Des métropoles soeurs

L’élection de John Tory à la mairie de Toronto marque un nouveau départ pour la métropole canadienne, qui ne demande qu’à oublier le passé scabreux de l’ère Rob Ford. Ce que signifiait aussi il y a un an l’élection de Denis Coderre à la mairie de Montréal.

Plusieurs parallèles peuvent être faits entre les deux métropoles, mais écartons d’emblée la question de la langue. Si le maire de Montréal prend garde à toujours réserver quelques mots pour ses électeurs anglophones, John Tory a vite compris que le bilinguisme est toujours mal accepté à Toronto. Les critiques ont vite fusé devant ses premiers mots comme maire, prononcés, ô scandale, en français. Simple clin d’oeil aux 125 000 francophones et francophiles de sa ville ou volonté d’affirmer le changement, peu importe. De Montréal, on apprécie le geste.

Toronto avait besoin de ce changement. Les frasques de Rob Ford, son alcoolisme et sa dépendance aux drogues ont terni sa réputation et paralysé le conseil municipal. Sur le plan juridique, les malheurs de Toronto étaient bien moins graves que les scandales survenus à l’hôtel de ville, mais la fierté des Torontois était tout aussi en berne que celle des Montréalais, sans parler de leur confiance envers leurs élus respectifs.

Un an plus tard, les choses ont bien changé à Montréal. Le conseil municipal a été profondément renouvelé. Existe un esprit de collaboration sans commune mesure avec ce qui prévalait durant le dernier mandat du tandem Tremblay-Applebaum. Un nouvel esprit qui se manifeste aussi hors les murs de l’hôtel de ville, alors que les Montréalais, depuis la communauté d’affaires jusqu’aux groupes populaires en passant par le milieu institutionnel des universités, se mobilisent autour de l’événement « Je vois Montréal » pour préparer son avenir.

Montréal et Toronto ont en commun de nombreux problèmes. Leurs infrastructures sont vieilles et surchargées, surtout au chapitre du transport. La proposition de John Tory de construire un métro de surface appelé SmartTrack a été au coeur de sa campagne. L’automne dernier, c’est aussi de problèmes de transport qu’on parlait à Montréal. Dans une métropole comme dans l’autre, la difficulté consiste, d’une part, à définir des priorités tant il y a de choses à faire et, d’autre part, à convaincre les gouvernements supérieurs de participer au financement de ces projets.

Réaliser des consensus sera le défi de John Tory. Au conseil municipal de Toronto, il n’y a pas de partis politiques. Le maire est un des 40 membres du conseil et doit constamment chercher des alliances. Ce qu’on a appelé la « Ford Nation », qui se trouve dans les banlieues de Scarborough et d’Etobicoke, a voté contre la ville centre où se trouvent les partisans du nouveau maire. S’inspirant de ce qu’a fait Denis Coderre l’an dernier, John Tory a lancé une invitation à ses opposants, dont Olivia Chow qui a terminé troisième, à se joindre à lui. Ces alliances ne durent guère, comme vient de s’en rendre compte Denis Coderre en voyant le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, qu’il avait convaincu de travailler avec lui au projet de recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, démissionner de son poste de chef de l’opposition. Finie la paix. Son successeur intérimaire, Luc Ferrandez, est déjà sur le sentier de la guerre pour défendre les arrondissements contre la ville centre. John Tory, pour sa part, sait que Rob Ford, élu comme conseiller, n’attend que le feu vert de son médecin pour reprendre sa bataille pour les banlieues.

Toronto et Montréal sont des villes fusionnées avec leurs banlieues. Malgré le passage des années, la fusion ne s’est pas encore totalement réalisée. Les résistances demeurent. De loin, on pouvait penser que c’était mieux à Toronto qu’à Montréal. Ce n’est pas le cas. C’est le karma que partagent les deux maires.


 
8 commentaires
  • Sol Wandelmaier - Inscrite 29 octobre 2014 07 h 58

    Boom incontrollable...

    Toronto vit actuellement une expansion incroyable...Les gratte-ciels jaillissent en quelques jours de la terre...Il y a des centaines de grues à perte de vue formant une forêt dans le "skyline"...Les problèmes d'infrastructures suivent péniblement mais suivent...Les problémes de transports en commun et les autoroutes d'entrée et sortie de TO ont peine à suivre et seront très graves à court terme...

