Le baril à 20$ ou 90$?

En ce début de 2015, la baisse du prix du pétrole continue d’occuper le devant de la scène économique mondiale. Si elle devait se poursuivre, cette baisse pourrait susciter, enfin, la remise en question des orientations du gouvernement canadien.

Avec la montée en force de l’Asie depuis dix ans, tous les experts tablaient sur une hausse continue des prix des ressources, dont ceux des hydrocarbures.

Partout, on a misé sur la recherche de nouvelles sources d’énergie fossile, à tel point qu’on se retrouve aujourd’hui en situation de surproduction mondiale et de chute rapide des prix.

Mardi, le baril de brut américain a terminé la journée à 47,87 $. Une chute brutale par rapport au sommet de 117 $ atteint en juin, et même de 140 $ en 2008.

Cela dit, bien malin qui peut se vanter de pouvoir prévoir où nous en serons à la même date, l’an prochain : à 20 $, un prix que l’Arabie saoudite se dit prête à soutenir sans réduire sa production de peur de perdre des parts de marché ? À 90 $ comme le souhaitait le gouvernement albertain dans son dernier budget ? Ou à 60 $ comme le prédisent les économistes des cinq grandes banques canadiennes ?

Sur une courte période, les rumeurs et la spéculation pèsent lourd dans le processus de fixation des prix. Mais il y a des raisons de croire que les prix des ressources ne retrouveront pas avant longtemps les niveaux élevés des dernières années.

 

Selon certaines analyses, la demande chinoise pour le pétrole, le fer et d’autres minerais croîtra plus lentement à cause de la décision récente du Parti communiste d’accélérer le passage d’une économie de sous-traitance à une économie tournée vers la consommation intérieure, la qualité de la production, la haute technologie et l’efficacité énergétique.

Ce que l’Occident a mis 100 ans à construire, les Chinois pourraient y parvenir bien plus vite, et avec moins de ressources.

Pour des pays comme le Canada, un tel revirement aurait des conséquences majeures. À court terme, une baisse aussi rapide et prononcée pourrait même provoquer une réaction en chaîne dans le secteur immobilier surévalué si trop de travailleurs perdent leur emploi en même temps.

 

Si elle devait persister, l’actuelle baisse du prix du pétrole remettrait en question l’obsession du gouvernement Harper pour le pétrole. Ce que certains ont qualifié de mal hollandais a forcé la fermeture définitive de milliers d’entreprises en Ontario et au Québec. Des centaines de milliers de travailleurs ont perdu leur emploi à cause de la chute des exportations liée à la hausse du dollar, elle-même causée par la forte demande de pétrole.

Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement Harper s’obstinait à nier l’existence de ces liens pourtant évidents. À nier aussi du même souffle tout rapport entre ce parti pris et l’absence du Canada au concert des nations décidées à combattre le réchauffement climatique en investissant dans les technologies de pointe.

Encore récemment, le premier ministre Harper rejetait l’idée de profiter de la conjoncture pour imposer des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre à une industrie pourtant responsable de l’essentiel des augmentations récentes et à venir au pays.

En cette année électorale à Ottawa, le moment est propice pour inviter les conservateurs à justifier leurs choix. Car au rythme où vont les choses, le Canada risque de perdre sur tous les fronts.

À voir en vidéo