Vive l’UPAC libre!

L'UPAC a eu de bons résultats depuis sa création, il y a trois ans. Mais plusieurs questions sur son autonomie ont été soulevées. Pourquoi aucun élu de l’Assemblée nationale — à part Tony Tomassi — n’a-t-il été arrêté ? Sont-ils protégés ? Certaines opérations ont-elles été téléguidées ? Son patron, Robert Lafrenière, a raison de réclamer pour 2015 une nouvelle loi pour accroître son indépendance. Comment s’y prendre ?

Le matin du 18 septembre 2013, des enquêteurs de l’UPAC se présentent au domicile de Philippe Couillard, chef du Parti libéral alors dans l’opposition. Ils veulent l’interroger. On est à la veille de la rentrée parlementaire. En conférence de presse, quelques heures plus tard, aux côtés de son chef qui vient de rendre publique l’étonnante rencontre, l’ancien policier et député Robert Poëti déclare : « Si les gens pensent que c’est un hasard que, ça, ça s’est produit la veille de la rentrée parlementaire… » Quoi ? L’UPAC l’a fait exprès ? Bombardé de questions par les journalistes, l’actuel ministre des Transports vasouille et s’esquive : « Je vous laisse le soin d’en juger. » Mais tout le monde a compris. Nul autre que l’ancien porte-parole de la SQ vient de douter publiquement de l’indépendance de l’UPAC. D’ailleurs, son chef aura tout un lapsus, quelques secondes plus tard : « Quand les escouades politiques, euh… policières ont été montées… »

Aujourd’hui, fin 2014, ces deux politiciens sont au pouvoir. Le directeur général de la Sûreté du Québec ? Congédié de manière peu subtile peu de temps après l’élection d’avril. Comme son prédécesseur l’avait été lors de l’arrivée au pouvoir du Parti québécois en 2012. Nulle surprise que maintenant, le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière veuille qu’on assure une plus grande indépendance à l’UPAC. En 2013, il y avait eu 66 arrestations. En 2014 ? 15. Le PLQ au pouvoir ralentirait-il l’UPAC ? Le critique péquiste en matière de sécurité publique, Pascal Bérubé, l’a évoqué en chambre, soulevant l’indignation des libéraux. Les sous-entendus du député de Matane, pourtant, rappelaient ceux de M. Poëti de 2013 !

Robert Lafrenière nie farouchement avoir jamais fait l’objet de quelque pression que ce soit. Il déteste ces perceptions d’influence politique : « On va essayer de changer ça. Avec l’UPAC complètement autonome, les résultats viendront », a-t-il dit au Devoir, promettant pour 2015 un déblocage d’enquêtes sur des politiques.

Plus d’autonomie pour l’UPAC ? D’accord, mais comment faire ? Nous avons déjà proposé ici que le patron soit nommé par l’Assemblée nationale, le législatif. Cette Unité poursuit en partie une des missions du Parlement : surveiller et contrôler le gouvernement. Toutefois, certains font valoir qu’il s’agit là d’un forum peu au fait des tribulations du travail policier. Il est au surplus ultra-partisan, ce qui aboutit à des impasses invraisemblables : l’actuel vérificateur général, qui doit être nommé aux deux tiers de l’Assemblée nationale, est, faute d’entente entre les partis, intérimaire depuis trois ans ! Et la gestion des budgets d’une UPAC relevant de l’Assemblée nationale ne donnerait-elle pas lieu à de contre-productives querelles d’élus ?

Peut-être vaudrait-il mieux s’inspirer du statut du directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), indépendant malgré un lien avec le ministère de la Justice. Chose certaine, le patron de l’UPAC ne peut conserver son contrat, qui s’apparente à ceux offerts aux sous-ministres. Sa nomination, comme celle du DPCP, devrait être irrévocable et sans possibilité de renouvellement, pour un mandat plus long (disons sept ans) que celui d’un gouvernement. Du reste, comme pour la protectrice du citoyen, la loi devrait lui assurer un budget stable. Le gouvernement Couillard ne devrait pas attendre le rapport de la commission Charbonneau en avril avant de déposer un projet de loi à cet égard. Une lutte contre la corruption crédible et saine en dépend.

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17 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 21 décembre 2014 22 h 25

    Auto evaluation

    "L'idée que je me fais de moi-même est excellente; j'estime également que mon travail est impeccable."
    Reçu 5 sur 5, chef
    Roger and out.

