Changement de rôles

C’était la rentrée parlementaire à Ottawa ce lundi. Ce mardi, ce sera au tour des députés de l’Assemblée nationale de reprendre le travail. Mais selon que l’on est dans l’une ou l’autre des capitales, les perspectives sont divergentes. Alors qu’à Ottawa on s’apprête à distribuer des cadeaux aux contribuables, à Québec c’est de sacrifices et d’austérité qu’on parle.​
 

L'action des gouvernements Harper et Couillard sera inspirée ces prochains mois d’abord par l’état de leurs finances. À Ottawa, on sera en situation de surplus budgétaire alors qu’à Québec cette perspective est encore éloignée. Certes, on y a mis les moyens dans la capitale fédérale. Les compressions ont touché tout particulièrement le fonctionnement du gouvernement, dont on a réduit la taille par l’élimination de milliers de postes. Les Canadiens, surtout ceux qui sont au chômage, ont vu leurs prestations leur être retirées ou diminuées. Personne n’y a échappé, d’abord les groupes communautaires, mais aussi les entreprises. Résultat, Stephen Harper pourra bientôt partager le résultat de ses efforts sous forme de réductions d’impôt.

Il n’est toutefois pas question pour Ottawa de partager ses futurs surplus avec les provinces, qui se retrouvent presque toutes avec des déficits budgétaires qu’elles peinent à maîtriser en raison de la croissance naturelle du coût des services aux citoyens, ceux en santé surtout, qui battent l’inflation. « Suivez notre exemple », leur répète le premier ministre Harper qui, en plus, leur imposera à compter de 2017 une diminution des paiements de transferts pour la santé et l’éducation.

Le premier ministre du Québec, qu’il s’appelle Pauline Marois ou Philippe Couillard, n’a pas le choix de suivre ce conseil, ce que ce dernier fait toutefois plus intensément. Toutes les pierres sont regardées, tant les budgets des ministères que ceux d’organismes comme les universités, les commissions scolaires. Quant aux contribuables, ils « contribueront » par des augmentations de tarifs ou par des mesures fiscales ciblées, comme pour les bénéficiaires des services de garde.

Le premier ministre québécois réussit assez bien jusqu’ici à faire comprendre la nécessité de ces efforts. Son discours pourra toutefois être reçu de plus en plus négativement à mesure que s’alourdiront des compressions qui se traduiront par des réductions de services. On assistera à un changement de rôle. Tout libéral qu’il soit, Philippe Couillard deviendra le méchant néoconservateur alors que Stephen Harper se fera père Noël grâce à ses surplus budgétaires.

Les mises à jour économiques et budgétaires auxquelles procéderont les deux gouvernements cet automne illustreront les perspectives divergentes qui sont les leurs. À Ottawa, on commencera à dévoiler début novembre le « plan conservateur » électoral qui contiendra, laisse-t-on entendre, de premières baisses d’impôt. À Québec, début décembre, le ministre des Finances, Carlos Leitão, annoncera plutôt de mauvaises nouvelles. En raison d’une baisse de revenus, il annoncera quelques mesures fiscales sans attendre le budget du mois de mars.

Les baisses d’impôt fédérales libéreront un espace fiscal que les provinces pourraient occuper. Elles pourraient ainsi corriger le déséquilibre fiscal existant entre les deux ordres de gouvernement qu’elles dénoncent, mais elles craignent d’en payer un prix politique. Le gouvernement Charest avait hésité par le passé à occuper ainsi l’espace laissé vacant par la réduction de la TPS, pour s’y résoudre plus tard. D’emblée, c’est une voie que le gouvernement Couillard écarte. Pour autant, il ne devrait pas y renoncer. Ce pourrait être une façon de diminuer l’impact des compressions et des réductions de services devenues trop lourdes pour les citoyens.

4 commentaires
  • Pierre Villeneuve - Abonné 16 septembre 2014 08 h 49

    Pourquoi pas?

    Pourquoi les provinces devraient-elles se priver de récupérer l'espace fiscal libéré par le fédéral? En bout de ligne, c'est le citoyen qui paie. Nous payons déjà des impôts au fédéral. Si ce dernier réduit les impôts pourquoi ne pas convertir cette diminution d'impôt federal en impôt provincial? Transferts fédéraux ou transferts citoyens, qu'elle est la différence? Aux citoyens des provinces de décider ce qu'ils veulent comme services publics et d'en établir le financement. De toute façon, le fédéral se désengage de plus en plus du financement des services alors que les besoins augmentent. Pourquoi devrait-il continuer à percevoir autant d'impôt alors que la pression se fait sur les finances des provinces?

  • Gilles Théberge - Abonné 16 septembre 2014 09 h 23

    Le vice fondamental de ce système

    Il est là, bien visible, il s'étale avec une condescendance insoutenable devant nos yeux : «Il n’est toutefois pas question pour Ottawa de partager ses futurs surplus avec les provinces, qui se retrouvent presque toutes avec des déficits budgétaires...».

    C'est ça une fédération? Un gros qui essuie ses pieds sur la plèbe, confinée dans les provinces à qui l'on dit arrangez-vous avec vos problèmes.

    Car il est bien évident que les problèmes des gens ordinaires ne sont pas ceux du pouvoir fédéral, superbe bibitte hautaine et déconnectée de la réalité. Réduction des services, coupures aveugles et imbéciles de toutes sortes etc.

    Vivement qu'on sorte de ce système dysfonctionnel!

  • Jacques Gauvin - Inscrit 16 septembre 2014 09 h 51

    Pourquoi pas, en effet

    C'est exactement ce que j'écrivais, il y a quelques jours, dans ce journal. Occupons l'espace fiscal libéré par Ottawa. Duplessis, que l'on traite de tous les noms, l'a fait en 1953. Daniel Johnson, père, réclamait 100% des impôts. En outre, un Québec indépendant implique évidemment l'occupation totale des champs fiscaux. Ainsi, Harper nous aura rendu un fier service.

    Jacques Gauvin

    • Louka Paradis - Inscrit 16 septembre 2014 20 h 08

      Bonne idée !