Le ciel en récompense

Avec la présentation d’offres patronales aussi restrictives aux 550 000 employés du secteur public québécois, il est difficile de croire qu’il sera possible d’en arriver à une entente négociée. Si les Québécois veulent des services de qualité, ils doivent s’attendre à payer.

En réaction à la revendication d’augmenter les salaires de 4,5 % par année présentée le mois dernier par les syndicats du secteur public, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, avait laissé tomber qu’il s’agissait d’une demande « d’une autre époque ».

Or, après avoir pris connaissance des offres présentées hier par le ministre, on a plutôt l’impression que c’est le gouvernement qui veut revenir un demi-siècle en arrière, à cette époque bénie où les tâches de garde-malade et de maîtresse d’école étaient des vocations pour les femmes élues pour servir le Seigneur avec promesse de récompense après la mort.

Les négociations en étant à leur début, il est trop tôt pour présumer du résultat. Avouons tout de même que la position de départ du gouvernement est la plus radicale présentée depuis longtemps, et qu’elle n’annonce rien de bon pour l’avenir de la fonction publique québécoise.

Alors que les employés du secteur public québécois subissent un retard de 38 % par rapport aux employés municipaux, de 21 % par rapport aux fonctionnaires fédéraux et de 13 % par rapport aux syndiqués du secteur privé, le ministre Coiteux leur demande d’être « raisonnables » en acceptant de creuser plus profondément ce fossé par des augmentations plafonnées à 3 % pour cinq ans.

En plus, comme il veut repousser de 60 à 62 ans l’âge de la retraite sans pénalité pour ceux qui n’ont pas encore accumulé les 35 années de service exigées pour une pleine rente, cela incitera à coup sûr des milliers de salariés à quitter leur poste prématurément. Ce faisant, ils éviteront une pénalité dont le pourcentage est appelé à doubler pour passer de 4 à 7,2 % par année, en plus de subir une baisse de la rente désormais calculée sur le salaire des huit dernières années au lieu de cinq. Lucien Bouchard n’aurait pas fait mieux !

Cela dit, le gouvernement a raison de vouloir apporter certains changements au régime de retraite pour en assurer la pérennité et réduire l’augmentation les cotisations. En cela, l’idée de repousser progressivement l’âge du départ sans pénalité pour ceux n’ont pas accumulé 35 années de service tient la route. En revanche, l’augmentation de la pénalité actuarielle et la diminution de la rente pour tous sont des mesures d’appauvrissement inacceptables dans un régime qui n’offre à peu près pas d’indexation à long terme.

Et dire que les députés ont droit à une rente sans pénalité après seulement 17,5 années de service !

Comment expliquer qu’on soit si durs avec ces employés sinon parce que les trois quarts sont des femmes, du petit personnel aux yeux du gouvernement, et qu’on soit toujours aussi généreux à l’endroit des hauts fonctionnaires, des policiers de la Sûreté du Québec et des monteurs de lignes, techniciens et ingénieurs d’Hydro-Québec ?

En conférence de presse, hier, le président du Conseil du trésor a invité les syndicats à ne pas aborder ces négociations dans un esprit d’affrontement. Il devait rire dans sa barbe, le ministre, en s’entendant prononcer ces mots.

Si les Québécois et leur gouvernement tiennent au panier de services publics actuel, ils doivent accepter de payer à leur juste valeur les employés compétents nécessaires pour les offrir.

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