Se réinventer

Denis Coderre a vite vu, au lendemain de l’élection de novembre 2013, la précarité de sa position. Élu maire avec seulement 31,8 % des voix, il était au surplus minoritaire au sein du conseil. Si d’aventure Projet Montréal et le parti Vrai changement pour Montréal de Mélanie Joly décidaient de s’allier, son administration risquait la paralysie. D’où sa stratégie d’intégrer à son administration des élus de Coalition Montréal et de voler à Projet Montréal son chef, Richard Bergeron. Résultat, ce parti qui a le statut d’opposition officielle est aujourd’hui sur la défensive.

Réunis en congrès le week-end dernier, les militants de Projet Montréal ont pris acte de la nécessité d’une remise en question. Leur décision d’attendre avant de se donner un nouveau chef est sage, voire de le recruter à l’extérieur des rangs du parti, comme le suggère Luc Ferrandez, le chef intérimaire qui a les invités à réinventer leur parti.

Le constat de Luc Ferrandez est lucide. Projet Montréal est à un carrefour. Ce parti né de la ferveur de Richard Bergeron et de militants environnementalistes se condamne à faire du surplace s’il n’élargit pas son spectre de préoccupations. Pour une majorité de Montréalais, la perception de Projet Montréal se résume à une seule préoccupation : remplacer l’auto par le tramway.

Ce parti n’est pourtant pas que cela. Il a développé une vision du développement de Montréal comme milieu de vie. Son erreur aura été de la communiquer par la négative, contre l’auto, contre l’étalement urbain. Lorsque Luc Ferrandez voulut mettre en place des mesures d’apaisement de la circulation dans son arrondissement du Plateau Mont-Royal, il fut accusé d’exclure les automobilistes. De négatif, le discours doit devenir positif. Il doit mettre de côté les utopies propres à un parti naissant qui peuvent se révéler fatales à une formation prétendant gouverner.

Projet Montréal est aujourd’hui la seule solution de rechange à l’administration Coderre. Son défi est de changer suffisamment pour s’ouvrir aux militants de Vision Montréal et à ceux de Vrai changement pour Montréal. Bref devenir une coalition. À cette condition, il pourrait trouver la perle rare pour être son chef, ce « meilleur candidat » évoqué par Luc Ferrandez.

Mais Projet Montréal ne serait plus le parti créé par Richard Bergeron. C’est ce qui était arrivé au Rassemblement populaire de Québec qui, à la fin des années 1980, avait invité Jean-Paul L’Allier à devenir son chef. Cela avait été un pari gagnant. Projet Montréal est-il prêt à un geste aussi audacieux ? Aujourd’hui, sans doute pas. Demain ? Il faudrait beaucoup d’abnégation de la part de Luc Ferrandez pour céder sa place, quoi qu’il en dise aujourd’hui.

2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 19 janvier 2015 22 h 15

    Rappel

    M. Bergeron ne voulait pas être chef du parti qu'il avait fondé. Il avait même invité Mme Harel à être candidate à la mairie.

  • Sylvain Patenaude - Inscrit 20 janvier 2015 08 h 03

    Obsession et fermeture de Saint-Joseph!

    Le Plateau de Ferranez est encore en mode d'exclusion de l'automobile. Actuellement, des résidents sont en butte à une mesure de fermeture du terre-plein du boulevard St-Joseph aux intersections Fabre et Chambord. Cette décision, sans consultation des premierd visés, va de nouveau pénaliser les résidents du secteur obligés de se retrouver sur Papineau ou de jouer au labyrinthe afin de trouver une façon de se rendre à l'est ou au sud en étant obligés de tourner à l'ouest. Une aberration contestée par plusieurs. Il veut détourner la circulation mais ce faisant il rend la vie infernale aux citoyens du secteur qui vont avoir encore plus de difficultés à circuler.