Le fil ténu de la prévention

Dans un monde idéal, il faudrait arriver à empêcher une fusillade comme celle survenue mercredi au parlement fédéral. Mais la réalité est toujours deux pas devant l’idéal, ou derrière, ou à côté. Heureusement, car l’idéal est un tel monde clos qu’il en serait terrifiant.

Que veut dire au juste « prévenir » quand on refait pas à pas le chemin qui mène à un drame tel que la fusillade d’Ottawa ? Une remarque, lors de la conférence de presse que le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a tenue jeudi, faisait bien voir ce que les bonnes intentions ont de pervers.

La mère du tireur a appris mercredi aux policiers que son fils avait souhaité se rendre en Syrie. Avoir su, a dit le commissaire Bob Paulson, la GRC l’aurait surveillé plus étroitement. Que faut-il en déduire : qu’au terme d’une simple conversation, la mère aurait dû aussitôt appeler la police ? La société doit-elle donc s’attendre, même implicitement, à des dénonciations de la part d’un parent à l’égard de son enfant, ou inversement, parce qu’il est question non pas d’un projet criminel, mais d’un voyage douteux ?

À ceux qui répondent oui, en additionnant les attentats déplorables survenus cette semaine, il faut rappeler qu’une société intrinsèquement méfiante est l’envers de cette démocratie que l’on dit vouloir préserver. Il faut lire des ouvrages comme Les chuchoteurs, Vivre et survivre sous Staline, pour prendre conscience que l’encouragement à la délation est un poison encore plus délétère que des attentats, rares en nos contrées. Espérer que la police sache tout, c’est rêver de totalitarisme ou en attendre des miracles. Qu’il lui suffise de faire son travail, en amont et en aval.

Or mercredi, sa réaction a été formidable. En une minute et des poussières après les premiers coups de feu, les voitures de police étaient sur les lieux de la colline parlementaire. Le surcroît de précaution de sécurité qui a suivi, indispensable, fut mené avec professionnalisme. En amont, constatons à nouveau que la vie n’est pas une série télé haletante : la quête de renseignement sur des suspects potentiels est d’abord un travail fastidieux. Et tirer des conclusions définitives parce qu’on trouve une adresse courriel dans un disque dur, ficher tous ceux que leurs voisins trouvent bizarres, ce n’est pas de l’enquête mais de la précipitation, dont toute démocratie doit se méfier.

Sans oublier que des choix s’imposent : faut-il mobiliser un maximum de ressources policières pour filer de près tous les individus vaguement suspects ? Bien sûr que non, il faut travailler plus intelligemment que cela, et accepter le risque d’une défaillance. Un spécialiste de ces questions de sécurité rappelait jeudi dans le Globe and Mail une phrase autrefois lancée par l’IRA aux services du renseignement britanniques : « Vous, vous devez être chanceux tout le temps. Nous, il nous suffit de l’être une fois. » Cette formule provocante reste vraie.

La prévention doit donc être entendue au sens plus large que policier, s’attaquer à la source, comme nous le disions en éditorial après l’attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu. Philippe Couillard l’entend bien ainsi, mais son engagement pris jeudi n’est assorti d’aucun moyen financier et repose sur des voeux de collaboration avec la communauté musulmane, particulièrement les mosquées. Fort bien, mais la radicalisation est maintenant bien plus le fait des réseaux sociaux que des prêches, disent avec raison des imams, des policiers et des spécialistes en matière de sécurité. Prévenir, c’est aussi savoir cibler.

18 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 24 octobre 2014 07 h 32

    L'imam dans le quartier St-Michel à Montréal

    "Les musulmans au Canada ou ailleurs, avant d'être citoyens, ils sont musulmans. Et la loi qui vient d'Allah et du messager est toujours au- dessus des lois qui sont faites par les hommes"-Abou Hammaad Sulaiman Al-Hayiti imam montréalais. L'auteur de cespropos est l'Imam Abou H. Sa mosquée Dara--Arkam est située rue-Jean-Talon, dans le quartier Ville St-Michel..Chaque vendredi, la journée
    de repos sacrée dans la religion musulmane, des dizaines de pratiquants, dont des Québécois convertis, s'y pressent pour boire les paroles de l'imam.Né à Montréal de parents d'origine haitienne....

    Il préconise un refus total de la modernité, une vision de la vie qui se partage entre le bien et le mal...Il porfend les lois civiles, le théâtre, la mixité"

    Il avait un site internet:http://www.box.net//public/sg0md3l5iy Il y dresse la liste des châtiments prévus pour des crimes prescrits dans l'islam bien qu'autosés par "les mécréants"(les Canadiens):100 coups de fouet pour le crime de la fornication, autant pour l'adultère entre personnes mariées plus la lapidation. Quant aux homosexuels, on leurcoupe la tête. Le même sort est réservé à celui qui quitte l'islam"

    Tiré du livre de Fabrice de Pierrebourg: " Montréalistan Enquête sur la mouvance
    islamiste à Montréal".

    • Grace Di Lullo - Inscrit 24 octobre 2014 10 h 54

      Est-il encore actif ?

  • Pierre Grandchamp - Abonné 24 octobre 2014 07 h 37

    L'Imam de Saint-Jean-sur-Richelieu

    "L'imam de Sait-Jean-sur-Richelieu estime la démocratie occidentale absolument incompatible avec sa religion.

    L'homme, qui en a notamment contre la tenue vestimentaire des joueurs de soccer et la danse, estime que «la législation islamique et la démocratie sont sur deux lignes en parallèle qui ne seront jamais en intersection"-Yves Boisvert-

  • Pierre Grandchamp - Abonné 24 octobre 2014 07 h 44

    Les livres dans des centres culturels musulmans d'ici;:"Des horreurs" ?

    " Les Soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident". Dans ce livre, Djemila Benhabib crie haut et fort sa rage contre ces idéologues qui «sont de plus en plus présents, ici, dans pratiquement toutes les régions. Ils s’affichent de plus en plus. Leurs objectifs sont avoués. Il faut lire les livres qu’ils distribuent dans leurs librairies, leurs centres culturels. Ce sont des horreurs», écrit-elle.

  • Claude Gélinas - Abonné 24 octobre 2014 09 h 10

    Un remue méninges s'impose !

    Bien évidemment il est plus facile d'intervenir après les événements mais dans un esprit positif comment aurait-on pu améliorer la sécurité sur la colline parlementaire ? Comment l'individu a-t-il pu aussi facilement voler la voiture d'un garde du corps qui probablement pas armé s'est enfui à toutes jambes ? Comment a-t-il pu entrer aussi facilement dans le Parlement ? Comment expliquer que le PM ait été obligé de se réfugier dans un garde-robe sans qu'un lieu plus sécuritaire ait été prévu à proximité de son bureau ? Comment expliquer le manque de coordination entre les forces policières intervenant sur la colline parlementaire ? Comment expliquer la mise en quarantaine et au bouclage du quartier alors qu'un seul indivu était en cause ? Probablement par mesure de précaution des forces de l'ordre qui à l'évidence ont été surpris par l'événement et qui ont agit en toute bonne foi. Chapeau et bon remue-méninges !

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 24 octobre 2014 14 h 38

      Quel commentaire sensé neutre et intéressant ça fait du bien!