En attendant Paris

Historique, a prétendu le président Barack Obama, commentant la convergence sino-américaine sur le climat annoncée mercredi à Pékin. Accord en vertu duquel les États-Unis se sont engagés à réduire de 26 à 28 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025 par rapport à 2005, pendant que la Chine, pour la première fois, a annoncé un plafonnement des siennes — « autour de 2030 » — et promis d’augmenter à 20 % la part de combustibles non fossiles dans sa consommation énergétique. Que M. Obama et son homologue chinois, Xi Jinping, chefs d’État des deux pays les plus pollueurs au monde, promettent, si ce n’est qu’avec un minimum de précisions, de lutter ensemble contre les GES est effectivement un pas dans la bonne direction, s’agissant de préparer le terrain à la conclusion d’un accord contraignant à la conférence clé de Paris, prévue fin 2015. Entendu qu’il est essentiel, pour lever les impasses, que ces deux géants de l’économie mondiale se mettent au diapason et fassent oeuvre de leadership. Il n’en reste pas moins qu’avec cette entente, on demeure dans la symbolique diplomatique et l’étalage des nobles intentions. En réalité, elle ne donne pas grand-chose de concret à se mettre sous la dent.

On a fait souffler semblable vent d’espoir en septembre dernier à New York, au sommet sur l’environnement tenu sous l’égide de l’ONU en présence de quelque 120 chefs d’État et de gouvernement. Ce sommet-là aura donné lieu, ont estimé plusieurs, à une encourageante prise de conscience face à l’urgence d’agir. La Chine y avait, là aussi, fait un pas, prononçant pour la première fois des mots comme « réduction » et avançant l’idée de « plafonner » ses émissions « le plus tôt possible ». Mais si maintenant, de New York à Pékin, le gouvernement chinois a ciblé son horizon « autour de 2030 », on n’en sait pas plus, pour autant, sur le niveau à partir duquel « plafonneront » à son avis les émissions de GES. Il reste aussi, problématique cruciale, que l’entente entre MM. Obama et Xi ne remet pas en cause le principe des « responsabilités communes mais différenciées », pierre d’achoppement des négociations internationales sur le réchauffement climatique depuis l’adoption, en 1997, du protocole de Kyoto.

Tout reste à faire, en somme. Difficile d’imaginer que le réchauffement sino-américain sera l’élan qui convaincra des pays comme l’Inde de bouger. La concession chinoise n’implique aucun assujettissement de sa croissance économique à la protection de l’environnement. M. Obama, quant à lui, va voir ses démarches minées davantage encore par les républicains — écolo-sceptiques en bonne proportion — maintenant majoritaires dans les deux chambres du Congrès… De quelle manière le sommet de Paris passera-t-il donc à l’histoire dans un an ?

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