Pas de vaches sacrées?

La Commission de révision permanente des programmes reçoit un accueil froid. Contestées à gauche surtout, mais aussi à droite, ses premières recommandations ne seront mises en oeuvre que très partiellement. Cela valait-il la peine de créer cette Commission?

Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement libéral se lance dans une opération de révision des programmes. Tous se souviennent au gouvernement québécois du rapport Gobeil qui, en 1986, suggérait le désengagement de l’État de nombreux secteurs, avec à la clé l’abolition notamment de la Régie du logement et du Bureau d’audiences publiques en environnement, la vente des petits hôpitaux à des intérêts privés et la privatisation de plusieurs sociétés d’État. Le tollé fut tel que le premier ministre Robert Bourassa tabletta rapidement ce rapport.

L’approche adoptée par le gouvernement Couillard est différente. La Commission que préside l’ancienne ministre libérale Lucienne Robillard est indépendante du gouvernement. En principe du moins, car ses liens avec le Conseil du trésor apparaissent étroits, puisqu’elle détient ses mandats de cet organisme. Sa mission première était de recenser les compressions de 3,3 milliards que le gouvernement doit effectuer pour atteindre l’équilibre budgétaire. Résultat, ce premier rapport propose des compressions de quelque 2,3 milliards.

Mission accomplie ? Pas tout à fait. Le gouvernement ne retient que partiellement les suggestions qui lui sont faites et que l’on a vite jugées décrochées de la réalité sociale du Québec. Ainsi, la proposition de hausser les tarifs en garderie jusqu’à un maximum de 35 $ par jour n’a pas passé la rampe lorsqu’elle a été présentée à l’aile parlementaire libérale. Pour sa part, le ministre Pierre Paradis (Agriculture) a vite rejeté la ponction suggérée de quelque 300 millions au secteur agricole, jugeant suffisant d’avoir récupéré la centaine de millions que la Financière agricole avait en surplus. De même, pour le milieu municipal où la réduction suggérée de 1,3 milliard a été ramenée à 300 millions.

Le groupe de Mme Robillard a fait l’erreur, qu’avait faite aussi le comité Gobeil, de ne pas tenir compte du dialogue social. Ne lui jetons pas la pierre toutefois. Si le mandat de la Commission l’obligeait à tenir compte des opinions exprimées dans le dialogue social, il faut savoir que la Commission n’a pas tenu d’audiences publiques. Le dialogue social était mené par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, qui s’est chargé de transmettre à la Commission des résumés des opinions recueillies sur le site Web « Exprimez-vous » ou de mémoires soumis par différents organismes. Difficile alors d’exercer un jugement bien fondé.

La décision finale sur le plan budgétaire appartient au politique, fait valoir le président du Conseil du trésor, qui insiste pour dire que ce n’est que le début du processus de révision des programmes. Et, précise-t-il, il n’y aura pas de « vaches sacrées ». La Commission abordera maintenant les secteurs de la santé et de l’éducation, et les sociétés d’État. Si on devait laisser la Commission travailler en vase clos, avec le regard froid qu’elle a eu jusqu’à maintenant, sans analyse des impacts sociaux, politiques et économiques, il faudrait s’inquiéter. Car la vache sacrée par excellence est le caractère public, la gratuité et l’universalité du système de santé québécois. Les remettra-t-on en cause ?

La distance prise par le gouvernement Couillard avec ce premier rapport de la Commission lui permet de se donner l’image d’un gouvernement responsable. La tentation est sûrement forte de l’utiliser à des fins politiques, mais la Commission ne doit pas se laisser entraîner à de tels jeux. Pour préserver sa crédibilité, elle doit prendre ses distances du gouvernement, tout particulièrement du Conseil du trésor, qui en a fait son instrument.

24 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 25 novembre 2014 02 h 27

    Le possible...

    La politique ne s'exerce jamais en vase clos; elle demeure toujours l'art du possible; il reste alors à déterminer ce "possible"! Ce n'est pas si sorcier que cela, tout en sachant toutefois que l'erreur est humaine! Ce qui importe toujours, c'est la primauté recherchée, soit le bien commun.

