En dehors de l'euro!

Le chat allemand est sorti du sac de noeuds européens. La chancelière Angela Merkel estime en effet que, si les Grecs portent la gauche au pouvoir, alors ils devront abandonner l’euro. Le fin mot de cette histoire ? La théorie de la chaîne et sa logique des intérêts ont renvoyé la théorie de l’effet domino au rang de légende. On s’explique.

Selon les confidences recueillies par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Merkel a la certitude que, si la gauche qualifiée de radicale par les médias dominants récolte la majorité des sièges lors des élections législatives à la fin du présent mois, alors la Grèce sera condamnée à remplacer l’euro par la drachme, soit sa monnaie antérieure. Merkel ainsi que son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, « jugent supportable une sortie du pays de la monnaie unique en raison des progrès accomplis par la zone euro depuis le sommet de la crise, en 2012. ».

En agissant de la sorte, Merkel s’est posée en chef d’orchestre de la fronde conçue pour freiner l’avancée de Syriza et de son chef, Alexis Tsipras, ou, inversement, comme l’avocat du premier ministre sortant, le conservateur Antonis Samaras. Tout un chacun aura noté que la citoyenne allemande Merkel s’est imposée dans les rapports de force qui se poursuivent sur l’échiquier politique grec. Et d’une. Et de deux : personne ne sera étonné d’apprendre que le programme de Samaras est, au fond, une copie conforme des désirs qui habitent Merkel et Schäuble, soit l’observation des directives composées par la troïka formée par la Banque centrale européenne (BCE), le FMI et l’Union européenne. Bien.

Il y a deux ans de cela, lorsque la sortie de la Grèce de la zone euro était évoquée, Merkel criait à hue et à dia. Il était d’autant moins question d’envisager cette éventualité qu’on craignait comme la peste l’effet domino. Berlin avait alors la certitude que, si la Grèce sortait, le Portugal et l’Irlande suivraient, après quoi l’euro imploserait. Depuis lors, les banques allemandes, françaises et autres ont réduit leurs investissements en Grèce, un mécanisme européen de stabilité (MES) et l’Union bancaire ont été mis en place. Bref, l’euro a été renforcé. À telle enseigne d’ailleurs que, au sein des cercles du pouvoir, la théorie de la chaîne a succédé à l’effet domino. Mais…

Mais encore ? Le souhait que le maillon faible, en l’occurrence la Grèce, quitte la zone euro a remplacé la hantise découlant de son départ plausible pour la bonne et « capitale » raison que l’euro en serait renforcé. Après avoir enregistré une contraction très prononcée de 25 % du PIB dans la foulée de réformes économiques brutales, voilà qu’une embellie a été constatée en 2014. De ce pataquès socio-économique, il faut retenir qu’entre 2008 et 2014 des augmentations très, très marquées de suicidés, de pauvres, de prostitués et d’autres abîmés ont été constatées.

En fait, en exprimant le désir que l’on sait, il faut reconnaître à Merkel un sens des réalités économiques en général et de l’intérêt allemand en particulier. C’est tout simple : l’industrie touristique, si vitale à la Grèce, a pour Dieu financier une monnaie faible, si contraire, elle, à la machine-outil allemande qui adore la monnaie forte, le produit à forte valeur ajoutée étant son mantra « capitaliste ».

On tient à souligner que le programme de la gauche dite radicale consiste pour l’essentiel à renégocier les ententes imposées — il n’y a pas d’autre mot — par la troïka afin de consacrer 12 milliards, et seulement 12 milliards, à une hausse du salaire minimum et à la lutte contre un chômage abyssal. À vrai dire, ce programme dérange parce qu’il est humain, trop humain.

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