Faudrait assumer!

Philippe Couillard et Gaétan Barrette l’ont redit mardi : pas question de couper les services en santé. « Alors ce qui est passé hier au Téléjournal est tout à fait déplorable », a précisé le ministre de la Santé, faisant allusion à de surprenantes décisions prises par l’Agence de santé de Montréal. Marche arrière donc de ce côté. Mais le reste ? Car reste il y a.

La nouvelle de Radio-Canada sur la coupe du salaire quotidien de 4,30 $ versé à des travailleurs ayant une déficience intellectuelle afin que l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal puisse équilibrer ses budgets était un tel symbole de petitesse que Gaétan Barrette, ministre de la Santé, n’avait d’autre choix que de demander « que cela soit renversé ». L’austérité a des limites.

Mais faire disparaître le symbole ne change rien au problème, et il serait grand temps que le gouvernement cesse de faire l’autruche : oui, des patients seront touchés par les coupes en cours et celles à venir.

Est-ce que vraiment rien ne changera pour les patients du CSSS de Dorval-Lachine-LaSalle, où trois des cinq postes de l’équipe de psychogériatrie, qui soutient les personnes âgées seules à domicile, seront abolis, les services étant transférés au soutien à domicile régulier (donc moins spécialisé) et où on précise que les patients considérés comme non prioritaires (!) devront patienter (La Presse) ? Et couper de 8,4 millions les services alimentaires du réseau montréalais de la santé, déjà amputés de 7,4 millions l’an dernier (Le Devoir), n’y paraîtra pas ? Le prix des aliments aurait-il diminué ? Car à ce qu’on sache, la bouffe des CHSLD n’a pas jusqu’ici péché par abondance ou par excès de qualité…

Et des fermetures de lits, comme on en vit notamment dans le Haut-Richelieu (Le Canada français), ne font pas qu’alléger des structures.

Quand le premier ministre Philippe Couillard dit que les patients vulnérables ou les personnes âgées n’écoperont pas, est-ce sur ce genre de pirouette mentale qu’il s’appuie ? Ah mais non : tout ça est la faute des méchants cadres de la santé ! Heureusement, il s’apprête à les sabrer et ce jour-là, attention au tour de magie !, l’argent reviendra dans les services.

Outre que le cynisme est de mise devant les économies qu’on nous fait miroiter, la hache dans les structures créera son lot de problèmes (le fouillis que sera la période de transition !) et surtout d’effets pervers qui affecteront les services. Cela, tout le Québec s’en doute. Mais le tandem Couillard-Barrette, médecins spécialistes habitués à régner, n’en veut rien voir.

Avec la réforme de structures de M. Barrette, on maintient l’hôpital comme noeud du système de santé, sous l’oeil contrôlant comme jamais du ministre. Les négligés de cette pyramide peuvent déjà être nommés : la santé publique, la santé mentale, le soutien à ce qui est non institutionnalisé (les jeunes, ceux qui ont des problèmes de dépendance…) et bien sûr les soins à domicile qui, vu le vieillissement, auraient pourtant dû être le fer de lance d’un système de l’avenir. La protectrice du citoyen avait expliqué, en 2012, comment les hôpitaux allaient piger dans les sommes destinées aux services à domicile pour boucler leur budget. La tentation sera encore plus grande maintenant qu’il faudra plaire au ministre-docteur, responsable de nommer les directions et qui exigera des résultats en espèces sonnantes.

Le premier ministre avait beau jeu mardi à l’Assemblée nationale d’affirmer que les coupes surprenantes pratiquées un peu partout au Québec sont dues à de l’incompétence de la part des patrons de la santé (« on s’attend à ce que les gestionnaires des réseaux publics fassent les choix, mais les bons choix »). Mais tout part de ses exigences ! L’odieux n’est pas que dans les coupes, mais encore bien plus de s’en laver les mains.

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26 commentaires
  • Robert Lauzon - Abonné 1 octobre 2014 05 h 44

    Les rouges autruches!

    Imaginez la situation, le triumvirat médical muni de scalpels la tête penchée à l'avant et bien enfouie dans le sable. Imaginez ces trois derrières relevés et bien en vue. Qu'auriez-vous envie de faire? ....il y a des coups de pied qui se perdent!