    Michel Lebel

    • Gilles Thériault - Abonné 25 novembre 2014 08 h 09

      Je suis tout à fait d’accord avec ce qu’écrit monsieur Descôteaux et j’aime bien ce rappel.

    • François Ricard - Inscrit 25 novembre 2014 08 h 14

      Pour une fois, vous avez parfaitement raison, M. lebel.
      Les liiiiibéraux fédéralistes veulent notre bien commun et, il faut en convenir, petit à petit, ils nous l'arrachent.

  • François Ricard - Inscrit 25 novembre 2014 05 h 21

    Pourquoi cette commission?

    Nous avons des élus qui, pour nous , ont le devoir de décider des mesures à prendre.
    Alors pourquoi n'a-t-on pas une commisssion parlementaire des priorités?
    Nos élus sont payés pour faire ce travail. Nos élus sont alors accessibles et peuvent prendre note de nos suggestions pendant qu'ils travaillent, instillant un peu de démocratie dans le processus.
    La commission Robillard est véritablement une imposture bureaucratique.

    • Pierre Labelle - Inscrit 25 novembre 2014 09 h 21

      Et en quoi une telle commission présider par une ancienne ministre libérale peut-elle être indépendante d'un gouvernement lui aussi libéral? Coîteux ne sait pas de quoi il parle ou bien il se cache la tête dans le sable. Une commission qui se permet de publier un rapport préliminaire avec autant d'omissions, avoue ne pas avoir même pensé à consulter le Conseil du statut de la femme en ce qui concerne les garderies, avoue ne pas savoir combien de programmes gouvernementaux existent vraiment, et on veut que je trouve crédible ces bouffons..., un peu de sérieux s.v.p. un élève de secondaire V pourrait faire mieux.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 novembre 2014 06 h 06

    LA phrase

    Voilà LA phrase centrale de ce texte : «se donner l’image d’un gouvernement responsable». Tout y est !
    Ça ressemble a ce que fait la Cie de pipeline, trouvez-pas ?

    PL

  • Richard Laroche - Inscrit 25 novembre 2014 07 h 00

    la faute du fédéral

    Quand je pense au désastre de la Gaspésia (péquiste) ou celui de l'îlot voyageur (libéral) le CHUM (libéral) la cimenterie (désastre péquiste à venir), les dépassements de coûts multiples (libéraux et péquistes), la corruption (libérale et péquiste quoiqu'en disent certains qui ne croient qu'à la corruption libérale), je ne peux croire que certains vont continuer de mettre tous ces désastres sur le dos du fédéral. Tous ces ratés sont le fruit d'une mauvaise administration québécoise pure laine. Si j'ajoute à tout ceci d'autres réalisations tout à fait québécoises comme le pire taux de décrochage scolaire en amérique du nord, le taux de diplômation universitaire le plus faible au Canada tout en ayant des frais de scolarité les plus faibles, un taux de chômage plus élevé que partout en Amérique du nord, un taux d'imposition plus élevé qu'en Amérique du nord et j'en oublie de tous nos échecs, je ne peux croire que tout ceci est "made in english Canada". Tout ceci représente ce qu'est devenue une des pires sociétés en Amérique du nord. Mais certains auront vite fait de dire que tout ceci a ses origines dans le fait qu'on fasse partie du Canada. Dire la vérité fait souvent mal, mais c'est souvent la seule façon de s'améliorer. . Mais come un écolier qui présente de mauvaises notes à ses parents, certains vont encore dire que nos échecs sont la faute du fédéral. Cela à mon avis, dépasse tout entendement. Laquelle parmi les provinces anglophones du Canada, souhaiterait avoir une gestion à la québécoise? Aucune.

    • Bernard Plante - Abonné 25 novembre 2014 07 h 51

      M. Laroche,

      J'admire particulièrement votre capacité à nous auto-dénigrer. Avec un ami comme vous, le Québec n'a décidément pas besoin d'ennemis!