  • Marino Tremblay - Inscrit 22 décembre 2014 07 h 02

    Rêver en couleur

    Pourquoi changer un système qui a réussi aussi longtemps à protéger nos élus politiques surtout libéraux, systéme créé par ces mêmes élus libéraux?
    Accepter de vivre dans une république de bananes est plus facile. Le seul espoir est que quelqu'un de l'intérieur du système, écoeuré par cette corruption, se lève avec courage, et parle publiquement de ce qu'il sait. À date, combien de gens, au courant, se taisent et sont complices?

    • Pierre Bernier - Abonné 22 décembre 2014 09 h 37

      "Sanctuariser" la lutte à la coruption ?

      Il convient de « sanctuariser » la lutte à la corruption et les organes qui l’incarnent sur le territoire québécois.

      Des études ont montré que l’efficacité des autorités dites anticorruption mais dénuées de réelle autonomie, dépourvues contribution active et soutenue des citoyens et sans obligation de redditions compte publics devant l’organe parlementaire (mission "contrôle" du Pouvoir Législatif), et la population au travers lui, suit généralement une courbe de productivité que les statisticiens n’hésiteraient pas à qualifier de banalement « normale ».

      C’est-à-dire qu’après des débuts souvent lents mais hautement médiatisés, l’autorité anticorruption subit une phase d’ascension rapide au plan de l’efficacité sur des affaires déjà « identifiées et documentées » avant de décroître tout aussi rapidement qu’elle est montée et stagne à nouveau dans une phase de faible productivité.

      À défaut de suppression pure et simple, parfois politiquement difficile, cette autorité devient alors qu’une « coquille vide ».

  • Marc Lacroix - Abonné 22 décembre 2014 07 h 07

    Quand le judiciaire couche avec le politique !

    Poser la question c'est déjà y répondre. Il va de soi que le politique ne devrait pas avoir la possibilité de télécommander une escouade comme l'UPAC, le politique ne devrait même pas donner l'apparence de conflit d'intérêts entre sa fonction et celle dévolue à l'UPAC.

    La suggestion de donner au chef de l'UPAC un statut semblable à celui du directeur des poursuites criminelles et pénales relève du "gros bon sens", elle n'a rien de révolutionnaire, il est même difficile à comprendre que ce ne soit pas déjà en place.

  • Hadj Zitouni Mouvement Action Justice - Inscrit 22 décembre 2014 08 h 20

    Indépendance ou concubinage ?

    Robert Lafrenière, ancien gradé de la SQ, était sous-ministre dans le cabinet de Jacques P. Dupuis au moment de l'histoire du permis de port d'arme délivré à Luigi Coretti, ancien patron de BCIA dont les entrées au sein du petit monde des contrats publics furent facilitées par Yvan Delorme, ex chef de police du SPVM. Le gendre de Lafrenière, Martin Prud'homme, a été promu récemment DG de la SQ.

    Ces deux-là sont-ils réellement indépendant du pouvoir libéral et de sa coterie d'affairistes ?

    Rien n'est moins sûr...

    • lise pelletier - Inscrit 22 décembre 2014 10 h 00

      L'UPAC surveillera les travaux de Turcot, qui surveillera l'UPAC ?

      Déjà que depuis l'élection du 7 avril, les dossiers semblent en dormance.

      Mario Laprise, ancien directeur de la SQ était sur un siège éjectable depuis : La perquisition au siège social du PLQ en juillet 2013 et, surtout, l’envoi de deux agents de la SQ au domicile de Philippe Couillard en septembre de la même année ont fait déborder le vase chez les libéraux. Dès que le PLQ a repris le pouvoir, il était dans la mire.

    • François Dugal - Inscrit 22 décembre 2014 14 h 38

      "Ces deux là sont-ils réellement independants du pouvoir liberal ...?"
      Négatif, mon colonel.

  • Leclerc Éric - Inscrit 22 décembre 2014 08 h 58

    Solidarité ministérielle

    Chers ministres, ceux qui ont été sages après la formation de l'UPAC ou qui ont préféré demeurer loin des points de presse des journalistes au moment où la corruption battait son plein au PLQ, ont pris une excellente décision.

    Par contre, comme le PLQ est au pouvoir pour encore trois ans et demie et qu'il reste peut-être encore des "squelettes dans le placard" : PRUDENCE!