À petits pas

Les républicains ne vouent pas moins qu’avant l’Obamacare aux gémonies, mais plusieurs d’entre eux renoncent maintenant à en faire un enjeu de campagne en vue des élections prochaines de mi-mandat au Congrès américain. Et voici pourquoi : sans être une panacée, la réforme de l’assurance maladie laborieusement mise en place il y a un an par Barack Obama est en train de faire la preuve de son utilité. Tiens donc. Si l’Obamacare n’apparaît plus guère sur les écrans radars des politiciens et des médias, il reste que, si ce n’est qu’en proportions modestes, les chiffres indiquent qu’il remplit sa mission principale — réduire le nombre d’Américains sans assurances — après avoir été lancé il y a un an dans le plus extraordinaire des cafouillages informatiques.

Un nouveau rapport du Centre national des statistiques en santé, un organisme fédéral, indique qu’au premier trimestre de 2014, la proportion d’Américains non assurés était de 13,1 %. Cette proportion était de 14,4 % un an plus tôt. La question a fait l’objet de plusieurs autres enquêtes qui, sans parvenir aux mêmes chiffres, s’entendent néanmoins pour dire que l’Obamacare a encouragé des millions d’Américains à se munir d’une police d’assurance maladie privée ou à souscrire à la version élargie du Medicaid, le programme fédéral d’assurance maladie destiné aux familles pauvres. En avril dernier, le président Obama s’était en outre vanté du fait que le tiers des adhérents avaient moins de 35 ans, une donnée encourageante, encore que sujette à caution, comme l’équilibre du système tient à la participation maximale des jeunes assurés. Dans l’immédiat, l’Obamacare n’a pas non plus déclenché de flambée du coût des polices — la plupart des experts prévenant toutefois les Américains qu’ils ne perdent rien pour attendre : les compagnies d’assurances contiennent leurs prix pour le moment, question de se positionner dans ce marché émergent.

Cela n’exclut pas que presque la moitié des Américains, selon les sondages, voient d’un mauvais oeil cette loi sur les soins de santé abordables, la jugeant intrusive. La culture sociale est ainsi faite aux États-Unis, première économie mondiale. Le travail de sape antiétatique du Parti républicain pérennise cette culture.

Le fait est aussi que, gracieuseté de l’État islamique, les républicains peuvent miser, en vue des législatives de mi-mandat du 4 novembre, sur un autre cheval de bataille, celui de la sécurité et des affaires étrangères, terrains sur lesquels, par désolante force d’inertie, ils partent toujours gagnants contre les démocrates. À la guerre comme à la guerre. La victoire les attend sur d’autres fronts idéologiques. M. Obama, homme très impopulaire à deux ans de la fin de sa présidence, aura moins eu le mérite d’améliorer le sort, en matière de santé, d’un certain nombre de citoyens.

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