Cyclique, dites-vous?

Sept-Îles et à Fermont, c’est la consternation depuis que la Cliffs Natural Resources a annoncé qu’elle allait vendre ou même fermer sa mine du lac Bloom. Six cents personnes se retrouveront au chômage. Des travailleurs très bien payés qui s’ajouteront aux sept cents autres mis à pied depuis un an par la même compagnie à sa mine de Wabush et à l’usine de bouletage de Pointe-Noire, près de Sept-Îles.

Au cours des semaines qui ont suivi l’élection du Parti québécois, à l’automne 2012, les libéraux n’ont pas manqué une occasion d’accuser le nouveau gouvernement d’être responsable du ralentissement des activités minières. L’exemple parfait était précisément l’annonce du report de la phase 2 des travaux d’expansion à cette mine du lac Bloom. Aujourd’hui, malgré le retour des libéraux et leur volonté de relancer le Plan Nord, ce n’est plus seulement la phase d’expansion qui est menacée, mais la mine elle-même.

Cliffs Natural Resources veut fermer parce qu’elle est incapable de trouver les 1,2 milliard de dollars nécessaires pour la phase 2 sans laquelle elle se dit incapable de réduire ses coûts de production à un niveau inférieur au prix du marché. Depuis deux ans, le prix du fer a chuté de 160 $ à 72 $ la tonne et le titre de Cliffs en Bourse est tombé de 89 $ à… 9 $.

Après coup, il apparaît évident qu’à 4,9 milliards, la compagnie avait payé beaucoup trop cher pour acquérir ces actifs, il y a trois ans. Une erreur tellement fréquente en période d’euphorie des marchés !

Jusqu’à récemment, la mairie de Fermont se plaignait du manque d’aide gouvernementale pour construire les infrastructures nécessaires à une population en pleine expansion. Il y a de l’avenir pour les jeunes de Fermont, avait dit le premier ministre Charest.

Aujourd’hui, la réalité force chacun à s’interroger sur le risque de revivre un jour le drame de Schefferville et surtout de Gagnon, cette ville de plus de 4000 habitants rasée au bulldozer au milieu des années quatre-vingt.

On n’en est pas là puisqu’il existe d’autres mines en activité à proximité. Mais sans l’importante mine du lac Bloom, le Plan Nord est menacé. À quoi bon, par exemple, poursuivre les études pour la construction d’une deuxième ligne de chemin de fer dont les coûts pourraient dépasser 5 milliards ?

Le ministre Jacques Daoust a beau dire que le Plan Nord, ce sont aussi les forêts, l’argument est ridicule.

Le prix du fer remontera tôt ou tard, mais quand et de combien ? L’aventure de Cliffs Resources rappelle que l’exploitation minière est une activité fondamentalement cyclique et risquée sur laquelle même des exploitants expérimentés se cassent les dents. Si des efforts s’imposent pour trouver un repreneur privé aux reins solides, il serait irresponsable d’y investir des centaines de millions de fonds publics dans l’attente d’un jour meilleur.

7 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 23 novembre 2014 23 h 00

    La réalité

    Les vraies affaires.
    Le plan Nord.
    L'effet libéral.
    C'est drôle comme la réalité fini toujours par nous rattraper.

    • Pierre Bernier - Abonné 24 novembre 2014 08 h 11

      Les méandres de l'épaisseur du réel.

  • Bernard Terreault - Abonné 24 novembre 2014 08 h 51

    Plus généralement

    Vrai que l'industrie minère est probablement la plus "cyclique", c'est à dire la plus risquée, de l'économie, mais elle n'est pas la seule. Depuis une quarantaine d'années le gouvernement québécois a investi à perte nos impôts dans des industries lourdes et en lent déclin comme l'acier et l'automobile; qui sait si la même chose ne se pasera pas pour les jeux vidéos quand ils aurant été déclassés par une autre sorte de divertissement? Laissons les capitalistes prendre les rsques et gardons l'argent public pour l'éducation, pour sortir du chômage les jeunes défavorisés, et pour les infrastuctures publiques de qualité qui encourageront les capitalistes à investir ici.

  • Micheline Harvey - Abonnée 24 novembre 2014 09 h 30

    Erreur vous croyez?

    "Après coup, il apparaît évident qu’à 4,9 milliards, la compagnie avait payé beaucoup trop cher pour acquérir ces actifs, il y a trois ans. Une erreur tellement fréquente"

    Il s'agit d'un processus normal du capitalisme:
    1-Vous vous fouttez des conséquences et achetez à gros prix avec tambour et trompette, faites les gros titres dans les journeaux.. projection d'un millard de profit.

    2- Suite à cela les actions montent, certains actionnaires verreux exécutent une couple de passe passe presque qu'illégales (mais plutôt, immorales selon les riches).

    3- Quelques supers riches se bourrent la face, vidant presque la caisse.

    4- Un bon journaliste à la solde de ces crapuleux archi milliardaires, vient nous faire pleurer et sonner l'apocalypse, annoncant une perte de 600millions...(prévision de 1 milliard-cadeau de 600millions aux actionnaires=seulement400millions de profit), d'ou la fausse perte de 600millions.
    5- Denière étape de cette anarque, menace de fermeture, intervention d'un journaliste à la solde d'on sait qui et PAN! magie, un bon politicien (entrevoyant un poste très lucratif dans cette pauvre compagnie, réussira à vider le coffre de l'état pour éponger cette mascarade.....
    6- Si vous voulez revoire ce film macaviélique, tapez www.les milliardaires de ce monde....
    Ghislain Marcil (ça fait du bien de rire surtout quand c'est triste)

  • Hélène Paulette - Abonnée 24 novembre 2014 10 h 21

    1.2 milliards, dites-vous?

    Ils n'ont qu'à demander à Coiteux qui coupera un peu plus pour le leur fournir...

  • Jacques Gagnon - Abonné 24 novembre 2014 10 h 36

    Drôles d'investisseurs

    Le gouvernement serait un investisseur peu orthodoxe. Je ne connais pas grand monde qui risquerait autant d'argent devant une aussi grande incertittude. On ne connait rien de ces cycles qui sont beaucoup trop complexe parce que'il sont liés à une croissance économique forte basée sur la construction de gratte-ciel, usines, chemins de fer. Ce n'est pas comme l'alimentation dont on a toujours besoin, récession ou pas.