Les petites cases

Ce qui manque au Québec c’est du vent : celui qui donne du souffle, qui fait sortir des ornières, qui libère l’esprit de toutes les barrières qui s’y sont sédimentées avec le temps. Notre système de santé est le symbole même de cet immobilisme. Comme les ministres qui croient tout brasser manquent d’imagination !

Rien à faire avec le système de santé au Québec ? Ça dépend du point de départ : quand on survole d’en haut, qu’on se contente de fusionner, défusionner, et de compter les heures, ou plutôt les revenus !, que font les médecins dans une journée, il y a de quoi largement bailler. Qu’est-ce que ces débats bureaucratiques ont à voir avec ce que vivent les patients et ceux qui les soignent ?

Le ministre Gaétan Barrette est le prototype même du réformateur de papier : et que je centralise, et que je refais les structures, et que je joue avec les chiffres, et que je bouscule le personnel, et que je mets tout à ma main. À nouveau — car ce n’est pas la première réforme du réseau —, on y perdra un temps fou. Le XXIe siècle est pourtant celui de la souplesse, pas des rigidités.

Au tournant des années 70, aérer la santé au Québec, c’était mettre en place des institutions qui allaient nous sortir du missionnariat et de la charité. La commission présidée par Claude Castonguay avait préparé la voie en allant voir ce qui existait dans différents pays européens et aux États-Unis. De leurs constats ont émergé des infrastructures en santé qui faisaient place à des innovations comme les CLSC et témoignaient d’un souci d’interdisciplinarité.

Nous ne reviendrons pas ici sur l’histoire de l’évolution du système, chargée d’attentes et d’écueils et de ratés. Mais il est clair qu’à l’origine, l’inspiration du grand changement à faire n’était pas qu’administrative et comptable : elle portait une vision. Nous en sommes à nouveau là : voir le système dans sa globalité, mais cette fois en s’arrêtant à ses brèches. Et non, Monsieur Barrette, la solution ne passe pas par votre mantra que les médecins ne travaillent pas assez. C’est au reste du personnel qu’il faut faciliter la vie !

Notre dossier de ce samedi donne des exemples d’initiatives originales, tenues à bout de bras par des professionnels dévoués et qui ont appris à tirer le maximum de ce que la loi permet de faire, résolus à agir même si leur façon de faire n’entre pas dans les « petites cases ». Les infirmières sont évidemment aux premières loges de ces changements. Mais on ne leur donne des pouvoirs que goutte à goutte. Après le diabète, l’hypertension, les infections, elles sont sur le point, nous apprend la Gazette officielle, de pouvoir s’occuper seules de soins de plaie, de contraception et, attention on ne rit plus !, de chasse aux poux !

Allez Monsieur le Ministre, encore un petit effort !, fait valoir avec une patience infinie la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, Régine Laurent, qui a elle-même ouvert la porte de sa centrale à une intéressante expérimentation à Québec. Son constat : quand on oublie le ministère, quand on va frapper aux portes des médecins pour obtenir leur soutien, ça marche bien mieux qu’on ne le croit.

Aujourd’hui, ce n’est plus en Europe qu’il faut aller se promener pour avoir des idées, mais au Québec. Le ministre Barrette ferait ainsi bien plus oeuvre utile qu’en se battant sur Twitter avec les médecins.

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24 commentaires
  • Jean-François Trottier - Inscrit 17 janvier 2015 06 h 53

    Les médecins, oui,l'Ordre, non.

    Il est vrai que bientôt les infirmières pourront s'occuper seules de cas mineurs et c'est très bien, quoique je ne comprends pas pourquoi elles ne pourraient diagnostiquer une otite chez un enfant! En tant que père je le faisais sans problème et jamais je ne me suis trompé.

    Première question: comment l'Ordre des Médecins a-t-il accepté cette avancée ? Quelles négociations ont eu lieu pour qu'il change de position sur ce point ?
    L'Ordre, pas les médecins mais leurs représentants, exigeait une rémunération pour "superviser" les infirmières quand elles prendraient des décisions. C'est le moyen qu'ils avaient trouvé pour bloquer le projet. Je serais étonné que le ministère, et même le bulldozer Barette, n'ait dû lâcher du lest quelque part.
    Alors, combien et quoi a-t-il mis dans la balance?

