Le mauvais homme

L'impatience de Gaétan Barrette à clore le dossier de l’étalement des plantureuses augmentations de salaire des médecins se comprend aisément. Depuis son élection, le gouvernement a promis une telle entente. Élément essentiel du retour rapide à l’équilibre budgétaire, elle devait même être signée avant le premier budget Leitao. Lors de son dépôt le 4 juin, on y découvrit que le gouvernement comptait réduire de 255 millions de dollars le poste « services médicaux » du Programme 4 — Régie de l’assurance maladie du Québec. Économies toujours virtuelles ; aucune entente ne les a officialisées. Et le dossier stagne.

 

La cause de ce surplace ? Il faut le dire, c’est, en partie, M. Barrette lui-même. L’homme se retrouve dans une situation absurde où il travaille à défaire ce qu’il avait obtenu de haute lutte pour les spécialistes dont il était encore l’impétueux représentant l’hiver passé. Le tout s’apparente à un conflit d’intérêts ; situation où une personne a du mal à agir de manière équitable. Première possibilité : elle se montrera complaisante face à une partie qui lui aura beaucoup apporté (une indemnité de départ de la FMSQ, par exemple). Second cas de figure : soupçonnée d’être animée d’un préjugé pour cette même partie, elle voudra contrer cette perception en se montrant, dans les faits, intraitable.

 

M. Barrette a paru tomber dans ce travers lors d’au moins un épisode cet été ; lorsqu’il s’est presque réjoui des malheurs de son collègue Bolduc. L’affaire de la prime indéfendable de 215 000 $ nuisait à l’image de tous les médecins et affaiblissait par conséquent la position des fédérations, avait fait valoir M. Barrette ! Ce dernier aurait souhaité saboter la négociation qu’il ne s’y serait pas pris autrement. D’ailleurs, ce type d’analyse cynique et de déclarations à l’emporte-pièce pourrait bien devenir un prétexte commode pour des fédérations de médecins cherchant à éviter de faire les efforts budgétaires qui s’imposent pourtant. L’État du Québec n’a pas les moyens que cette négociation échoue. Les augmentations consenties étaient simplement excessives.

 

Après le budget, en juin, Philippe Couillard aurait dû comprendre que son ministre et ex-président de la FMSQ risquait fort de mener ce dossier à une impasse. Un négociateur externe (comme celui que le gouvernement vient de se donner pour la négociation avec le secteur public), ou encore le président du Conseil du trésor auraient pu prendre la relève. Il n’est peut-être pas trop tard pour retirer le dossier à M. Barrette. Sinon, le gouvernement risque de devoir se résoudre à décréter l’étalement des augmentations ; ce qui pourrait avoir des effets démobilisateurs chez les médecins et dans l’ensemble du système de santé.

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9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 3 septembre 2014 21 h 39

    Citation présidentielle

    "Four more years" - Barack Obama, président des USA.
    (Encore quatre ans - et quatre ans en politique, c'est long longtemps)

  • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 4 septembre 2014 00 h 40

    négociations féroces

    Pour s'attirer le vote des professionnels de tout acabit, le gouvernement libéral de Mr. Couillard a avancé de nombreuses promesses d'augmentation des professionnels et de réduction des frais, taxes et impôts durant la campagne électorale dont ils ont maintenus l'illusion jusqu'à leur ascension au pouvoir. Pourtant, la campagne était déjà annoncée sous un signe d'austérité sous la coupe du "redressement de l'état", héritage malheureux de la réingénérie enclenchée par le désormais tristement célèbre notable Charest.

    En somme, nous voilà moins d'un an après une funeste élection aux prises avec un gouvernement incapable de tenir ses engagements, et s'attirant la foudre et l'yre des masses en coupant dans tout service public et avantage social duement gagné au fil de chaudes luttes. Soit pour les promesses irréalistes qui s'envolent comme poussière au vent, mais qu'en est-il de nos acquis sociaux des 2 dernières décennies ?

    Seulement, pour rajouter l'insulte à l'injure, non content de couper chez le citoyen ordinaire, ce fin renard de couillard prépare déjà le terrain pour la révision des salaires et primes versées aux députés et ministres de son cabinet. Nous apprenions il y a moins de deux semaines que les différents ministres recevaient suffisament de primes pour majorer leurs salaires de 70% à 80%. Qui plus est, nous sommes toujours dans la foulée du scandale Bolduc qui révéla une prime frauduleusement accepté de 215 000$. Autrement dit, Voilà le message de ces nouveaux despotes: Nous avons trop profité, maintenant c'est à vous de payer pour nous garder bien engraissés pour l'hiver...

    Jérémie Poupart Montpetit

    • Chantale Desjardins - Abonnée 4 septembre 2014 07 h 24

      Excellente réponse de M. Poupart surtout que le gouvernement Couillard ne donne pas l'exemple lors du point de presse dans un local loué au lieu de le faire à l'Assemblée nationale. