Culpabilité partagée

Combien coûtera un passage sur le pont Champlain? S’il faut croire le directeur parlementaire du budget (DPB), à Ottawa, le tarif devrait varier entre 2,60 $ et 3,90 $ du passage selon que les coûts du projet atteindront 3 ou 5 milliards de dollars. Tous les politiciens québécois s’y opposent, mais ils en sont aussi un peu responsables.

En simulant les mouvements de clientèle causés par l’ajout d’un péage sur le futur pont Champlain, le directeur parlementaire du budget, Jean-Denis Fréchette, constate en toute logique que plus le pont coûtera cher, plus il faudra imposer un tarif élevé qui entraînera un déplacement d’usagers, avec les conséquences que l’on devine sur la congestion sur les autres ponts.

Mais le cercle vicieux ne s’arrête pas là puisque cette baisse de clientèle sur le pont Champlain forcera l’exploitant à demander un tarif encore plus élevé qui ne fera qu’aggraver les choses pour tout le monde… sauf pour les chanceux qui profiteront de la nouvelle structure grâce à leur capacité de payer.

Ces tarifs découlent de deux autres choix politiques du gouvernement Harper : celui d’aller en PPP et surtout celui de faire payer la totalité des coûts du projet aux seuls automobilistes qui emprunteront le pont.

Sans PPP, Ottawa pourrait ne faire payer les usagers que pour la construction du pont, son entretien et son exploitation, et prendre le reste à sa charge (les taxes que devra assumer un exploitant privé, les frais afférents et indirects, par exemple). Le tarif serait alors réduit de moitié, soit 1,40 $ au lieu de 2,60 $, et les déplacements de circulation limités à 2,3 % au lieu de 10,6 % si le péage est de 3,90 $.

D’autres hypothèses de péage seront sûrement envisagées d’ici la mise en service du nouveau pont, il faut l’espérer. On pense à un tarif variable en fonction de l’heure et du jour, ou encore à la possibilité de ne payer que pour entrer sur l’île, comme c’est le cas à New York.

Mais dans tous les cas, les tarifs risquent d’être élevés si Ottawa s’entête à vouloir faire payer la totalité de la facture aux seuls usagers au lieu d’en prendre une partie à sa charge à titre de propriétaire.

En sera-t-il de même pour le futur pont qui reliera Windsor et Detroit et dont Ottawa s’est déjà engagé à financer les voies d’accès du côté américain et même le plateau des douanes parce que Washington et l’État du Michigan refusent d’assumer leur part ?

Les élus de la région de Montréal et ceux du gouvernement du Québec ont donc raison de s’opposer à la décision du gouvernement Harper de faire payer la totalité des coûts du futur pont Champlain aux seuls usagers. D’autant plus qu’en imposant un péage sur un pont aussi achalandé, Ottawa coupe l’herbe sous le pied aux décideurs locaux qui songent depuis au moins 20 ans à rétablir les péages routiers pour freiner l’étalement urbain, réduire la congestion et financer le transport en commun.

À trop vouloir épargner la sensibilité des usagers de la route qui sont aussi des électeurs, les élus provinciaux du Parti québécois autant que du Parti libéral ont perdu l’initiative du jeu sur leur propre territoire au profit des conservateurs fédéraux qui, eux, n’ont rien à perdre sur la scène électorale montréalaise.

Un péage provincial sur les ponts, on oublie ça. Or, qui osera désormais imposer un autre tarif calculé selon le nombre de kilomètres parcourus, par exemple, alors que les automobilistes des deux rives devront affronter les péages de Champlain, de la A-30 et de l’A-25 ?

20 commentaires
  • Guy Vanier - Inscrit 19 septembre 2014 03 h 53

    Très simple!

    Ils vont taxer les autres ponts qui restes, ils n'aurons pas le choix.
    Les 3 docteurs vont voir à ça, au lieu de négocier très serrer avec harper.

    Quand vous êtes né pour un petit pain....

  • André Leblanc - Inscrit 19 septembre 2014 06 h 08

    Pourquoi pas?

    Si nous devons payer plus cher du a la hauteur pour accomoder la voie maritime, les bateaux devront payer pour passer. Si c'est bon pour l'oie c'est bon pour le jar.

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 19 septembre 2014 11 h 38

      Votre point de vue devrait être repris par des partis politiques. Vous devriez leurs écrire.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 19 septembre 2014 19 h 28

      L'autoroute transCanada accommode des milliers de camions venant du Qc et allant vers l'Ouest et l'est...L'entretien de cet aurtoroute est de juridiction fédérale...

