Qui écopera?

La donne économique est en train de changer de manière telle que les repères en sont décalés et les perceptions, faussées. Cet écart entre les impressions et la réalité n’est pas propre aux Québécois, mais il est plus marqué ici que dans le reste du Canada. Cela n’est pas anodin dans le contexte des coupes pratiquées par le gouvernement libéral de Philippe Couillard. Arrivons-nous à bien voir qu’il cible le petit pendant que les gros poissons s’échappent ?

Un sondage de l’Institut Broadbent sur la distribution de la richesse démontrait mardi que les Canadiens sous-estiment la richesse des riches et la pauvreté des pauvres : or, c’est au Québec que cette mauvaise évaluation est la plus marquée. Comme si nous n’arrivions pas à prendre la pleine mesure du changement de société en cours depuis 30 ans, soit que la financiarisation de l’économie profite à une minorité (le fameux 1 % qui a accaparé 37 % de la création de la richesse au Canada depuis 1975, selon l’OCDE), pendant que l’impôt et les transferts gouvernementaux jouent de moins en moins leur rôle de redistribution de la richesse, particulièrement au Québec.

Les données à cet égard s’accumulent et les experts mettent en garde les gouvernants. Mais au Québec, le grand public reste sur ses préjugés : le profiteur, c’est le voisin, le B.S., le chômeur, le fonctionnaire… Difficile de faire autrement quand on entend l’actuel discours gouvernemental qui associe employés de l’État et programmes sociaux à gaspillage de fonds publics, le tout s’appuyant sur des années de diabolisation de l’impôt et un laisser-aller indécent face à ces grosses fortunes, individuelles et entrepreneuriales, qui pratiquent l’évitement fiscal avec une discrétion inquiétante. Dans ce contexte de poudre aux yeux, pas étonnant que les sondages indiquent que les Québécois appuient une à une les mesures de resserrement budgétaire mises sur la table par les libéraux. Ils ne voient pas que, ce faisant, ils tirent sur une ficelle qui les étranglera.

Déjà, apprenait-on mercredi, le pouvoir d’achat des Québécois a diminué en 2013, une première en quasiment 20 ans. Or la stagnation des salaires, particulièrement celle envisagée par ce très large employeur qu’est le gouvernement du Québec, couplée à l’augmentation de frais en tout genre en matière sociale et à la progression de l’inflation, viendra empirer cette donne. Qui écopera ? Pas le nanti, qui passe au travers des crises comme si elles n’existaient pas, même cette crise qu’est le grand ménage de l’État (car au sommet des ministères, on continue de s’échanger les sièges à gros salaires avec augmentations à la clé). Les écarts qui se creusent devraient nous inquiéter.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

37 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 18 décembre 2014 05 h 13

    Effacer la dette

    Il est démontré que des milliards de dollars échappent au fisc parce que de nombreuses compagnies québécoises, dont Bombardier que nous avons subventionnée à tour de bras, font de la "diversion" fiscale en paradis lointains.

    Que nos gouvernements prennent des mesures énergiques pour récupérer cet argent et la dette en serait effacée.

    Mais les ti-amis du pouvoir, on les laisse tranquilles. On préfère scruter à la loupe la déclaration d'impôt du petit contribuable, au cas où il se serait trompé de quelques dollars.

    Absurdistan quand tu nous tiens...pendant qu'une procureure nommée juge réclame des frais exhorbitants- une autre petite Reine ?- pour ses vêtements.

    Vous, quand vous allez bosser, réclamez-vous des déductions pour vos chemisiers et cravates ?

    • Gilles Théberge - Abonné 18 décembre 2014 11 h 10

      Il a été démontré aussi que des sommes importantes et je persiste à penser qu'on ne sait pas tout, bref que des sommes importantes ont été dissimulées dans un paradis fiscal par l'actuel premier ministre à son bénéfice personnel.

      Je ne vois rien cependant dans ses énoncés économiques ni dans ses intentions politiques, qui m'encourage à penser que le premier ministre actuel ait quelqu'ambition que ce soit de mettre fin à ces indécentes pratiques d'évitement qui si elles sont légales, demeurent profondément immorales.

      Derrière toutes ces baisses d'impôt qu'on nous balance comme étant le fin des fins, il semble que cela prendra plusieurs années à une bonne partie des gens pour qu'ils réalisent que cela contribue à produire une société de plus en plus injuste.

      Madame Boileau a parfaitement raison de signaler que nous sous-estimons la richesse des riches et la pauvreté des pauvres.

      Quand on sait que de plus en plus de travailleurs en emploi doivent recourir à la charité publique pour nourir leur famille je ne comprends pas comment il se fait que la solidarité humaine qui fait en principe partie de nos gênes, entout cas de notre culture n'émeuve pas plus les mononcles.

      Ils aiment on dirait renforcer l'idée que l'on est né pour un petit pain. Et ils appuient sans état d'âme ces politiciens qui mettent en oeuvre présentement les conditions gagnantes pour que tout le monde se sente coupable d'avoir du pain sur la table.

      Je désespère de la société à laquelle j'appartient.

    • Hélène Paulette - Abonnée 18 décembre 2014 12 h 40

      Bien sûr elles sont légales madame Poirier. Elles furent permises par Paul Martin alors ministre des Finances à Ottawa. C'est le fédéral qui détient la clé mais on pourrait se garder une petitew gêne sur les subventions à Québec...Ou peut-être une taxe sur la masse salariale au lieu de l'imposer aux Caisses Populaires...

    • Valois Juliette - Inscrit 18 décembre 2014 13 h 50

      Si la loi permet des comportements fiscaux non éthiques, c'est peut-être qu'elle mérite d'être révisée et reserrée.

