Le mauvais élève

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, est sorti de la réserve que lui impose son rôle pour réprimander le Canada, lui reprochant de ne pas en faire assez pour la planète. Dernier de classe depuis que les conservateurs sont au pouvoir, le Canada saura-t-il mettre fin à un refus égoïste d’apporter sa contribution ?

L'événement est pour le moins singulier. Le secrétaire général des Nations unies prend garde de ne pas se mêler de la politique intérieure des pays membres, à moins qu’ils contreviennent à des décisions de l’Assemblée générale ou du Conseil de sécurité. Or cette sortie de M. Ban a été planifiée. Il a lui-même sollicité une entrevue à Radio-Canada et à la CBC pour lancer un appel au gouvernement de Stephen Harper pour l’inviter à être visionnaire et à « être porteur de plus grandes ambitions ».

Décodons. Ce geste, Ban Ki-moon l’a fait car il estime, alors que s’accélèrent les préparatifs de la conférence de Paris sur le climat de l’été 2015, que le Canada doit cesser d’être un empêcheur de danser en rond. Depuis 2006, soit depuis l’arrivée de Stephen Harper au pouvoir à Ottawa, tout a été fait pour dénaturer les engagements pris par le Canada lors de la signature en 1997 de l’accord de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre (GES), dont il a fini par se retirer comme pays signataire. Quant aux cibles de réduction des émissions, elles ont été abaissées. Lors de la conférence de Copenhague en 2009, le Canada s’était fixé de les ramener de 17 % sous le niveau de 2005 d’ici 2020. Cette cible ne sera vraisemblablement pas atteinte.

Le problème aux yeux de Ban Ki-moon est que le mauvais élève déteint sur quelques autres pays qui résistent à se joindre à l’effort planétaire. À l’inverse, le Canada, s’il redevenait le pays exemplaire qu’il a déjà été, contribuerait à faire avancer les négociations. On attend de lui qu’il annonce prochainement un engagement ciblé de réduction des émissions de GES, comme le feront la plupart des pays. Les Nations unies veulent qu’avant même que ne débute la conférence de Paris un nombre suffisant de pays se soient engagés, ce qui ouvrirait le chemin à un accord.

L’intervention de Ban Ki-moon vient ajouter à la pression qu’a créée sur le Canada l’entente intervenue il y a trois semaines entre les deux plus grands pollueurs de la planète, la Chine et les États-Unis, sur le réchauffement climatique. Les États-Unis se sont donné une réduction de 26 % à 28 % de leurs émissions de GES d’ici 2025 par rapport à 2005, et la Chine vise à stabiliser ses émissions d’ici 2030. Le gouvernement Harper, qui prenait prétexte de l’inaction américaine pour justifier sa léthargie, ne pourra pas faire moins que son voisin.

Le premier ministre Harper a déclaré à l’issue du sommet du G20 tenu en Australie à la mi-novembre que le Canada ferait partie d’un accord contraignant regroupant tous les principaux émetteurs de GES et qu’il contribuerait prochainement à des fonds internationaux pour lutter contre les changements climatiques. Mais tous les observateurs sont sceptiques.

Le Canada, « pays moderne et avancé », comme l’a souligné le secrétaire des Nations unies, ne peut plus se cantonner dans un rôle de leader négatif qui fait prévaloir ses intérêts, soit ici la protection des emplois, sur l’avenir de la planète. Ces prochains jours, la ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, sera à Lima, où se tient une conférence préparatoire à celle de Paris. Ce serait l’occasion de confondre les sceptiques avec de premiers engagements. Mais encore faudrait-il que celle-ci commence par reconnaître qu’il y a un phénomène tel que le réchauffement climatique. C’est dire le chemin à faire pour que ce gouvernement retrouve la lumière de la science qui éclaire les esprits.

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26 commentaires
  • Guy Fauteux - Abonné 9 décembre 2014 05 h 45

    Rechauffement climatique



    D`ici ce matin a moins 32 degré C a Coral Harbour au Nunavut nous ne percevons pas beaucoup le réchauffement de la planète.
    Tout comme l`annonce imminente par tous les spécialiste de la fin de l`hère du pétrole se pourrais t`il que les expert se trompe.
    Notons qu’Ici a Coral Harbour nous dépendons a 100% du pétrole.

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 décembre 2014 08 h 16

      S'il vous plaît! L'ère du pétrole... se pourrait-il... se trompent...

      Les Inuit ont vécu des dizaines de milliers d'années sans pétrole.
      Et, quelle que soit l'échéance, le pétrole n'est pas une ressource renouvelable, et les sources restantes sont de plus en plus difficiles à atteindre. Un puits de pétrole de schiste produit pendant moins de dix ans, et il faut en creuser des milliers pour obtenir un rendement
      significatif.

