Quel aplaventrisme!

On reste abasourdi à la lecture de la décision rendue par la juge Claudine Roy ordonnant à TransCanada Pipeline de suspendre jusqu’au 15 octobre les travaux géotechniques en cours au large de Cacouna.

Abasourdi par l’amateurisme et l’aplaventrisme du ministère de l’Environnement du Québec et de Pêches et Océans Canada, de qui relève la responsabilité de protéger les espèces menacées comme le béluga.

Et que dire de TransCanada pour qui tout ce qui importe est de faire aboutir rapidement son projet Oléoduc Énergie Est sans se préoccuper autrement que pour la forme des conséquences sur la faune et l’environnement ?

Au début septembre, la juge Roy avait rejeté une première requête des environnementalistes qui auraient souhaité empêcher toute construction à cet endroit. La requête fut rejetée parce qu’un tribunal n’a pas à juger de la pertinence même des travaux.

En revanche, il lui appartenait de décider dans le cadre d’une demande d’injonction si le processus ayant conduit à autoriser les travaux de forage en pleine saison de mise bas des bélugas présentait le caractère « raisonnable » attendu, c’est-à-dire s’il répondait aux critères de « transparence, de justification et d’intelligibilité ». La réponse fut non. Au contraire, le jugement nous apprend que le processus qui a précédé la décision du ministre David Heurtel était tout, sauf raisonnable.

Aucun des fonctionnaires responsables du dossier, à Québec, ne connaissait quoi que ce soit aux bélugas et jamais on n’a jugé nécessaire de faire appel à des experts. On a plutôt choisi de se renseigner auprès de Pêches et Océans Canada qui n’a pas daigné apporter le soutien scientifique attendu, dévoilant ainsi l’appui inconditionnel du gouvernement Harper aux projets pétroliers même les plus risqués. Quant à TransCanada, c’est avec la plus détestable arrogance qu’elle a refusé de signer tout engagement de faire en sorte que ses travaux ne nuisent pas à la faune marine, et qu’elle a évité de répondre aux questions des fonctionnaires québécois ignorants mais inquiets. Or, voilà que malgré ces failles, un politicien venu de nulle part autorise cette société albertaine à faire des travaux coûteux tout en jurant qu’aucune décision n’était prise concernant la construction du terminal ! Quelle fourberie !

Que cache cet asservissement aux visées expansionnistes des pétrolières alors que la diminution de la capacité d’acheminer du gaz qui suivra la transformation du gazoduc existant en pipeline pétrolier coûtera une centaine de millions par année en augmentation du prix du gaz pour le Québec ?

La confiance dans le processus d’évaluation de ce gigantesque projet pétrolier est tombée à zéro. Québec doit annuler le certificat autorisant TransCanada à poursuivre le forage au-delà du 15 octobre prochain.

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31 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 24 septembre 2014 23 h 21

    Proverbe américain

    "Follow the money" (suivez la trace de l'argent).

  • Yves Côté - Abonné 25 septembre 2014 03 h 27

    Merci Monsieur !

    "Que cache cet asservissement" ?
    Mais grand yeu!, la liquidation totale du Québec... to the only profit of Canada.
    Merci de votre texte, Monsieur Sansfaçon.

    • Sylvain Rivest - Abonné 25 septembre 2014 14 h 20

      Nous vivons une époque formidable.
      C'est une vente de feu.
      Trois médecins pour le prix d'un.
      Au prix du gros!!!

      Notre réalité est trés triste. Et notre système fait en sorte que nous ne pouvons rien faire. On ne peut que constater la destruction de notre pays.

      Il faut qu'il se passe quelque chose.

  • Claude Paré - Abonné 25 septembre 2014 05 h 29

    Autre question

    Autre question que les éditorialistes et les journalistes ne posent pas : alors que le pipeline se rend à St-Jean NB pourquoi faire transiter le pétrole par le fleuve St- Laurent, avec tous les risques que cela comporte?
    D'autre part, si j'ai bien compris, une bonne partie du raffinage se fera à St-Jean, pourquoi pas au Québec? ( si c'est pour notre plus grand bien?) L»es minces bénéfices économiques seront annulés par l'augmentation du prix du gaz naturel.
    De toute façon ce projet est inacceptable, parce qu'il permet l'augmentation de la production de sables bitumineux, mais il apparaît comme un moindre mal pour la population par rapport au transport par rail.
    Un déversement de pétrole dans le fleuve serait une autre catastrophe que le Québec ne peut se permettre.
    Enfin, est-ce là un des éléments de la fameuse «stratégie maritime» de Couillard, si oui, c'est bien mal parti.

