Seul contre tous

Les consultations sur le projet de réforme du réseau de la santé du ministre Gaétan Barrette se sont conclues jeudi. Il se dégage de l’exercice une rare unanimité contre ce projet que le gouvernement, ou peut-être est-ce seulement le ministre, entend mettre en oeuvre le plus rapidement possible.

Ce n’est pas la première fois qu’une réforme majeure, en santé ou dans d’autres domaines, se bute à des résistances. Dans le cas présent, il ressort des échanges en commission parlementaire que si la nature des changements proposés pose problème, l’attitude du ministre est l’obstacle majeur. Gaétan Barrette a fait de ce projet une affaire personnelle, au point de centrer le nouveau réseau de la santé sur sa personne.

La réforme proposée est hautement centralisatrice. Faisant table rase des agences de santé et de services sociaux, elle crée 19 supercentres intégrés de santé et de services sociaux qui regrouperont les centres hospitaliers, les CLSC, les CHSLD et les autres organisations offrant des services. Ces nouveaux CISSS seront sous l’autorité du ministre qui désignera la majorité des membres des conseils d’administration et nommera les directeurs généraux. Les membres des conseils ne pourront même plus élire leur président. Ce sera la fin de la participation citoyenne dans le réseau, notait l’Association québécoise des établissements de santé.

En conclusion de la commission parlementaire, le ministre reconnaissait que ces pouvoirs sont exceptionnels. En fait, il retire au réseau son autonomie. Dieu le Père qui siège décidera de tout. C’est ce qui fait peur à plus d’un, comme à Claude Castonguay, le père du régime de santé québécois, qui croit impossible de gérer à distance un système aussi grand et aussi complexe.

Médecins, infirmières, gestionnaires d’établissements, tous sont venus dire leurs craintes devant ce que plusieurs ont décrit comme une catastrophe certaine. Se peut-il que tous aient tort ? Se peut-il qu’ils soient venus défendre leurs propres intérêts sans égards au bien commun ? Un brin d’humilité devrait faire se poser au ministre quelques questions. Ses collègues ministres, à commencer par le premier ministre, devraient avoir un doute.

Faire l’unanimité autour d’un projet de réforme n’est jamais possible. Par contre faire l’unanimité contre, comme dans le cas présent, accroît le risque d’un échec dont le réseau de la santé n’a pas le luxe de se payer. Les gains de productivité attendus ne seront pas au rendez-vous, car on se consacrera à la réforme plutôt qu’à donner des services. Et ce sera à recommencer une autre fois. Est-ce bien ce que l’on veut ?

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