      Finalement, je vous propose de comparer la température moyenne à Coral Harbour avec celle d'il y a dix, 20 ou 30 ans.

    • Olivier Marcoux - Inscrit 9 décembre 2014 08 h 40

      Ce n'est pas parce que le climat se réchauffe qu'il va faire plus chaud chez vous... le réchauffement climatique entraîne surtout des écarts de températures plus grand, des tempêtes plus fréquentes, la fonte de la calotte du pôle nord en été, le recul de plusieurs glaciers, la hausse du niveau de la mer, l'augmentation de l'érosion côtière, l'augmentation des sécheresses dans les déserts, des changements dans la répartition des espèces animales et végétales... si vous ne notez pas de différences dans votre environnement ,les études en notent et vous pouvez les croire. Une société ne peut dépendre totalement du pétrole puisque c'est une ressource limitée et très dommageable pour l'environnement. Coral Harbour pourrait utiliser une autre source d'énergie (hydrogène) qui produit de l'eau lorsque brûlé. Ce sont malheureusement les choix de nos gouvernement qui façonnent, en partie, nos habitudes et le développement de technologies alternatives.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 9 décembre 2014 08 h 44

      M. Fauteux,

      Pour évaluer les changements climatiques il ne suffit pas de prendre une journée dans l'année et de noter la température. C'est comme évaluer la solidité d'un pont en regardant la peinture.

      Avant que les blancs exterminent les Sadlermiuts, les habitants de l'endroit où vous vous trouvez, ils ne dépendaient pas du pétrole. C'est vous et votre façon de vivre qui dépendez du pétrole.

      Bref, vous tous faux m. Fauteux!

    • Claude Smith - Abonné 9 décembre 2014 09 h 28

      Si vous ne percevez pas le réchauffement de la planète dans le grand nord, c'est que vous êtes complètment aveugle et dans le déni le plus complet. Je vous suggère de vous référer aux ours blancs qui vous donnerais sûrement un autre son de cloche.

      Claude Smith

    • André Côté - Abonné 9 décembre 2014 09 h 39

      M. Fauteux, l'observation du climat au jour le jour ne nous montre pas nécessairement l'évidence d'un réchauffement. Cependant, sur le long terme, la collection de données climatiques ne ment pas, il y a réchauffement. Plus concrètement, vous avez sûrement entendu parler de la fonde des glaces et au nord et au sud de la planète, un phénomène qui va en s'accélérant. Alors...

    • Jean Richard - Abonné 9 décembre 2014 11 h 24

      Depuis un certain temps, on préfère parler de changements climatiques plutôt que de réchauffement planétaire. Ça devait en principe écarter une certaine confusion quant au phénomène.

      L'observation des changements climatiques ne tient pas à la lecture du thermomètre jour après jour, en faisant l'erreur d'attribuer aux changements climatiques un record quotidien de température à un endroit donné. Ce genre de données (les records quotidiens) amusent les médias, mais n'ont pas grand valeur pour la science du climat. D'ailleurs, s'il fallait s'en tenir aux thermomètres des stations d'observation officielles qui alimentent les calculs des prévisions météorologiques (ne pas confondre météo et climat), on pourrait se faire dire que ces stations jadis presque rurales sont devenues entourées de zones urbaines, avec le phénomène des îlots de chaleur. Dans la première moitié du XXe siècle, une station comme celle de l'aéroport de Dorval était à l'extérieur de l'îlot de chaleur urbain, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

      Qu'il fasse encore -31 °C à Salliq (Coral Harbour) en plein mois de décembre ne nous renseigne en rien sur les changements climatiques. Mais que la frontière du pergélisol recule d'année en année, de même que l'étendue des banquises polaires, que les glaciers reculent et que le niveau de la mer monte, c'est une autre histoire. Que des espèces vivantes migrent pour des raisons de climats ou pire, qu'elles meurent de ne pas avoir eu le temps de s'adapter, c'est une autre histoire. Ce sont ces mutations accélérées qui intéressent les scientifiques et non la lecture du thermomètre à une heure donnée, en un jour et un endroit donnés.

    • Yves Corbeil - Inscrit 9 décembre 2014 12 h 37

      Vous êtes drôle M. Fauteux, moi aussi chez nous il fait toujours 20. En pleine canicule ou par très grand froid.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 décembre 2014 07 h 34

      S'il n'y a pas de différence dans le grand nord côté température, voulez-vous bien m'expliquer pourquoi on nous tracasse avec la disparition des ours blancs, la fonte des glaciers et l'ouverture possible d'une voie maritime chez-vous ? J'imagine que ça n'a rien à voir avec le climat.

