L’embellie?

Élu de façon décisive en mai dernier, le nouveau premier ministre indien, Narendra Modi, n’a jamais caché son admiration pour la discipline avec laquelle la Chine applique sa recette de croissance économique, nommément dans le secteur manufacturier. Pékin le lui rend bien. Aussi, beaucoup veulent voir dans la visite officielle de deux jours que le président chinois, Xi Jinping, vient de compléter en Inde, à grands coups de promesse d’investissements, l’aube d’un grand réchauffement des relations entre ces deux géants de l’Asie émergente, relations marquées depuis 50 ans au coin de la méfiance mutuelle, de luttes d’influence et d’irritants frontaliers hérités des découpages coloniaux. Les Indiens sont encore traumatisés par la brève guerre de 1962, perdue par Delhi dans les hauteurs de l’Himalaya.

Par enflure médiatique, M. Modi a été sacré ces derniers jours « Nixon indien ». Si les rapports vont s’améliorant, le jour ne s’est pas pour autant encore levé où ils mériteront d’être qualifiés de proches. Mais rapprochement obligé il y a, par pragmatisme, au-delà des tensions. On mesure mal de ce côté-ci du monde à quel point ces deux pays, analyse le politicien-écrivain Shashi Tharoor, ont le sentiment d’avoir dépassé un ordre mondial assujetti à l’Occident.

Pékin a beaucoup investi politiquement dans M. Modi, tenant de la droite hindouiste, du temps où il était chef du gouvernement de l’État du Gujarat et où l’Europe et les États-Unis l’ostracisaient pour la façon dont il a laissé faire les massacres antimusulmans en 2002. M. Modi a largement ouvert les portes du Gujarat, État-modèle d’économie néolibérale, aux investissements chinois. Il était donc attendu qu’une fois M. Modi arrivé au pouvoir à Delhi, les relations sino-indiennes prennent de l’envergure.

Ce rapprochement s’inscrit évidemment dans une géopolitique complexe. Après des années de diplomatie timorée sous l’ancien gouvernement de Manmohan Singh, M. Modi affiche en cette matière comme en bien d’autres une approche nettement plus affirmative et énergique. Il n’est manifestement pas dupe de l’expansionnisme asiatique de la Chine, dont le PIB est quatre fois supérieur à celui de l’Inde. Ils sont deux géants — deux sociétés qui se connaissent fort mal d’ailleurs —, mais deux géants inégaux.

Début septembre, M. Modi est rentré d’un voyage au Japon avec des promesses d’investissements à hauteur de 35 milliards. Dans ce contexte, la visite de Xi Jinping allait forcément servir à tenter d’endiguer le rapprochement nippo-indien, déjà bien engagé… Hier stigmatisé par Washington, M. Modi s’en ira ensuite dans quelques jours aux États-Unis se faire courtiser par Barack Obama. Décidément, l’homme joue bien ses cartes.

4 commentaires
  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 19 septembre 2014 07 h 50

    La main d'oeuvre bon marché se vend très bien en effet

    La corruption et l'absence de réglementation aussi.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 19 septembre 2014 08 h 08

    La main-d'oeuvre bon marché se vend bien

    La corruption et l'absence de réglementation aussi.

    • Jean-Pierre Audet - Abonné 19 septembre 2014 19 h 06

      En effet, M. Le Blanc, les deux articles s'emboitent difficilement l'un dans l'autre. Les relations s'améliorent-elles depuis l'élection de M. Modi, ou ne restent-elles pas plutôt au beau, façon de parler, fixe ?