Dévalorisation

S’il fallait une preuve supplémentaire qu’Yves Bolduc n’est pas à sa place au ministère de l’Éducation, nous l’avons obtenue la semaine dernière. En réponse à des questions sur les suites à donner au rapport Demers, le ministre a tenu des propos contradictoires, confus et erronés qui, malgré ses dénégations, laissent présager le pire : un nivellement par le bas.

Même si ce n’était pas l’objet de sa consultation, le Rapport final du chantier sur l’offre de formation collégiale (signé Guy Demers) se permet une sorte de post-scriptum où il s’en prend entre autres à l’épreuve uniforme de français (EUF), que fait passer le ministère et qui est une condition nécessaire pour obtenir un diplôme (DEC). « Nous rapportons un problème chronique de notre système d’éducation qui condamne plus de 1000 étudiants par année à terminer plusieurs années d’études sans diplôme. » Cette phrase, et quelques autres de ce rapport, donnent l’impression que nous passons tranquillement, au Québec, de la logique du « droit à l’éducation » à celle, viciée, du « droit au diplôme ».

Sur les trois critères que compte l’EUF — compréhension, structure et maîtrise de la langue —, c’est pour le dernier que les collégiens obtiennent le pire score… 85,1 % ! (Ils réussissent le premier à 96,2 % et le second à 99,5 %. Le taux de réussite global est de 83,1 %.) Or, le rapport Demers choisit d’interpréter ces faits comme un « gaspillage de ressources humaines ». Comme si l’exigence de maîtriser sa langue maternelle était accessoire, alors même que nous sommes en « économie du savoir ». Le rapport enferme ensuite l’avenir dans deux options : modifier le contenu des cours de français collégiaux pour préparer encore davantage les étudiants à l’EUF (libérer quelques heures pour l’orthographe et la syntaxe ; au pire, évacuer toute littérature). Ou alors… abolir carrément l’EUF.

Attendez, n’est-ce pas la faute du secondaire ? Le rapport Demers se refuse explicitement à aborder cette cause probable des difficultés en maîtrise du français chez nous. Il préfère, semble-t-il, suggérer l’abolition d’un examen certes imparfait (trop facile, selon plusieurs !), mais qui représente au moins, depuis une vingtaine d’années, une source de motivation extérieure pour les étudiants : « Je dois me forcer dans les cours de français ; à la fin, il y a l’EUF, et mon DEC en dépend ! »

C’est loin d’être le seul point faible de ce rapport. Sans démonstration, il tranche : la notion de « formation générale » a « bien servi le modèle collégial jusqu’ici, mais son déphasage avec l’évolution de la société depuis les 50 dernières années compromet la valeur de son apport pour les années à venir » (!). Yves Bolduc, lui, qualifie le rapport d’« excellent ». Et lorsque, en Chambre, le caquiste Jean-François Roberge lui demanda si quelque 15 % d’échec justifie l’élimination de l’EUF, le ministre répondit en affirmant une chose et son contraire : a) on ne diminuera pas les exigences et b) « Est-ce qu’on va empêcher quelqu’un de gagner sa vie, alors qu’il est compétent, parce qu’il a un problème au niveau [sic] du test de français ? » M. Bolduc en fit même une « question humaine », comme si le « droit au diplôme » était un droit de l’homme.

Pis encore : en entrevue avec notre collègue Robert Dutrisac, M. Bolduc ajoute le cas fictif d’un étudiant « dyslexique » voulant devenir boucher, bloqué dans sa quête par un échec à l’EUF. Or, ce n’est même pas avec un diplôme collégial, mais avec un DEP qu’on devient boucher au Québec ! Manque de rigueur, mépris de la culture et des exigences, pensées confuses : cette affaire concentre de manière troublante nombre de tentations que l’on fait trop souvent passer pour des gestes de « modernisation » de notre système. Tentations qui, au bout du compte, risquent de dévaluer les diplômes qu’on y obtient.

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63 commentaires
  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 27 octobre 2014 00 h 57

    Pauvre ministère de l'Éducation!

    Imaginez une famille dirigée par des parents incohérents!
    Bon pour la postérité!
    Que serait le Québec de demain?

  • Jacques Baril - Inscrit 27 octobre 2014 02 h 06

    Esclaves des mots(!)

