Entente irréaliste

Yves Bolduc est passé d’un extrême à l’autre en ce qui a trait aux écoles religieuses illégales. En avril, il promet qu’il n’y aura « aucune tolérance » envers celles-ci. En novembre, il défend ardemment une entente à l’amiable irréaliste survenue le 4 novembre entre son ministère et l’Académie Yeshiva Toras Moshe de Montréal, institution juive hassidique satmar. Devant les questions de l’opposition péquiste, le ministre s’indigne : « Si vous aviez plus de tolérance, ça aurait été des dossiers [sic] qui auraient été acceptés auparavant ! » (En 2010, pourtant, c’est le gouvernement Charest qui refusait une proposition de l’Académie !)

Que contient l’entente du 4 novembre, laquelle deviendra sans doute un modèle pour tous les cas d’écoles « illégales » ? Elle établit d’abord que cette école n’est plus une « école ». Elle en a les traits. Quelque 168 garçons la fréquentent tous les jours. (On leur donne des cours : entre 29 et 40 heures par semaine sur le Talmud, 6 heures de mathématiques et d’anglais.) Mais en vertu de l’entente, ce n’est plus une école. Bref, plus besoin pour elle de réclamer un permis ! Il fallait y penser ! Restait l’obligation, inscrite au coeur de la loi, de scolariser les enfants selon le régime pédagogique québécois. Second « il fallait y penser » : tous les aspects « séculiers » de l’enseignement se feront désormais à la maison. Sciences ? français ? Les parents s’en chargeront. La Commission scolaire English-Montréal jugera si le régime pédagogique est respecté.

M. Bolduc se réjouit : pour la première fois, l’État obtient les noms et les adresses de ces enfants. Il s’agit d’un progrès, oui. Mais comment croire que des parents eux-mêmes formés de manière hyper-religieuse, à l’emploi du temps hyper-ritualisé, ont les compétences et le temps pour bien enseigner les autres matières ? Impossible.

Enseigneront-ils par exemple le cours Éthique et culture religieuse (ECR) ? Impensable. Que fera le ministère, qui a défendu jusqu’en Cour suprême — avec succès — l’interdiction, pour des parents, de soustraire leurs enfants à ECR ? Notons que, dans ce jugement de 2012 de la Cour suprême, la juge Deschamps écrivait : « Suggérer que le fait même d’exposer des enfants à différents faits religieux porte atteinte à la liberté de religion de ceux-ci ou de leurs parents revient à rejeter la réalité multiculturelle de la société canadienne et méconnaître les obligations de l’État québécois en matière d’éducation publique. » Avec la conclusion de l’entente du 4 novembre, il est peu probable que la plus haute cour se penche de nouveau sur la question des écoles illégales. Dommage, car les principes cités ci-dessus l’auraient peut-être conduite à refuser l’enfermement de certains enfants dans une éducation religieuse fondamentaliste. Ce que l’entente du 4 novembre cautionne.

32 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 16 novembre 2014 23 h 37

    Que dire?

    Honte, tristesse, désespoir: que dire?

    • Robert Beauchamp - Abonné 17 novembre 2014 08 h 44

      Que dire? Ajoutons «fumisterie»

    • François Dugal - Inscrit 17 novembre 2014 09 h 51

      Ajoutons également : trahison

  • Jacques Baril - Inscrit 17 novembre 2014 02 h 59

    Entente irréaliste!?

    Avec un peu d'imagination, on pourrait parler d'une «entente surréaliste». M'enfin. Encore 4 ans... Misère.

    • Evelyne Maltais - Inscrit 17 novembre 2014 10 h 12

      Et c'est bien parti pour plus d'un mandat :-(

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 17 novembre 2014 14 h 16

      Au contraire, c'est par manque d'imagination. Sinon, expliquez-moi comment ça se fait que l'adjectif « surréaliste » surgit de nulle part bien des fois que quelqu'un ne sait pas comment décrire une situation, et ce, depuis plusieurs années, dans les médias québécois et leurs sections commentaires.

      En plus, mon petit doigt me dit qu'en demandant séparément aux gens qui lisent et/ou écrivent cet adjectif de nous fournir une définition ou explication de ce mot, on arriverait à beaucoup de réponses divergentes... c'est pas parce qu'on dit un mot, qu'on réussit à communiquer une idée.

  • Robert Bernier - Abonné 17 novembre 2014 06 h 45

    Et dire que ...

    Et dire que Bernard Drainville rêvait même d'aller réglementer l'habillement du personnel dans les écoles. Plus encore, des signes avaient été envoyés à l'effet qu'on irait même s'assurer de la laïcité de la nourritude dans les assiettes.

    Et dire que, dans le même temps, le gouvernement n'arrivait même pas à faire appliquer ses lois déjà existantes.


    Robert Bernier
    Mirabel

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 novembre 2014 10 h 11

      Peut-être que si on avait achevé de décatholiciser les écoles privées que fréquente la majorité, il aurait été plus facile de justifier la fin du privilège des écoles religieuses d'autres communautés. Pour faire enfin une société québécoise, et non plus une juxtaposition de minorités qui s'ignorent.

  • Yvon Giasson - Abonné 17 novembre 2014 08 h 06

    Manifestons nous.

    Voilà un dangeureux précédent qui nous conduira bientôt à devoir accepter des ententes d'exception à l'endroit de plusieurs autres groupes religieux.
    Décidément,ce gouvernement n'en finit plus de défaire ce que nous avons mis trente ans à bâtir.
    Vivement un mouvement citoyen de masse pour le rappeler à l'ordre ce gouvernement dit libéral ou sinon, le remplacer avant terme.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 novembre 2014 08 h 11

    AUTRES QUESTIONS

    Cette non-école est-elle encore subventionnée par Québec? Ces parents payent-ils des taxes scolaires?

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 novembre 2014 10 h 12

      A: Non. Ça a toujours été une école non subventionnée, sauf erreur. Ce qui n'empêche pas le gouvernement d'exiger le respect du régime pédagogique.
      B: Tout le monde paie des taxes scolaires. Ces parents ont le droit d'envoyer leurs enfants dans les écoles publiques.