Rien n’est joué

Il y a peu, l’avenir paraissait sombre pour le premier ministre Stephen Harper. Certains évoquaient même une possible démission pour laisser un autre chef mener la prochaine campagne électorale pour les conservateurs. Mais ces derniers mois, des vents favorables ont soufflé dans sa direction. Si tout demeure possible pour le chef conservateur, il y a cependant la fatigue et l’usure.​
 

Premier ministre depuis presque neuf ans, le chef conservateur accuse le poids des ans. Son gouvernement est fatigué. Malgré son discours sur l’ordre et la loi, il s’est fait prendre, comme bien des gouvernements en fin de mandat, la main dans le sac avec le « Senategate », une affaire d’assiette au beurre dans laquelle ont avidement sauté trois sénateurs conservateurs. L’illustre plus récemment la controverse créée par l’absence récurrente de sensibilité du ministre des Anciens Combattants, Julian Fantino, envers ceux-ci, dont cette fausse promesse de verser 200 millions de dollars en six ans pour la santé mentale alors que ce budget sera étalé sur 50 ans.

La défaite des conservateurs devrait dans les circonstances aller de soi, ce que d’ailleurs les sondages laissent croire. Ce ne saurait être pour autant la fin de l’histoire. Depuis longtemps, Stephen Harper a construit son calendrier budgétaire sur le calendrier électoral pour arriver juste avant la campagne électorale avec des surplus budgétaires. Et comme surplus il y a déjà, il a pu commencer la distribution de la manne électorale à tous les vents. D’où une petite poussée dans les sondages pour les conservateurs.

Politicien roué, il a su aussi rebondir sur l’actualité et se faire un allié inattendu de Vladimir Poutine. La crise en Ukraine lui aura donné l’occasion d’en tirer parti de façon inespérée auprès des Canadiens d’origine ukrainienne. Sa brève altercation avec le président russe lors du G20 il y a trois semaines — « Je vais vous serrer la main, mais je n’ai qu’une chose à vous dire : vous devez quitter l’Ukraine » — a fait le tour du monde. Elle lui aura assuré sans doute l’appui de quelques centaines de milliers d’électeurs.

De la même façon, il a su récupérer les fruits politiques de l’assassinat de deux soldats canadiens par des partisans locaux du groupe armé État islamique. Il a fait montre dans les circonstances de leadership. Son image de défenseur de la paix et du bon ordre devenait rassurante dans les circonstances. Encore là, petit gain de popularité qui le rapproche de Justin Trudeau.

L’important pour les conservateurs n’est pas tant de se retrouver en tête dans les sondages que de se rapprocher du Parti libéral le plus possible, car la division du vote progressiste entre libéraux et néodémocrates favorise le Parti conservateur. La joute se livre circonscription par circonscription, électeur par électeur. D’où l’importance du vote ukrainien. D’où l’importance de bien choisir les circonscriptions où investir. Pour savoir où elles se trouvent, il suffit de suivre les déplacements de Stephen Harper, qui affectionne les conférences de presse dans la couronne de Toronto. Son absence du Québec, où il n’est passé que quatre ou cinq fois en un an, dit tout de l’importance qu’il accorde au vote des Québécois.

Les événements ne sont pas tous favorables au gouvernement Harper. Il ne pourra rebondir sur la chute brutale des prix du pétrole qui le privera de revenus. La perspective de surplus budgétaires s’estompera d’autant plus que les investissements dans le secteur pétrolier ralentiront. Lui qui a misé toute sa stratégie de développement économique sur cette ressource pourra se retrouver en panne. L’absence de vision que lui reprochait cette semaine le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, transparaîtra davantage. Sa fatigue aussi. Si tout reste possible sur le plan électoral, rien n’est pour autant gagné.

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