des pressions auprès des instances politiques pour procéder à l'adoption d'une loi lui permettant de congédier son gouvernement quand celui-ci se fait élire sous de fausses promesses et sous des mensonges...Ainsi nous ne serions pas pris à endurer un Gouvernement dont la légitimité est nulle et caduque...Actuellement pour démettre un tel gouvernement il ne nous reste que la rue, et la désobéissance civile...

    • Éric Alvarez - Inscrit 21 janvier 2015 11 h 44

      + 1 pour ces deux commentaires ;)

    • François Ricard - Inscrit 21 janvier 2015 16 h 54

      Pourquoi ne pas nous donner une constitution républicaine démocratique et laique?

    • Donald Bordeleau - Abonné 23 janvier 2015 21 h 39

      Lebel

      Dans votre cas le jupon dépasse. Soyez réaliste car les faits disent tout. Interroger votre entourage, l'économie est en panne etc ...

  • michel lebel - Inscrit 21 janvier 2015 06 h 27

    La réalité

    Le poids des mots? Parler de "trahison", c'est un peu fort! La politique demeure toujours la choix des priorités en fonction de la réalité. Quant au discours électoral, peu importe les partis, il demeure toujours un discours, un projet, un certain rêve dans le futur! La réalité de l'exercice du pouvoir finit toujours par avoir le dernier mot.

    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 janvier 2015 08 h 50

      Monsieur Couillad connaissait très bien l'état des finances publiques, mais il niait simplement ce fait, puisque c'est le ministre péquiste qui l'affirmait.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 janvier 2015 10 h 08

      Nous devrons donc, à l'avenir, ne pas considérer les discours aux élections comme valables et liants; sauvons donc l'argent dépensé et votons à l'aveugle, les résultats ne devraient pas être tellement différents.

      PL

    • Réjean Guay - Inscrit 21 janvier 2015 10 h 09

      Dommage que la partisannerie politique fasse que vous relativisiez tout.

    • Jean-François Trottier - Inscrit 21 janvier 2015 10 h 27

      M. Lebel,
      La réalité était parfaitement connue par Couillard et consorts. Leur absence de 18 mois au gouvernement n'est qu'une éclipse.
      Quant au discours électoral, vous y allez d'un "certain rêve vers le futur"! C'est fort.
      À ce compte vous considérez normaux les mensonges les plus éhontés de la part des politiciens, comme si ces gens étaient exempts du devoir de vérité! Tien, c'est précisément ce que Couillard a fait: mensonges et mensonges.
      Dans la bête réalité, Couillard a bel et bien dit que son livre de chevet, qu'il a conseillé à tous les journalistes pour comprendre sa démarche, est "The fourth revolution". En clair, il admettait que ce qu'il fait maintenant est précisément ce qu'il visait avant la campagne et donc que celle-ci est une série de mensonge et la suite une trahison de ses promesses. Dois-je répéter ? Trahison.
      Si énumérer les faits est rendu "un peu fort", que dire de ceux qui les nient, M. Lebel ?
      Couillard a ensuite eu le front d'essayer de rendre le gouvernement Marois responsable de 10 années d'insanité politique, dont son propre silence et sa participation. C'est n'importe quoi n'importe comment.
      Burlesque, oui. Ubu dans toute sa splendeur.

    • Nicolas Bouchard - Abonné 21 janvier 2015 11 h 24

      La réalité? Un déficit et une dette qui ne réclament aucunement la panique et l'urgence que leur donne actuellement le gouvernement.

      Donc, les priorités actuelles ont été créées de toutes pièces par les libéraux, et donc principalement M. Couillard.

      Réalité vous dites? Mirage volontaire je vous réponds.

      Nicolas B.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 21 janvier 2015 15 h 52

      M. Lebel, ça n'arive pas souvent, mais je vous approuve. Il est exceptionnel qu'un nouveau premier ministre réalise toutes ses promesses ou projets parce qu'il ne faut pas oublier non plus que le gouvernement précédant cache aussi des réalités. Il y a en plus l'mprévisible, après tout les politiciens ne sont que des êtres humains, et aucun d'entre nous peut tout prévoir.

      Mon but n'est pas de défendre Couillard ou son parti: je suis une indépendantiste de la première heure, mais dans son présent mandat en gros ce que j'appécie chez lui, c'est qu'il ait finalisé ce qu'on appelle maintenant "Mourir dans la dignité" et peut-être aussi un autre projet du P. q. que j'oublierais

      M. Vanier parle du "importe quoi " mais il m'apparaît plutôt lui même maItre en la matière... Et on l'approuve, c'est tellement facile! - et ça soulage.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 21 janvier 2015 16 h 41

      Réponse à M. ... Simard

      Malheureusement, il n'est pas toujoujours possible, en politique et de loin, de respecter des promesses et partant de là de distinguer les mensonges d'une mauvaise interprétation de la réalité par exemple. En fait c'est comme en matière judiciaire ça prend des preuves et elles ne sont pas toujours au rendez-vous et de loin, et il faut aussi vouloir. Il ne faut pas oublier non plus que le précédent gouvernement, quel qu'il soit,peut ne pas avoir fourni les information justes ou nécessaires pour saisir la réalité: l'être humain est très complexe et l'humanité trèsvariée alors parfois il est très facile de tout mettre sur le dos du précédent et tellement pas fatigant y compris pour nous qui sommes à l'extérieur.

      Jadis n'était ce pas
      sur ces abscences de preuves et d'intérêt qu'on zigouillait n'importe qui pour n'importe quoi et n'importe comment. La partisannerie est parfois trop facilement au rendez vous.

      Je le répète je ne suis ni libérale ni fédéraliste c'est qu'un jour ou l'autre le P. q. ou qui sais-je y passeront.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 21 janvier 2015 19 h 48

      Les belles promesses d'une campagne électorale ne sont que de la poudre aux yeux. Il faut deviner ce qui ne se dit pas pour connaître la vérité.
      M. Couillard est un beau parleur et il serait à sa place comme médicin en action que premier ministre. Dommage, du beau butin gaspillé.

    • michel lebel - Inscrit 21 janvier 2015 21 h 56

      Je constate que la partisanerie de certains est si forte depuis l'élection des libéraux que tout ce que ceux-ci font est condamné à l'avance! Rien de bon ne pourrait sortir de ce gouvernement. Une quelconque sympathie pour les libéraux est bien rare dans les pages du Devoir!!


      Michel Lebel

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 janvier 2015 08 h 05

      M. Lebel, cessez d'écouter ce qu'ils disent et regardez ce qu'ils font et la différence entre les deux. Ceci n'est pas de la partisannerie, c'est du réalisme.

      PL