    Seconde question: est-ce que les infirmières, dites "super-infirmières", auront une augmentation de salaire attachée à ces nouvelles responsabilités ?
    Outre le fait qu'en toutes logique le gouvernement devait les payer mieux, il s'agit d'inciter les infirmières à étudier plus longtemps pour avoir un titre et des responsabilité supplémentaires. Sinon je ne vois pas quel intérêt elles pourraient y trouver et le nombre de super-infirmières est bien trop faible au Québec pour le moment.

    Alors, combien pour les médecins, et combien pour les infirmières ?

    • Marie-Josée Henry - Abonnée 17 janvier 2015 15 h 49

      Le cadre de pratique légal des infirmières praticiennes (que vous appelez super-infirmières) existe déjà depuis plusieurs années. Les infirmières praticiennes peuvent déjà diagnostiquer et traiter les problèmes aigus courants comme les otites de façon autonome. Ce sont les maladies chroniques qu'elles ne peuvent pas encore officiellement diagnostiquer ou en initier le traitment, mais les ordres professionnels poursuivent leurs travaux à ce sujet et elles sont déjà très impliquées dans le dépistage et le suivi à long terme de ces patients avec des médecins partenaires comme consultants et non comme superviseurs. L'intérêt pour les infirmières de poursuivre leurs études n'est pas seulement au niveau financier: il s'agit aussi de continuer à développer des compétences et de travailler à un niveau de responsabilité cohérent avec ses compétences pour répondre aux besoins de la population. Le programme d'études permet d'approfondir des connaissances infirmières et médicales pour mieux les intégrer. Pour ce qui est de la rémunération des médecins pour collaborer avec les IPS, ces montants ont été négociés depuis longtemps déjà par la FMOQ (le syndiquat des médecins) avec le MSSS sous forme de forfaits. Le collège des médecins (que vous appelez l'ordre) n'est pas impliqué à ce niveau. Bien que les cliniques infirmières de proximité soient une innovation très intéressante, des centaines d'IPS travaillent actuellement au Québec dans des CLSC et des cliniques médicales (pour la 1ère ligne) et dans des hôpitaux (pour les spécialités de cardiologie, néphrologie et néonatalogie). Le travail de collaboration pour améliorer l'accès aux soins a bel et bien lieu chaque jour, et les médecins de famille sur le terrain y participent. Pour l'instant, le ministe Barette n'a participé à aucun changement en ce qui a trait au travail des infirmières praticiennes.

    • Murray Henley - Inscrit 18 janvier 2015 13 h 00

      Hé oui, vouz touchez là le noeud du problème: Tout est une question d'argent. Les médecins du Québec sont financièrement privilégiés par une société qui n'a pas les moyens de le faire.

  • Normand Carrier - Inscrit 17 janvier 2015 07 h 35

    Le bulldozer Gaétan Barrette ...

    Le ministre Barrette a un tempérament guerrier et a exercé durant plusieurs années le poste de chef syndicaliste de la FMSQ ... IL est habitué de se battre comme tous chefs syndicalistes pour obtenir le maximum durant une négociation avec tous les moyens possibles .....
    Barrette crois tous savoir et se prend pour un autre en imposant <ses solutions> a tous les intervenants dans la santé ... Il ignore par le fait même la discussion et la participation des différents intervenants ce qui antagonise le milieux de la santé ...L'avenir nous dira a moyen terme si les solutions Barrette ont donné quelques résultats mais je crois que cela risque d'affaiblir le réseau ...

  • François Dugal - Inscrit 17 janvier 2015 08 h 26

    Les compressions

    À la saison des compressions, que faut-il penser des la rémunération des médecins.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 janvier 2015 10 h 23

      Que c'est une bonne idée d'avoir au moins repoussé ces augmentations excessives?

      Que c'en est une autre de remplacer des incitatifs qui n'ont pas marché (sauf pour enrichir encore plus des Bolduc) par des mesures plus contraignantes pour lles omnis?

      J'imagine que non...

    • Gilles Théberge - Abonné 17 janvier 2015 11 h 37

      Repoussé ces augmentations excessives...?

      Sous le tapis. Comme ils disent au hockey, un échange pour «considérations futures». Capital et intérêts sur le bras de qui?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 janvier 2015 12 h 18

      Le PQ aurait fait la même chose, rappelez-vous. Ils en auraient été félicités.

    • Gilles Théberge - Abonné 17 janvier 2015 12 h 50

      La question n'est pas de savoir si le PQ aurait ou non fait la même chose. Le fait est que la question du financement du système de santé dont le trtaitement des médecins n'est pas résolu, et ça demeure un problème à résoudre.

