Tout est à faire

En Tunisie, l’évolution politique observée depuis les élections présidentielle et législatives fait immanquablement penser à un titre de roman de Philip K. Dick : En attendant l’année dernière. Cette introduction du sujet du jour paraîtra insolite de prime abord. Pourtant, quand on s’y arrête on fait le constat, et non l’opinion, suivant : ceux qui ont administré des pans du pouvoir lorsque Ben Ali et le père de la Tunisie indépendante, Habib Bourguiba, étaient aux commandes sont aujourd’hui aux manettes.

En effet, à la faveur des récents et premiers scrutins démocratiques dignes de ce nom, les vétérans de gouvernements honnis particulièrement dans les régions agricoles ont repris possession de l’appareil d’État. Champion de la coalition des laïques, Béji Caïd Essebsi, ex-ministre de Ben Ali et Bourguiba, a doublé Moncef Marzouki, chef du parti Ennahda, chef de file de ces islamistes dont l’exercice du pouvoir (2011-2013) est synonyme de traumatisme pour la majorité des Tunisiens. Au début de la semaine, le nouveau président a choisi l’ex-ministre de l’Intérieur Habib Essid pour le poste de premier ministre.

Dans cette histoire, on ne soulignera jamais assez que si la pensée mortifère d’Ennahda, si son programme politique d’un autre temps, le plus ancien et rance qui soit, a été mise entre parenthèses, c’est d’abord et avant tout grâce au travail politique accompli par les Tunisiennes. Dans ce pays du Maghreb, ce sont en effet les femmes qui ont pris l’initiative du combat contre une formation au diapason de la conception esclavagiste du monde qui distingue, entre autres choses, les Frères musulmans. Bref, elles ont résisté là où les autres, la majorité des hommes, faisaient le lit de la complaisance à l’endroit des Frères.

Cela étant, la somme des défis qui se posent à la nouvelle administration est vraiment à l’image des travaux d’Hercule. Sur le flanc de la sécurité, les turbulences qui ont cours le long de la frontière avec la Libye vont canaliser passablement d’énergies militaires et financières. Les inégalités socio-économiques qui caractérisent les régions versus les grandes villes et qui ont convaincu la masse de déshérités de se soulever sont restées en l’état. L’industrie touristique, essentielle à la vitalité économique du pays, est actuellement dans… Elle est en convalescence, si on peut dire les choses ainsi. Autrement dit, tout reste à faire. Point.

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