Le petit garçon

Le Parti libéral du Canada caracole en tête des sondages au Canada depuis que Justin Trudeau en est le chef. Il en est de même au Québec, où il maintient une solide avance sur le NPD. Il ne balaierait sans doute pas le Québec à la prochaine élection, comme l’avait fait son père en 1980 en remportant 74 des 75sièges. Néanmoins, sa base apparaît suffisamment solide pour partir depuis le Québec à la conquête du Canada.

À un an des élections, les incertitudes restent nombreuses. Parmi elles, il y a sa personnalité encore immature, politiquement parlant, qui pourrait lui faire glisser des mains une victoire qui apparaît possible.

 

Aux yeux de bien des Québécois, il est d’abord le nom de famille qu’il porte et, en cela, une image. Il est un Trudeau, et par là on le voit de la lignée des leaders canadiens-français, qui de sir Wilfrid Laurier à Jean Chrétien ont fait du Parti libéral le parti des Québécois à Ottawa. Tout naturellement, ils ont pu se sentir rassurés en voyant un Trudeau à la tête de ce parti qu’ils boudaient depuis deux décennies. En effet, pourquoi, après être allé vers le Bloc québécois puis le NPD, ne pas revenir vers celui avec lequel on a entretenu un lien affectif durant plus d’un siècle ?

Cette réconciliation avec les libéraux pourrait bien n’être que transitoire dans la mesure où l’image de ce jeune leader n’est que cela, une image, construite autour d’un nom de famille. On ne lui reprochera pas d’être « le fils de », mais tant qu’il ne s’en sera pas détaché, il demeurera dans l’imaginaire de ceux qui ont voté pour son père le petit garçon qu’ils ont connu à cette époque. Un petit garçon qui a encore besoin d’être tenu par la main, comme le symbolise l’intervention cette semaine de Jean Chrétien venu défendre la position de Justin Trudeau sur la non-participation du Canada aux opérations militaires en cours en Irak.

Pierre Trudeau aimait dire que c’est à la fin de la soirée que l’on reconnaît le meilleur danseur. Sans doute le jeune chef libéral saura-t-il faire quelques belles pirouettes sur des scènes comme celle que lui offre ce week-end l’émission Tout le monde en parle. L’emportera à la fin celui qui a de l’endurance et de la profondeur, ce qu’avait son père, qui avait aussi cette qualité consistant à savoir bien s’entourer. Il avait autour de lui les Jean Marchand et Gérard Pelletier, et d’autres comme Marc Lalonde et Jean-Luc Pépin. Il avait une équipe. Or Justin Trudeau est aujourd’hui seul à incarner son parti, sans personne qui lui serve d’appui. Certes, on est à un an du prochain scrutin et il est tôt pour présenter son équipe, mais s’il y a pour lui une urgence c’est bien de montrer qu’il n’est pas seul.

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