      Et comme présentement le pouvoir des médecins dans ce gouvernement où ils dominent en terme d'influence n'augure en rien de très bon.

      Pousser la poussière sous le tapis ça n'a jamais été une solution

    • Normand Carrier - Inscrit 17 janvier 2015 13 h 48

      Monsieur Desjardins , monsieur Barrette ne fait que réparer l'erreur que Couillard avait fait en accordant ce pactole aux médecins lorsque Barrette qui était président du syndicat des spécialistes qui s'appelle la FMSQ ... C'est curieux que l'on retrouve toujours ces mêmes acteurs et maintenant dans le même PLQ ....

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 janvier 2015 14 h 15

      En effet, la question est de savoir ce qui aurait pu et dû être fait pour corriger l'erreur commise. Le fait que le PQ avait le même alignement que les libéraux ont adopté (ils avaient pourtant promis de ne pas toucher aux ententes, en campagne. Promesse brisée...) suggère qu'il n'y avait pas beaucoup de marge.

      Que l'erreur vienne des libéraux - et c'était bien le cas - n'enlève rien à la valeur de la solution négociée, que les mêmes personnes qui la condamnent aujourd'hui parce que libérale auraient monté en épingle si le PQ l'avait réalisée. C'est de bonne guerre, mais assez enfantin, en tut respect.

    • Normand Carrier - Inscrit 17 janvier 2015 15 h 38

      Monsieur Desjardins , il y a toujours le bon vieux principe qui rappelle que lorsque l'on commet pas d'erreur , il n'y a rien a corriger .... C'est le principe de prévention .... Cela peut paraitre enfantin de le rappeller ...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 janvier 2015 09 h 53

      Les bons vieux principes sont propices au sommeil du juste, une fois qu'il s'est bien époumonné à clâmer sa probité. Nul ne songerait à vous donner tort sur le principe de prévention, mais à part donner pleinement raison -et j'en suis!- aux adversaires des libéraux, cela donne quoi? Que feriez-vous donc tant?

  • Michel Cromp - Abonné 17 janvier 2015 09 h 41

    La vision!

    Dans l'aération des années 70, mme Boileau, il était proposé que les médecins soient intégrés aux structures et payés à salaire. Ce qui ne fut jamais accepté pour une soi-disante question d'autonomie professionnelle.

    C'est à ce vice fondateur que se heurte toutes les réformes. Ce n'est pas de vent que manque le Québec mais d'un gouvernail qui puisse permettre aux 20,000 petits voiliers d'avoir le même cap!

    L'espoir est de mise, les ports (CLSC) existent toujours avec nombre de voiliers aux quais et tout l'équipage à bord!

  • Colette Pagé - Inscrite 17 janvier 2015 10 h 39

    Un Ministre invincible qui n'écoute rien et qui sait tout !

    Comme un apprenti-sorcier, le Ministre Barrette dont la réputation de 'bouldozère" voir de grossier personnage est reconnue par ses pairs, joue dans les structures, indispose les intervenants tout en laissant de côté le patient.

    La méthode douce honnie du Ministre de la santé n'aurait-elle pas été d'améliorer le rôle des CLSC doté de la présence d'un médecin afin de désengager les urgences, utiliser davantage les super infirmières et les pharmaciens, allonger les heures des cabinets de médecine familiale en les rendant si possible accessible à tour de rôle les soirs et les fins de semaine. Déjà avec ces changements, le malade pourrait constater une différence. Bien évidemment pour un Ministre avec un ego démesuré ces changemnts sont moins glamour. Mieux vaut la méthode forte et la centralisation sur sa personne.

    Et pendant ce temps, dans tout ce changement, l'on ne peut que constater l'absence de leadership du PM qui donne toute la corde à son ministre pour se pendre allégrement.

    • Gilles Théberge - Abonné 17 janvier 2015 11 h 41

      Philippe s'est jusqu'à maintenant montré capable de soutenir la pression et garde l'incompétent Bolduc en tant que ministre de l'Éducation.

      D'après moi Barrete va pouvoir créer le chaos dans le système de santé sans coup férir.

      Philippe va faire comme si de rien n'était.

    • Diane Veilleux - Inscrite 17 janvier 2015 15 h 02

      Le seul probleme avec votre analyse est que l'objectif clairement enonce en campagne electorale et la creation de super cliniques PRIVEES dotes de super infiermieres. Vous ne l'avez pas entendu?