Fin de partie?

Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré est sans l’ombre d’un doute l’un des messieurs sans-gêne de la scène politique africaine. Car à l’instar de bon nombre d’autocrates qui saignent la démocratie de ce continent, il excelle dans cet exercice consistant à bafouer les lois fondamentales, dont la première d’entre elles, soit la Constitution. Voilà en effet qu’après avoir conservé jalousement, comme avec brutalité, tous les leviers du pouvoir pendant 27 ans, Monsieur souhaitant le conserver, il entendait corriger la Constitution en question.

Tout logiquement, cette perversité politicienne a eu pour conséquence quasi immédiate d’aiguiser à vitesse grand V la colère des Burkinabés. Des milliers d’entre eux ont convergé vers le palais présidentiel pour former une manifestation d’une ampleur qualifiée d’historique sur le continent. À telle enseigne d’ailleurs que le couvre-feu a été décrété par l’armée et que le Parlement a été dissous. En attendant la suite, force est de constater que le énième coup d’État institutionnel concocté par Compaoré s’avère en fait une copie carbone de ce qu’on observe depuis des décennies ici et là en Afrique. Déclinons.

En Algérie, en Angola, au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale, à Djibouti, en Ouganda et au Togo, les dictateurs en cravates et maîtres des détournements des richesses nationales ont bafoué les droits fondamentaux en torpillant notamment les constitutions pour se maintenir pendant 30 ans et plus au pouvoir. Ce n’est pas tout. Selon une analyse du journal Le Monde, les autocrates qui règnent sur le Burundi, le Congo, la République démocratique du Congo et le Rwanda vont s’appliquer à jouer les maquignons des constitutions à des fins que tout un chacun aura devinées.

Le cas de Compaoré a ceci de particulièrement singulier qu’il s’est moqué du peuple, de la démocratie, avec une constance digne de mention. Après deux septennats, il a « tordu » la Constitution à plus d’une reprise pour aligner deux autres quinquennats. Le dernier de ceux-ci devait se terminer en novembre 2015. Et quelle était sa nouvelle ambition ? Tordre encore une fois les balises afférentes à l’élection afin de pouvoir se présenter l’année prochaine et se doter ainsi de la possibilité de conserver le poste suprême pour encore 15 ans.

Cela rappelé, l’évolution des événements au cours des dernières heures permet d’avancer l’hypothèse suivante, ou plutôt la question suivante : si le renversement de Compaoré par l’armée est confirmé, est-ce que ce qui s’est passé ces jours-ci aura valeur d’exemple, si évidemment les gradés décident de remettre le pouvoir aux civils ?

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