      Même si le pont Champlain accommode une voie maritime ouverte vers l'ouest, ce sont les montréalais qui vont utiliser ce pont à 80%...

      Si le pont n'était que d'utilité provinciale, et surtout municipale montréalaise, le gouvernement du QC assumerait ls frais d'un nouveau pont.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 20 septembre 2014 09 h 04

      De plus, ce pont dessert surtout les É.U. et Chicago...très peu Toronto et Hamilton...Un pont accommodant les navires commerciaux et autres sont une obligation internationale...
      Qui veut avoir du trouble avec les américains en bloquant la voie maritime par un pont bas?

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 20 septembre 2014 09 h 21

      Pourquoi ne pas exiger en contrepartie un péage pour l'oléoduc qu'on s'apprrête à installer sur le territoire québécois? Ou mieux encore un pourcentage sur les profits envisagés par l'Alberta?

      Le gouvernement libéral de Couillard, s'autorise à pavoiser sur les quelques 200 emplois que ce projet, sale et contreversé, entraînera (incidemment le Québec a perdu 23 000 emplois depuis le retour des libéraux il y a six mois!)

      À péage, péage et demi...

  • François Beaulé - Inscrit 19 septembre 2014 06 h 37

    Couper l'herbe sous le pied

    Le nouveau pont n'est pas construit. Le fédéral ne coupe pas l'herbe sous le pied de quiconque. Le gouvernement provincial n'a jamais eu le courage de prendre des mesures efficaces pour contrôler l'étalement urbain. Lui et les «décideurs locaux qui songent depuis au moins 20 ans à rétablir les péages routiers pour freiner l’étalement urbain, réduire la congestion et financer le transport en commun» ont eu tout le temps pour agir et ils n'ont rien fait.

    Il est encore temps de prendre des mesures pour stopper un étalement urbain déjà trop développé. Des péages sur les ponts sont nécessaires. Il faut aussi imposer une densité aux développements résidentiels.

    • Lise St-Laurent - Inscrite 19 septembre 2014 11 h 06

      Tout à fait. Lorsque la décision d'abandonner le péage autant sur l'autoroute que sur les ponts, on ne se doutait pas de l'ampleur de cette décision sur l'entretien de notre réseau routier. On constate aujourd'hui que grâce à cette gratuité proverbiale, l'étalement urbain s'est accentué et que les hausses d'impôts et de taxes sont insuffisantes. Supposons que le Québec serait propriétaire, je ne veux même pas imaginer tout le tollé à l'assemblée nationale que cela causerait. Il se pourrait qu'une fois le Champlain terminé et la réfection des autres ponts que le fédéral transfère les ponts toujours sous sa juridiction au provincial.

    • André Leblanc - Inscrit 19 septembre 2014 17 h 20

      Etes vous sérieux? C'est du délire

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 20 septembre 2014 03 h 48

      Pourquoi pas démolir tous les ponts ? T'es sur l'ile ? Tu sort plus ! Réglé l'étalement urbain.

  • François Dugal - Inscrit 19 septembre 2014 07 h 48

    L'utilisateur payeur

    Il n'y a pas que les automobilistes qui utilisent le "Pont Champlain Bridge", il y a également les bateaux qui empruntent la voie maritime et qui passent en dessous: quel sera leur tarif? (car le dit pont coûte une galette à cause d'eux.)

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 septembre 2014 10 h 16

      Cette réponse est assez complexe et se trouve dans ce document:

      http://www.media-seaway.com/seaway_handbook/seaway

      En fait, la vraie question, c'est: à quelle hauteur l'administration de la Voie maritime contribuera-t-elle pour le nouveau pont?

    • André Leblanc - Inscrit 19 septembre 2014 17 h 21

      Et le transport d'um ocean aux autres, vous en faites quoi?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 septembre 2014 08 h 09

    Soyons pragmatiques

    Les décideurs publics du Québec — autant municipaux que provinciaux — ont décidé voilà longtemps d'abolir le péage sur les ponts qui mènent à Montréal.

    Un autre décideur a pris la décision opposée sur un des rares ponts canadiens de juridiction fédérale. Cela nous oblige à remettre en question des décisions passées.

    Le choix est simple. Ou bien il aura péage sur tous les ponts menant à l'île, ou bien la traversée des autres ponts prendra des heures aux heures de pointe. On pourrait aussi ne rétablir le péage qu'aux heures de pointe. Les entreprises pourraient aussi permettre le travail à domicile et, conséquemment, louer de plus petites surface pour leurs bureaux administratifs. Bref, il y a toujours un bon côté à tout.