Mal de mer

Quel mépris, quelle inconscience, quelle ironie. Vendredi, sans rougir, Martin Coiteux, président du Conseil du trésor, a lancé que les vagues provoquées par son gouvernement pouvaient donner le mal de mer à ceux qui naviguent à courte vue.

Mais pendant que le ministre y allait de sa petite pique aux manifestants à la porte de l’hôtel où il prononçait son discours, un vrai mal de mer frappait sans s’annoncer des lieux qui n’auraient jamais cru que le gouvernement se fichait d’eux à ce point. Communicateurs scientifiques, vous n’êtes que des moussaillons et même pas besoin de tirer à la courte paille pour savoir lequel sera mangé : vous serez tous coupés !

Avec la pire des indécences — un simple coup de fil —, différents organismes ont donc appris vendredi qu’ils perdaient leurs subventions gouvernementales. Elles ne sont pas réduites : elles sont é-li-mi-nées.

Le gouvernement Couillard avait eu la curieuse idée de confier la promotion de la science au ministère de l’Économie. On aurait dû se méfier : s’étonnera-t-on que le ministère ait fini par constater que cette promotion ne correspond pas à ses objectifs ? La solution s’est donc imposée : et que je te pousse hors du budget…

Tant pis, les Débrouillards : votre nom le dit, arrangez-vous pour trouver ailleurs les 175 000 $ coupés ! Qui pleurera la mort de l’Agence Science-Presse qui persistait, quelle horreur ! à vulgariser la science en français ? Le tiers du budget de l’Acfas qui tombe ? Bien fait ! Ils perdront moins de temps, ces chercheurs, professionnels comme étudiants, qui veulent se réunir, donner des prix, faire circuler leurs travaux… en français en plus ! Quant aux expos-sciences, ça rapporte combien au juste ?

Vraiment, ces gens ne comprennent rien au tricotage qui a désormais la cote depuis l’élection. Pour réussir à la manière libérale, il faut savoir se mailler : avoir des partenaires financiers, que tu sois un CPE en milieu défavorisé ou une minuscule agence de presse qui fait des miracles avec un seul permanent à temps plein. On est en business dorénavant au Québec, et seuls ceux qui auront le coeur solide ou qui savent nager auront droit à la croisière de 2016. D’ici là, il faut jeter en dehors du paquebot ces Québécois qui n’ont pour toute richesse que leur envie profonde de partager des connaissances afin que le Québec puisse répondre aux interrogations du XXIe siècle…

Mais a-t-on dit partager, apprendre, s’interroger : serait-on en train de parler de citoyenneté ? Le vilain mot, chut !, à ne plus prononcer. Car de coupe en coupe, de structures abolies à celles affaiblies, d’histoire bafouée à institutions ignorées, c’est bel et bien ce que le gouvernement Couillard est à noyer.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 15 décembre 2014 08 h 05

    Mal de mer

    Le Titanic fonce sur la Mer des Glaçons : "Full Speed Ahead" (en avant toutes).

  • Claude Poulin - Abonné 15 décembre 2014 09 h 02

    Bravo

    Bravo madame, votre plaidoyer a été entendu. CP