La position du chef

Mitch McConnell, sénateur du Kentucky et nouveau patron des républicains, a formulé ces jours-ci un souhait vraiment étonnant. Le voici : que bien des membres de sa famille politique apprennent à voter Oui à compter du 6 janvier, alors qu’ils prendront le contrôle du Congrès après leur victoire aux législatives de novembre dernier. Dit autrement, celui qui a symbolisé l’obstruction systématique aux gestes et propositions de Barack Obama, aux politiques du chef de l’exécutif, espère que le législatif va cesser de camper le rôle de l’empêcheur de tourner en rond et, par voie de conséquence, prendre le risque d’agacer prodigieusement les Américains à la veille de la reine des élections, soit évidemment la présidentielle.

De l’entretien qu’il a accordé au New York Times, il ressort que McConnell veut effectuer une coupure avec la culture défendue par la faction la plus agissante de cette formation, soit bien sûr le Tea Party et sa cohorte de libertariens fous furieux. La position dévoilée par McConnell a ceci de singulier qu’elle met en lumière cela : il a entendu le constat que les républicains dits classiques ne cessent de marteler. Mais encore ? Nous avons perdu, d’assurer ces derniers, les récentes élections présidentielles à cause des « hurlements » du Tea Party qui se sont traduit, au ras des pâquerettes, par la désaffectation des électorats féminin et hispanique.

Cela étant, le quotidien politique du président ne sera pas à l’image du long fleuve tranquille. En effet, si McConnell entend réduire au silence les figures de proue du Tea Party et autres jusqu’au-boutistes, c’est qu’il a en tête un plan d’attaque composée à l’enseigne d’une agressivité différente de celle adoptée au cours des dernières années, mais tout aussi prononcée. On s’explique. McConnell espère qu’en prenant ses distances de la faction extrémiste, il va convaincre des démocrates de voter certaines lois. Dans quel but ? Forcer le président, le chef de l’exécutif, à se commettre, à trancher. Voire le forcer, parfois, à avoir recours au droit de veto et, ce faisant, être le sujet d’une certaine colère des Américains. En d’autres termes, McConnell et ses collègues vont s’appliquer à faire passer le président pour quelqu’un inclinant à contrecarrer les initiatives du législatif.

La stratégie de McConnell est le fruit, par ailleurs, d’un… retournement ! En peu de mots, il se trouve qu’Obama est le principal bénéficiaire de la divine surprise qui a pour nom l’effondrement du prix du pétrole. Ce fait économique a durablement affaibli les principaux adversaires des États-Unis. Il a même convaincu Raúl Castro d’accélérer le rapprochement avec les États-Unis. La conclusion est une lapalissade : à suivre.

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1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 30 décembre 2014 22 h 28

    Non. M. McConnell prépare le terrain pour Jeb Bush, le prochain candidat républicain aux élections présidentielles de 2016.