Le pays Harper

La mise à jour économique du ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, confirme la détermination des conservateurs à éliminer toute marge de manoeuvre budgétaire pour les prochains gouvernements. Pour le meilleur et pour le pire.

Grâce à la bonne performance de l’économie canadienne et aux importantes vagues de compressions successives imposées depuis trois ans, Ottawa atteindra l’équilibre budgétaire comme prévu l’an prochain.

En vérité, cet équilibre tant recherché est même déjà atteint puisque la mise à jour budgétaire présentée mercredi inclut une réserve de 3 milliards, donc supérieure au déficit de 2,9 milliards prévu cette année, et tient même compte des baisses d’impôt de 3,2 milliards annoncées la semaine dernière.

Tout cela malgré la chute du prix du pétrole qui prive Ottawa de 500 millions cette année et dont l’impact négatif pourrait se maintenir autour de 2,5 milliards par année par la suite.

Bravo au gouvernement fédéral pour avoir respecté sa promesse de revenir à l’équilibre sans réduire les transferts aux provinces, contrairement aux libéraux de l’époque Chrétien ! Un bravo tout en nuances cependant puisqu’il comporte son lot d’aspects négatifs et de risques pour l’avenir.

Tous les rapports indépendants publiés récemment confirment que le gouvernement de Stephen Harper a négligé ses devoirs dans une foule de domaines importants telles la surveillance des aliments et la sécurité dans les transports. Il a aussi modifié les règles du programme d’assurance-emploi de sorte que seulement 38 % des chômeurs ont encore accès au régime. Et il n’y est pas allé de main morte avec les sociétés d’État comme Postes Canada et Radio-Canada.

Au même moment, à cause de la baisse de la TPS et des réductions d’impôts pour les entreprises et les particuliers, les conservateurs continuent de restreindre la capacité du fédéral de jouer son rôle de stabilisation économique et de redistribution de la richesse entre les régions et entre les classes sociales.

Au lieu d’investir avec conviction dans les infrastructures, dont le transport collectif, de donner un peu d’air frais aux provinces et d’encourager la reconstruction de l’industrie manufacturière, le gouvernement Harper maintient le cap sur des mesures qui profitent surtout aux sociétés de ressources et aux provinces riches, plus convaincu que jamais de détenir la recette du progrès.

Qu’arrivera-t-il si les prix du pétrole et des autres produits de base continuent de chuter comme c’est le cas depuis un an ? Qui prendra la relève pour l’emploi ? Qui aura la marge de manoeuvre nécessaire pour investir aussi massivement dans les infrastructures qu’en 2009-2010 ?

Il est là le plus grand risque couru par ce gouvernement usé à la corde et bourré de préjugés idéologiques inspirés du voisin américain qui aspire pourtant à se maintenir au pouvoir pour un quatrième mandat.

Le Canada est devenu le pays d’un seul homme, Stephen Harper, qui ne consulte personne et ne négocie surtout pas avec ses partenaires provinciaux.

Un homme qui s’acharne à imposer sa vision unidimensionnelle du développement. Vision selon laquelle moins il y a d’État, plus les individus sont forcés de se dépasser. Vision pourtant contredite par d’autres nations développées qui ont prouvé que la solidarité, le partage du risque et la redistribution des revenus étaient des facteurs essentiels de prospérité dans un monde aussi compétitif que le nôtre.

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