      J'admire aussi la technique qui consiste à regrouper tant d'exemples qu'il devient impossible d'y répondre intelligemment. Continuez à pavoiser devant votre Canada si vous le voulez, de mon côté je demeure persuadé que libres d'un pays qui nous étrangle progressivement depuis toujours (il n'y a qu'à voir le désengagement progressif en santé), le Québec aurait le potentiel de montrer à la planète de quel bois il se chauffe.

      D'ailleurs, si nous sommes si pire que vous le dites, pourquoi le Canada met-il tant d'efforts pour nous convaincre de rester avec lui?

    • Sylvain Auclair - Abonné 25 novembre 2014 08 h 12

      Monsieur Laroche
      Je vous conseiller la lecture — ennuyeuse, certes, mais ô combien instructive — de l'ouvrage Un gouvernement de trop, de Stéphane Gobeil. L'auteur est certes un souverainiste, mais on doit remarquer qu'aucun fédéraliste n'a pu lui répondre sur le terrain des chiffres bruts.

    • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 25 novembre 2014 09 h 43

      Et dans le domaine de l'autoflagellation, j'ajouterais que c'est de la faute du Québec si des 32 milliards $ pour la construction des navires canadiens, les Québécois n'ont rien obtenu...un exemple parmi bien d'autres...
      C'est également de notre faute si pour Hydro Québec nous avons reçu un gros 200 millions$ alors que par hasard, Hydro Ontario a reçu plus de 10 milliards $
      C'est également de notre faute si des 45 centres de recherches, un seul se trouve au Québec.

      Bref, comme vous, je tente d'intérioriser les valeurs de ceux qui nous possèdent...un autre petit coup de flagellation en affirmant que nous sommes totalement responsable du manque d'emploie.

      Peut-être avez vous raison, c'est vraiment de notre faute, puisque à deux reprises, au lieu de se prendre en main, nous sommes dit non.

    • Céline Juneau - Abonné 25 novembre 2014 10 h 20

      Questions et réponses, c'est facile n'est-ce pas.?

    • Richard Laroche - Inscrit 25 novembre 2014 10 h 41

      Je me dissocie complètement de tout ce que mon homonyme peut dire!

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 novembre 2014 07 h 17

    « Difficile alors d’exercer un jugement bien fondé. »


    Le tout étant de déterminer ce sur quoi il devrait être fondé. La tâche confiée à la commission n'est pas de colliger les avis en vue de dégager des consensus, mais de fournir des avis techniques sur la manière d'optimiser les programmes. De là à dire qu'elle ait fonctionné jusqu'ici «en vase clos, avec le regard froid (...), sans analyse des impacts sociaux, politiques et économiques», il y a outrance, contredite par les faits, comme en témoignent les suggestions sur les services de garde. Si on veut bien se décoller un peu le nez de ses peurs opportunément partisanes, il faudra convenir que le scénario proposé, quoi que périlleux au plan de la gestion des liquidités des familles, est au bout du compte plus progressiste que la solution retenue par «le politique».

    Par ailleurs, il est plutôt contradictoire de demander à la fois à la commission de ne pas travailler en vase clos... et de se protéger de l'utilisation que le politique pourrait faire de ses travaux. Intenable aussi. Elle est une créature du Gouvernement mise au service du Conseil du trésor, ce qui la met évidemment à risque d'être instrumentalisée par «le politique». Dans la mesure où elle s'acquitte de son mandat selon les règles de l'art, tout ce qu'on pourrait éventuellement lui reprocher, c'est de fonder ses recommandations sur des prémisses idéologiques non interrogées et présentées comme de simples évidences.

    C'est d'ailleurs de cela qu'il faudrait surtout se préoccuper. Avec tout le savoir accumulé au fil des ans dans toutes les directions des ministères sous la pression constante d'optimiser leur fonctionnement et de réduire les coûts, on se demande bien ce qui justifie la formation de cette commission, comme de celle sur la fiscalité. « Le politique » a déjà tout ce qu'il faut pour décider. C'est à lui qu'on en demandera raison, pas à Montmarquette ou Goudbout, qui n'ont été élus par personne.