    • Gérard Pitre - Inscrit 18 décembre 2014 14 h 07

      À Normande Poirier. Tout ce que le gouvernement devrait faire afin de règler une fois pour toutes le cas de tous les Bombardiers de ce monde, c'est de changer la loi. Ils aiment mieux comme le dit si bien Pierre Scheider, piger dans les poches de la classe moyenne et des démunis. Ce gouvernement est à la solde des riches et des bien nantis. Il n'a pas été élu pour ça, il se comporte en despote en nous faisant miroiter une vallée de roses. Québécois réveillons-nous et exigeons tous ensemble la démission de ce gouvernement qui est entrain de vendre le Québec au plus offrant. Nous avons élu par notre inconscience et notre insousciance des incompétents et des ignares. Affreux comme équipe gouvernementale. Gérard Pitre

  • Guy Rivest - Abonné 18 décembre 2014 06 h 00

    Outrage

    Avec la complicité des gouvernements, les riches ont réussi à nous faire croire que notre bien-être dépendait absolument de leur prospérité. Les publicités que diffuse TransCanada ces temps-ci pour nous vendre l'idée de son oléoduc, de même que la présence à Québec de ses 27 lobbyistes, n'en sont qu'un exemple parmi tant d'autres. Le fait que nos deux ordres de gouvernement appuient ce projet (sans réserve à Ottawa et avec des réserves de façade à Québec) est outrageant.

    • Francois Cossette - Inscrit 18 décembre 2014 11 h 27

      Les gouvernements nous aiment, epais, incultes, dociles, ignorants, cela leur donne le champ libre, pendant ce temps, pour faire ce qu'ils veulent c'est a dire s'occuper d'eux et de leurs amis. Et tout cela avec la participation active de leurs partisans qu'on a bien brainwasher pour qu'ils soient les portes-paroles de quelques choses dont ils sont incapables de juger de la pertinence.

      Ce que le gouvernement aime le plus c'est quand les citoyens se tirent entre eux, pendant ce temps ils ne tirent pas sur les vrais coupables du marasme qui nous afflige, ces compagnies BS, ces dirigents corrompus, ces profiteurs de toutes sortes.

      Pour nos gouvernements Ignorance est gage de réussite, la notre pas la leur.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 18 décembre 2014 06 h 49

    Qui au sommet ?

    (car au sommet des ministères, on continue de s’échanger les sièges à gros salaires avec augmentations à la clé).

    Des noms s.v.p. ?

  • Dany Mailloux - Abonné 18 décembre 2014 07 h 26

    Les aveugles

    J’aurais plutôt titré votre articles « Les aveugles » en désignant la population qui ne voit pas qu’elle se fait rouler dans la farine par le discours trompeur et dramatique de ce gouvernement qui veut notre bien et qui le prendra…

    C’était presque comique de voir notre ministre des finances, Jacques Daoust, réagir très timidement à la suite des révélations à l’effet que « notre » Bombardier se livre à des stratégies pour éviter de payer ses impôts au Québec. Pourtant, cette compagnie a reçu son lot de subventions et de faveurs gouvernementales au fil du temps. Belle reconnaissance.

    • André Le Belge - Inscrit 18 décembre 2014 12 h 40

      Ce n'est pas parce que c'est légal, favorisé par nos gouvernements, que c'est moral madame Poirier. evidemment ce n'est pas comme le BS qui trompe l'impôt parce qu'il ne déclare pas quelques heures de travail au noir, ça c'est illégal et bien sûr immoral. Rappelez-vous de la Fable de La Fontaine «Les animaux malades de la peste», le grand fautif, l'âne!

    • Dany Mailloux - Abonné 18 décembre 2014 13 h 45

      Vous avez raison, et c’est bien triste : nos lois sont pensées par « nos élites » pour leur cercle de sympathisants. Et vive les retours d’ascenseur!

    • Olivier Courtois - Abonné 18 décembre 2014 17 h 21

      Madame Poirier

      Ce n'est pas parce que ces actions sont légales qu'elles sont seulement contraires à l'éthique, c'est du vol, organisé par des dirigeants corrompus et amis de ceux qui profitent et qui dirigent vraiment dans l'ombre. La quasi absence de réaction de notre ministre des finances montre bien ou il se situe. Dans sa carrière de banquier je suis certain qu'il a conseillé de nombreux clients sur la façon d'éviter de payer de l'impôt au Canada, ce n'est pas maintenant qu'il les fera payer, carrière future et clique de voleurs oblige. Combien ce ministre banquier a t-il couté aux citoyens en favorisant l'évitement fiscal de ses clients de façon légale, c'est certainement des millions. Avec un premier ministre qui a profité des paradis fiscaux s'il n'en profite pas encore, tout cela légalement bien sûr, nous sommes bien servis. Cessons d'utiliser des termes comme manque d'éthique et immoralité pour parler des comportements de nos dirigeants. La réalité c'est que le peuple se fait voler par des lois destinées à des voleurs. Indignons nous, c'est assez.

  • Anne Arseneau - Abonné 18 décembre 2014 07 h 50

    Pour P. Couillard, les employés des services publics et les élèves ne sont même pas des «citoyens»...

    «Le chemin qui reste à faire ne sera pas fait par les citoyens, il sera fait par le gouvernement dans son périmètre de dépenses.»

    «Les contribuables ont fait leur effort, on sait que ça n’a pas été facile. Cet effort est fait et on continue dans le camp du gouvernement», a déclaré le premier ministre Couillard à la fin de la session parlementaire (le 5 décembre dernier)