    • François Dugal - Inscrit 25 septembre 2014 07 h 42

      A St-Jean NB, il y a les raffineries Irving, poids lourd de la politique canadienne, monsieur Paré.
      Voilà les raisons de ce détour.

    • Bernard Plante - Abonné 25 septembre 2014 13 h 47

      Cela n'est que le début de la stratégie maritime de Philippe Couillard. La suite consiste à construire des ports un peu partout dans le Nord pour "sortir" le minerai plus vite du Québec. Comme en Afrique...

  • Maryse Veilleux - Abonnée 25 septembre 2014 06 h 46

    Au nom des entreprises!

    Depuis longtemps l'état a cessé de se soucier du bien-être de ses citoyens, mais qu'il fasse une campagne électorale pour être élu. Par la suite il s'en détourne pour servir les grandes entreprises. Nous avons ici le résultat du temps, au début ces gestes étaient plus clairsemés et moins évident, maintenant ils ne s'en cachent même plus et se font sans subtilités.

    • François Dugal - Inscrit 25 septembre 2014 07 h 46

      Nous avons voté pour "l'économie et l'emploi" et nous l'avons eu: la tyrannie de l'économie et la précarité de l'emploi.
      De quoi se plaint-on?

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 25 septembre 2014 07 h 56

    Quel sens politique ? Quelle crédibilité ? Quel sens moral ?

    Politiquement, je ne comprends pas le gouvernement Couillard. Non seulement appuie-t-il un gouvernement fédéral détesté par les québécois, mais il le fait déraisonnablement et en contradiction avec les lois qu'il a pour mission d'appliquer. M. Couillard se ridiculise et ridiculise les députés libéraux. Il nous ridiculise tous. Il nous ridiculise à l'étranger, par exemple à l'ONU. Il ne peut même pas avancer l'argument économique, la totalité du projet d'oléoduc apportant tout au plus 200 emplois par année à l'ensemble du Québec. Comme parlementaire, M. Couillard pourrait soulever la nécessité de respecter le droit et les lois, par exemple en demandant l'abandon du projet de port pétrolier à Cacouna. Comme médecin, il pourrait soulever l'importance pour l'homme de protéger une espéce en péril. Comme politicien représentant une région dite périphérique, il pourrait soulever les risques sociaux et économiques associés à la perte de l'importante industrie touristique de la Sagamie et de la Haute-Côte-Nord. Comme québécois, il pourrait soulever le risque de détruire le fleuve St-Laurent. Comme administrateur prudent, il pourrait soulever les coûts associés à la réalisation d'un schéma de couverture des risques de déversements pétroliers et l'absence de bénéfices économiques liés à ce projet destiné avant tout l'exportation. Représentés par des députés libéraux, il pourrait appuyer les maires des MRC du Témiscouata et du Kamouraska dans leur rejet du projet pétrolier dans son ensemble. Finalement, c'est comme si M. Couillard était président de Trans-Canada Pipelines et non notre premier-ministre. Il nous refait le coup du ministre de la santé se négociant un contrat de consultant auprès d'industries de la santé ! Quelle dangereuse perte de crédibilité politique à une époque où nous en aurions tous tellement besoin, ne serait-ce que accepter les choix gouvernementaux de décroissance de l'état promise et l'austérité consécutive ! Vivement un directeur de la Sûreté du Québe

    • François Dugal - Inscrit 25 septembre 2014 09 h 57

      «Quel sens politique?», la politique fédéraliste.
      «Quelle crédibilité?», 40% du vote et l'appui de bien nantis.
      «Quel sens moral?», celui du néolibéralisme

      «Four more years» - Barack Obama

    • Louka Paradis - Inscrit 25 septembre 2014 20 h 43

      Si les députés libéraux avaient vraiment une conscience sociale et la fierté de leur Québec, plusieurs décideraient de siéger comme indépendants : ainsi, sans majorité, le gouvernement Couillard serait obligé d'être plus responsable, plus démocrate, d'écouter la population et de travailler en collaboration avec les partis d'opposition. Il ne pourrait plus abuser de son trop grand pouvoir. Tous les Québécois qui ne sont pas d'accord avec cette gouvernance de saccage doivent faire pression auprès de leur député respectif pour qu'il siège comme indépendant.