Le crime de trop?

Les Mexicains ne décolèrent pas devant la disparition des 43 étudiants, survenue fin septembre, dans l’État du Guerrero. L’affaire plonge le président Enrique Peña Nieto dans une crise politique grave et secoue profondément la conscience collective. Car cette colère est l’expression d’un formidable ras-le-bol contre la corruption et l’impunité qui empoisonnent le pays depuis toujours. Un tournant ? Et si la réponse était oui.

Sur aveux de membres d’un gang de trafiquants de drogue, les autorités mexicaines ont dit croire vendredi dernier que des restes humains calcinés retrouvés dans une rivière étaient probablement ceux des étudiants qui sont disparus à Iguala, le 26 septembre, après avoir osé tenir une manifestation contre le sous-financement du système d’éducation. Les parents refusant de croire à leur mort ont entamé jeudi dans le pays une tournée de protestation s’inscrivant dans l’immense vague de manifestations qui a déferlé sur le pays depuis un mois à Mexico, Acapulco — dont l’accès à l’aéroport international a été bloqué pendant plusieurs heures, lundi — et à Chilpancingo, capitale du Guerrero, où le parlement a été incendié.

La société mexicaine a pourtant connu pire dans son histoire récente — l’assassinat et la disparition de milliers de femmes à Ciudad Juárez, entre autres abominations —, mais ce kidnapping de masse semble être venu semer parmi les Mexicains une exaspération à nulle autre pareille devant la collusion des autorités politiques et policières avec le crime organisé. Exaspération d’autant plus vive que le président Peña Nieto a été élu fin 2012, au milieu d’accusations de fraudes électorales par ailleurs, sur promesses de grandes réformes économiques et de promotion de l’état de droit.

Impressionnant train de modernisations libérales il y a eu, en effet, en vertu de son « pacte pour le Mexique » autour duquel il a réussi l’exploit législatif de réunir les trois principaux partis politiques, parvenant en particulier à faire adopter une réforme — lire une ouverture à la concurrence du privé — du secteur énergétique qui était sous le contrôle de l’État. Les marchés l’encensent pour cette performance.

Début septembre, M. Peña Nieto prétendait aussi pouvoir se vanter de lutter avec un certain succès contre l’insécurité dans un pays qui a fait en sept ans 80 000 morts dans la guerre entre l’armée et les cartels. Les statistiques indiquent en effet que le taux d’homicides a chuté de 29 % depuis 2012. Les récents événements sont toutefois venus dédire chez les Mexicains le sentiment que la violence et l’insécurité ne sont plus les fléaux qu’ils étaient. En réalité, plus de la moitié des municipalités du pays, pour ne parler que du monde municipal, seraient de connivence avec les trafiquants — alors que le président tarde toujours à tenir sa promesse de créer une commission anticorruption indépendante.

John Ackerman, professeur de droit à l’Université autonome de Mexico, soutient que la colère populaire face à la disparition des étudiants est le produit d’une « synthèse explosive » de trois mouvances : les victimes de la « guerre contre la drogue », le mouvement étudiant issu de la dernière campagne présidentielle et les opposants aux réformes de M. Peña Nieto dans les domaines de l’énergie et de l’éducation. Les manifestations, fait-on remarquer, sont les plus grandes, les plus amples et les plus tenaces que le Mexique ait connues depuis longtemps.

Dans un pays où la démocratie n’existe vraiment que depuis l’an 2000, après 71 ans d’hégémonie du PRI (revenu au pouvoir avec Peña Nieto, d’ailleurs), c’est aussi le signe d’une présence plus affirmée de la société civile — réclamant de sa classe politique une plus grande imputabilité. Il serait en ce sens bien triste que ce mouvement ne force pas le développement d’institutions plus solidement démocratiques et transparentes.

3 commentaires
  • Denis Larose - Inscrit 14 novembre 2014 01 h 45

    C'est le nazisme

    Le secrétaire de la branche estudiantile du Parti Révolutionaire Institutionnel dit que "les étudiants qui protestent ne doivent pas bénéficier de droits de la personne et que ce sont des bêtes qui ne méritent pas de vivre" (voir ma lettre ouverte envoyée au Devoir et au Premier Ministre du Canada".

    Honorable Premier Ministre,

    Je vous écris en ce jour du souvenir pour attirer l’attention sur ce qui se passe en ce moment au Mexique qui s’apparente beaucoup aux événement sous Hitler. Bien sûr les nouvelles parlent du meurtre des 43 étudiants d’une école normale au Guerrero.

    Mais ce qui est bien plus grave, c’est que le chef de la branche juvénile du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), Luis Adriàn Ramirez Ortiz, appelle la société à ne pas respecter les droits de la personne, et appelle même au meurtre des étudiants qui veulent exprimer leur colère contre l’inefficacité du gouvernement dans toute cette sale histoire. Il s’en prend à l’"idée de préserver les droits humains (derechos humanos) de ces bêtes qui ne méritent pas de vivre"

    'idea de preservar los derechos humanos de estas bestias que no merecen vivir'

    • Françoise Boucher - Abonnée 14 novembre 2014 20 h 57

      C'est le nazisme
      C'est triste, Mexique, un pays près de nous '' Canada'' et on ne fait rie

  • Gabo Musa - Inscrit 14 novembre 2014 11 h 10

    Le mexique

    La crise de l’état mexicaine ce grave, le problème de la disparition de 43 étudiants à Iguala, Guerrero, ce la point de l’iceberg. Nous parlons d’un crime de l’état mexicain. Un état que n’avais pas de légitimité depuis longue temps, envahie par la corruption, la manque de justice (en termes générales) et la manque de la répartition de la richesse économique. Ce pas l’hasard que ce crime barbares ai eu lieu dans l’état le plus pauvre du Mexique : Guerrero. La bonne nouvelle ce que grands secteurs de la population mexicaine de partout, haussent la voix et déclarent que cet assez (Ya basta!) d’assassinats, de la violence que le mexicains souffrent de la part de la police et, également, des assassinats de «la délinquance organisé». Le faible état mexicain, sans une vraie légitimité, n’as pas eu la clarté pour donner d’abord une version crédible de ce quoi qui ce passe la nuit de la disparition de 43 étudiants. Les mexicains n’ont plus la confiance dans les institutions mexicains (la judiciaire, la police, l’armée, même pas le ciments de la principal institution politique du Mexique la présidence occupée pour Pena Nieto). Depuis le retour du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), le pays n’as pas change avec la démocratie, malheureusement, le nouveaux partis politiques mexicains se sont sommés a cette échiquier politique ils ont devenue part de la corruption politique du PRI, du PAN. Le président municipal (le maire) d’Iguala, aujourd’hui accusé d’avoir donné l’ordre de disparition des 43 étudiants, étais membre du «nouveau» Parti de la Révolution Démocratique (PRD) qui est rempli de politiciens qui se sont déménages de l’ancienne PRI. J’insiste la situation politique, économique, du Mexique ce grave. La bonne nouvelle ce que la société mexicain, celle qu’on appelle la société civile hausse la voix pour demander la présence en vie des 43 étudiants portes disparus. Clarifier les conditions de cette disparition, trouver les acteurs matériels et intellectuels les v