    Montréal peine à garder un statut quo dans son développement..Les infrastructures ont un urgent besoin de réparation mais la ville stagne et il y a peu d'argent pour faire face à ces besoins...

    Le paralèlle entre les deux villes est de moins en moins possible..si ce n'est l'antagonisme entre le centre de ces deux métropoles et leurs banlieux...Antagonisme que les deux Ford ont essayé d'exploiter!

  • François Dugal - Inscrit 29 octobre 2014 08 h 03

    Désolé

    Désolé de vous contredire, monsieur Descôteaux, mais il n'y a aucun atome crochu entre Montréal et Toronto. Cette dernière est un assemblage hétéroclite de quartiers à clivage ethnique.
    Toronto n'a pas de personnalité, pas d'unité, pas de cohésion, pas d'identité. Si Toronto est la capitale de quelque chose, c'est celle de l'anonymité post-moderne de la laideur rampante.

  • Bernard Terreault - Abonné 29 octobre 2014 08 h 25

    Métropoles soeurs ?

    Montréal est l'aînée, et de loin, mais elle fait vieille fille délaissée, peu aimée de son frère, Québec, fondé de pouvoir de la famille, alors que sa pimpante cadette, fière de son titre de capitale, la dépasse en tout sauf pour ce qui lui reste de charme vieillot.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 29 octobre 2014 09 h 00

    Une simple différence?

    Diantre, vous passez vite sous silence cette poutre qui n'a rien à voir avec une paille. Les quelques mots prononcés en français par le nouveau maire ont déclenché une tempête de reproches où le mépris envers les francophones transparaissait fort bien. Cette réaction illustre on ne peut mieux le fossé que dire la canyon qui sépare les deux villes. Toronto la pure... linguistiquement montre son visage d'intolérance, prompt à faire du frenchbashing, c'est le véritable visage du ROC (c.-à-d. l'autre Canada) intolérant et suprématiste à notre égard. Pour beaucoup d'entre nous, c'est le principal message reçu de la réaction des commentateurs torontois suite à cette élection à savoir que nous ne sommes pas les bienvenues dans cette ville à moins de se faire petit, tout petit...

  • Jean Leroux - Inscrit 29 octobre 2014 09 h 13

    Toronto la grande!

    Ça fait du bien de lire, dans Le Devoir de surcroit, que les deux villes partagent des affinités et devraient collaborer ensemble. L'une, métropole de l'ensemble du Canada et l'autre, métropole du Québec comme dit M. Descoteaux! Toutefois, il faut comprendre les différences majeures entre les deux villes. Toronto a une population double à celle de Montréal. Toronto connaît une croissance économique supérieure à celle de Montréal, et cela depuis très longtemps(1995?). Toronto connaît des réussites assez exceptionnelles sur le plan de l'intégration de ses communautés culturelles, sans grand débat sur une chartre des valeurs torontoises! Et on pourrait continuer. Mais, comme on le dit si souvent en Ontario. les différences sont des encouragements à mieux vivre ensemble. Coderre et Tory sauront, je l'espère, le prouver au cours des prochaines années tout comme Couillard et Wynne travaillent si bien ensemble.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 29 octobre 2014 21 h 27

      En banlieue de Toronto il y a un énorme ghetto religieux qui s'appelle «Peace Village», une petite ville fondée pour vivre selon la Charia jusque dans l'architecture des maisons pour que les femmes et les hommes restent bien ségrégués.

      Ce n'est pas de l'intégration, c'est une dérive sectaire encouragée par le multiculturalisme.

      À Toronto, l'anglais règne en maître et sa position de langue commune n'est pas remise en question. D'ailleurs la dernière librairie francophone de toute la ville a fermé ses portes cette année. L'intégration linguistique est donc un franc succès à Toronto, la «différence» linguistique ne semble pas souhaitable dans cette métropole.

      Mais à Montréal le français attire moins de la moitié des transferts linguistiques et il y a davantage de francophones anglicisés que d'anglophones francisés. Il y a donc un échec très grave qui menace l'existence du français comme langue vivante (et non folklorique).

      Montréal est aussi un île que le fédéral se propose de rentre moins intéressante en mettant un péage sur le pont le plus achalandé du Québec et du Canada.

      Et en passant, ça s'écrit «charte» et ce modèle de laïcité est en vigueur en France, Belgique, aux Philippines, etc, et était même la norme en Turquie, pays à majorité musulmane, jusqu'à la prise de pouvoir par les islamistes radicaux il y a quelques années.
      À bon entendeur.