La preuve de trop

Il y a de quoi être éberlué face à cette décision de Santé Canada de bannir pour de bon les chasse-moustiques à base de citronnelle. Que l’agence veuille s’assurer de l’innocuité d’un produit va de soi, mais quand innocuité il y a, à quoi sert-il de chercher la bête noire ? Pire encore : cette bête noire existe-t-elle ?

 

Il faut remonter toute la filière des exigences de Santé Canada pour prendre la mesure des incohérences qui entourent la gestion de ces chasse-moustiques issus de la filière des produits naturels et fabriqués par des PME, notamment québécoises.

 

Au tournant des années 2000, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, qui relève de Santé Canada, avait entrepris de revoir les permis d’insectifuges jusque-là accordés. C’est ainsi que les produits à base de DEET, efficaces mais puissants, ont dû abaisser leur concentration.

 

Pour la citronnelle, l’agence avait constaté qu’elle manquait d’études prouvant hors de tout doute son innocuité. Elle décida donc, en 2004, de recommander que le produit ne soit plus reconnu comme chasse-moustiques. La citronnelle peut être utilisée comme aromatisant alimentaire, comme huile essentielle, comme cosmétique, mais pour chasser la mouche, c’est non. Avec des mises en garde quant à la surface ou la durée de l’application comme on le fait pour le DEET ? C’est encore non. Les experts n’en revenaient pas : « Si un étudiant m’amenait un travail de ce type, je le renverrais faire ses devoirs », avait à l’époque déclaré au Devoir un microbiologiste spécialiste de la lutte contre le virus du Nil.

 

Vu l’ampleur de la contestation, les devoirs ont finalement été refaits : en 2005, le dossier était confié à un nouveau comité, formé cette fois d’experts indépendants. En 2006, leur rapport est déposé, mais il ne sera pas rendu public : il faudra que Le Devoir passe par la Loi sur l’accès à l’information pour l’obtenir en 2007. Qu’y lisait-on ? Que Santé Canada faisait fausse route en interdisant le produit, sur la base en plus d’une méthode scientifique douteuse. Fin de l’histoire ? Non. Même avec ce rapport, même en sachant que les États-Unis considèrent le produit sans risque depuis 1948, même si aucun problème n’a jamais été signalé, Santé Canada n’a jamais changé d’avis. Il faut que les entreprises qui fabriquent ce chasse-moustiques lui fournissent des études plus poussées, martèle-t-elle aujourd’hui comme hier.

 

Puisque c’est à n’y rien comprendre, c’est la crédibilité de Santé Canada qui est ici en cause. Mais ce sont des PME qui en subissent les conséquences, pour le plus grand bénéfice de multinationales. Ne nous y trompons pas : on n’est plus dans le principe de précaution, mais bien dans le royaume de l’arbitraire.

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6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 5 septembre 2014 08 h 25

    La logique canadienne

    "Lorsqu'il n'y a pas de problèmes, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problèmes". - Santé Canada
    Il y des jours ou la logique canadienne m'échappe.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 5 septembre 2014 08 h 44

    Gros malaise!

    Il me semble que Santé Canada crée de la diversion pour redorer son blason.Il attire
    l'attention sur une question de moustiques alors qu'il y a bien plus grave:la nocivité
    des O.G.M de Monsato telle que démontrée tout récemment par une étude europé-
    enne indépendante portant sur les effets nocifs apparaissant après 90 jours de nutrition,nocivité que Monsato connaissait et en vertu de laquelle elle aura refusé
    systématiquement toute étude y faisant référence;des apiculteurs de l'Ontario se
    voient obligés d'intenter une poursuite pour démontrer la nocivité sur les butineurs
    des insecticides approuvés par Santé Canada et ses instances.Il y a quelque chose de
    vicié dans la culture philosophique de Santé Canada.

  • Jacques Houpert - Abonné 5 septembre 2014 10 h 02

    Le citron n'a qu'à bien se tenir !

    Après la citronnelle, Santé Canada va-t-elle enfin se pencher sur le cas du citron ? Car enfin, le citron, contrairement à l'orange n'est pas un fruit totalement recommandable. C'est bien connu et largement documenté !

    Parlant citron et citronnelle, une fois partie, Santé Canada ne devrait-elle pas demander à McDonalds de prouver l'innocuité du Big Mac ? Car enfin, c'est bien connu et largement documenté, le Big Mac attire les maringouins et peuvent les rendre malades alors que la citronnelle les repousse sans nuire à leur santé.

  • Claudette B. Bélanger - Abonnée 5 septembre 2014 11 h 30

    Les multinationales!

    "ce sont des PME qui en subissent les conséquences, pour le plus grand bénéfice de multinationales". Quelle est l'influence des multinationales dans cette position de Santé Canada? Y a-t-il du lobbyisme indu?
    Yvan Bélanger

  • Charles Lebrun - Abonné 5 septembre 2014 13 h 31

    Mais...

    Mais savez-vous que votrel siège d'auto pour bébé a une date de péremption? Autrement dit, le plus vieux de la famille était mal protégé???

    Un message de Santé Canada...

    Le résultat du lobying de l'industrie des sièges pour bébé afin de s'assurer que ceux-ci ne servent qu'une seule fois!!!