      Bonne journée.

      PL

  • Gilbert Troutet - Abonné 9 décembre 2014 09 h 04

    Les bouleversements climatiques

    Il y a une vingtaine d'années déjà, Hubert Reeves nous avait avertis : la réduction des gaz à effet de serre sera difficile, parce qu'elle implique des modifications profondes à notre mode de vie. Et comme les gouvernements (en particulier celui de Stephen Harper) ne prennent pas les mesures qui auraient été nécessaires pour encourager le changement, nous sommes dans la situation qu'on connaît aujourd'hui. Hubert Reeves expliquait aussi que ce n'est pas seulement le «réchauffement» qu'il faut craindre, mais aussi la déstabilisation des climats, dont on commence à voir les excès. Imaginez par exemple un changement de direction de grands courants marins comme le Gulf Stream, qui adoucit le climat de l'Europe par rapport au nôtre.

    • Raymond Lutz - Inscrit 10 décembre 2014 06 h 25

      Plusieurs biologistes, géologues et climatologues affirment également qu'un changement SUBIT du climat est possible (+5C global en moins de 20 ans!) et que ça entraînera comme par le passé, l'extinction de la plus part des espèces animales et végétales, dont nous.

      Ce changement sera produit par l'apparition de boucles de rétroaction positive (l'effet amplifie la cause) tel le dégagement de méthane d'origine microbienne (fonte du pergélisol) et le méthane relâché des fonds océaniques arctiques.

      Consultez Guy McPherson, entre autres.

      L'urgence de la situation contraste grandement avec l'ignorance de nos dirigeants et l'apathie de mes beau-frères. 8-)

  • Marc Dufour - Abonné 9 décembre 2014 09 h 42

    Misère

    @ M. Fauteux,

    On retrouve deux erreurs (assez communes) dans votre commentaire.

    1) Le climat et la météo ce n'est pas la même chose.

    2) Les anecdotes ont peu d'importance en science.

    Si vous voulez vous en convaincre, essayez ce petit exercice. Est-ce que vous avez souvenir de la dernière fois où il a fait chaud l'été passé? Voilà, c'était aussi une anecdote sauf qu'elle ne vous reste pas en tête, car elle ne va pas dans le sens de votre préconception.

    Trouver des données qui vont dans le sens de nos conclusions c'est faire de la science à l'envers!

    Bonne journée à Coral Harbour!

  • Benoit Toupin - Inscrit 9 décembre 2014 12 h 02

    Sortir de l'ère du pétrole

    J'en arrive à penser que le seul moyen de raisonner le gouvernement Harper et sortir un jour de l'ère du pétrole est que le peuple massivement refuse tout projet d'exploration, d'exploitation de transport, etc... tant que nos gouvernements n'auront élaboré un plan crédible de remplacement des énergies fossibles, et qu'ils n'auront pas pris l'engagement ferme de l'appliquer.

    Nous avons besoins du pétrole, mais avons aussi besoin d'en sortir...

  • Pierre Couture - Inscrit 9 décembre 2014 14 h 07

    Facile d'être prophète

    À entendre tous ces prophètes, sortir de l'ère du pétrole peut se faire en criant ciseaux.
    Il n'y aura à peu près aucune incidence sur le mode de vie et les Inuits n'ont qu'à retourner à leur façon de vivre d'il y a quelques millénaires.
    Quelle belle solidarité et quel aveuglement.
    Nous ne disposons pas de beaucoup de solutions de rechange. Les éoliennes ne servent à rien, sauf à à faire artificiellement grimper les tarifs d'électricité et à engraisser les actionnaires des multinationales, le solaire fait des progrès mais n'est pas encore tout à fait prêt et le nucléaire, efficace et modulable à souhait, génère des déchets beaucoup trop inquiétants pour qu'on veuille s'en remettre à lui.
    Alors soyons sérieux : le pétrole a encore de la place dans la période de transition.
    D'ailleurs, si l'on en croit quelques commentateurs, l'épuisement de cette ressource est pour bientôt et le problème se règlera de lui-même.
    Yaka attendre...

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 décembre 2014 16 h 05

      Personne ne dit qu'on peut sortir du pétrole en criant ciseaux. Au contraire, ce sont des gens comme Harper qui croient cela. En effet, ils croient qu'en cherchant et qu'en exportant plus de pétrole et en n'investissant strictement rien dans la recherche sur la sortie du pétrole, cette dernière n'aura jamais à avoir lieu.

      Il faut au contraire commencer dès maintenant à chercher à mettre fin à l'économie basée sur la combustion massive du pétrole. Il est peut-être même déjà trop tard.