    Manque de vocabulaire, trop de vocabulaire!? Nous sommes tous esclaves du moins ou du trop(!) Une petite résection avec ça?! Si je dis: «Je suis «/e.tik/»(ouille!), la masse comprendra quoi?! Que je suis «étique», «éthique»? Un ou l'autre ou les deux à la fois?!!!! Les «jours "pluvieux"» ou les «journées "plus vieilles"»?!(!) Plein délire. Plein cauchemar. Ils ont des «maîtrises» maintenant. Ils ne savent par écrire qu'un «envoi» ne s'écrit pas un «envoie»(!) P*****! Esclaves de l'histoire aussi, mais bon... À quoi bon! Posons simplement :«[...], la langue verbeuse, les métaphores redondantes, les digressions amphigouriques ; la jactance de ses apostrophes, le flux de ses rengaines patriotiques, l'emphase de ses harangues, la pesante masse de son style, charnu, nourri, mais tourné à la graisse et privé de moelle et d'os, les insupportables scories de ses longs adverbes ouvrant la phrase, les inaltérables formules de ses adipeuses périodes mal liées entre elles par le fil des conjonctions, enfin ses lassantes habitudes de tautologie, ne le séduisaient guère.» De qui? Facile, on fait un petit tour sur «Go ogle»!(!) L'auteur parle de qui? Misère. Concernant l'histoire du «boucher»... J'en connais un qui a un «bac en histoire» et un «MBA». Il a «fauté» un jour et... Mais ça, c'est une autre histoire. M'enfin.

    • Réjean Guay - Inscrit 27 octobre 2014 10 h 42

      Je me demande quel est le but de cette logorrhée ?

    • Gilles Théberge - Abonné 27 octobre 2014 15 h 06

      C'est tout simplement de l'esbroufe monsieur Guay.

    • Michel Vallée - Inscrit 27 octobre 2014 21 h 39

      @MM. Réjean Guay & Gilles Théberge


      Ni logorrhée ni esbroufe ; c'est qu'il faut être véritablement scolarisé, pour apprécier le sarcasme de M. Jacques Baril.

  • Normand Paradis - Abonné 27 octobre 2014 03 h 57

    Honte Nationale

    Notre ministre de la justice échouerait le test de français de l'EUF au CEGEP et n'obtiendrait pas le DEC. Par ailleusr comme boucher ou «bouché» en sursis, il serait excellent. Il a vraiment une pensée profonde...dep. Il se cale lui-même dans son «back store».

    • Michel Vallée - Inscrit 27 octobre 2014 21 h 43

      @Normand Paradis

      «Notre ministre de (l'Éducation) (...) a vraiment une pensée profonde...dep. Il se cale lui-même dans son «back store».


      Ce n'est pas grave, il sait qu'il s'adresse à des ignorants : quasiment la moitié de des électeurs sont des analphabètes fonctionnels !

  • Jean Lapierre - Inscrit 27 octobre 2014 04 h 56

    Quel exemple!

    À entendre Yves Bolduc massacrer la langue française comme il le fait, on peut se demander s'il n'a pas été lui-même exempté de l'EUF.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 27 octobre 2014 08 h 06

      À Noël

      Il mérite de recevoir, en cadeau, au moins dix lexiques.

      Desrosiers
      Val David

    • Nicole Moreau - Inscrite 27 octobre 2014 10 h 27

      pour monsieur Bolduc, le français ne semble pas important, c'est la connaissance de l'anglais, langue du commerce, qui compte, je crois qu'il s'est trompé de société, il devrait se présenter dans une circonscription en Ontario plutôt qu'au Québec.

    • Jean Lapierre - Inscrit 27 octobre 2014 10 h 29

      M. Desrosiers

      J'adore votre commentaire. Et je vous soumets celle-ci: Bolduc n'a probablement pas passé l'EUF, il est lui-même l'OEUF (lire: le COCO)

  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 27 octobre 2014 05 h 14

    Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais

    Le ministre Bolduc se vantait, il n’y a pas si longtemps, d’être un grand travaillant. Pourtant il nous dit aujourd’hui; si le test de français est trop difficile, inutile de travailler plus fort pour le réussir, nous allons simplement l’abolir.

    C’est vrai qu’il n’y a pas une prime de 215,000.00$ pour tous ceux qui travaillent fort.