  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 1 octobre 2014 06 h 31

    Bravo

    Bravo Madame, je désespérais des journalistes depuis quelques temps. Les politiciens ne peuvent pas se draper de générosité envers les petits alors que leur politique tente de les dépouiller encore plus.

  • Normand Carrier - Inscrit 1 octobre 2014 06 h 49

    Les mensonges libéraux .....

    Si Philippe Couillard et ses ministres avaient un soucon d'honnêteté , ils admettraient candidement que les coupes de $3.2. milliards auront des effets substentiels sur les services ..... Ils ne pourront accuser continuellement leurs cadres de faire les mauvaises coupures ... Cela fait une décennie que les structures sont rationnalisées et que les frais administratifs sont touchés .....
    Couillard et ses ministres ont la recette pour se mettre a dos les gestionnaires de la fonction publique et créer un fouilli administratif ...
    Si ce gouvernement croit qu'ils peuvent faire les Ponce Pilate durant les prochaines quatre années , ils sous-estiment les électeurs .....

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 octobre 2014 08 h 29

      Je lis ailleurs que Barrette donnait l'exemple d'un soin (sans dire lequel) coûte 66,000$ à Montréal et 27,000$ ailleurs au Québec. Que des services dispensé par trois personnes le sont par une seule en régions. Le ministre donne d'autres exemples de ce qu'ils appellent de l'optimisation à la radio...

    • lise pelletier - Inscrit 1 octobre 2014 12 h 32

      Attendons voir pour la crédibilité de Barrette avec ses exemples qu'il nous envoient à tout moment.

      Où étaient ces exemples lors de ses négociations en 2006 ?

      Certaine qu'ils y en avaient déjà mais c'était le temps des non-dits.

  • Richard Coulombe - Inscrit 1 octobre 2014 06 h 54

    Pas d'accord avec vous ...

    Le choix des coupes annoncées était le fruit d'une réaction prévisible des mandarins non imputables qui cherchent à tout prix à faire dérailler la réforme afin de sauver leur royaume doré. Ce n'est pas de l'incompétence, mais bien de la manipulation comme ils l'ont toujours fait. Ils font bien la preuve qu'ils sont la cause de l'inertie du système, et que le ministre a bien raison de sabrer dans ces organismes parasites et inutiles. Il est à parier que les vrais acteurs du monde de la santé, à commencer par les directeurs d'hopitaux, sont d'accord avec cette vision.

    • Jacques Gagnon - Inscrit 1 octobre 2014 12 h 45

      On ne fait rien avancer avec des paris monsieur. De faire croire que les soins se planifient et se dispensent sans gestionnaires, voilà bien le royaume doré du politicien, la manipulation.

    • Jean-Claude Richard - Inscrit 1 octobre 2014 13 h 49

      Je ne vous souhaite pas de tomber malade, mon vieux. Et si, par malheur, ça vous arrive, je vous souhaite d'avoir assez d'argent pour vous payer des services privés. Sinon... bonne chance!

      Jean-Claude Richard

    • Hélène Paulette - Abonnée 1 octobre 2014 19 h 16

      Et si vous vous trompiez, monsieur Coulombe? N'est-ce pas une manipulation gouvernementale de faire passer des gestionnaires pour des mandarins comme vous dites?

  • Gilbert Bournival - Abonné 1 octobre 2014 07 h 18

    J'ai gardé ma soeur un mois, en soins palliatifs à la maison avec l'aide du CLSC. Médecin, infirmier, aide pour laver la malade venaient à la maison pour nous permettre de soigner celle qui est décédée à l'hôpital après deux jours seulement d'hospitalisation. Une fin de vie heureuse pour celle qui a choisi de le faire parmi sa famille. Un gros soulagement financier pour l'hôtellerie spécialisée et super équipée nommée hôpital. Ces services du CLSC sont essentiels pour nous permettre de garder à la maison nos malades et soulager les hôpitaux. Pour des services de santé efficaces le CLSC doit se développer et être encore mieux pourvu 7 jours sur 7
    puisque on est malade et on meurt 7/24

    • Hélène Paulette - Abonnée 1 octobre 2014 19 h 21

      J'ai vécu la même expérience. L'excellent soutien reçu du CLSC, l'infirmière dévouée et les soins d'urgence la nuit contrastaient vraiment avec l'hopital et le personnel débordé...Grand merci au CLSC Bois de Boulogne.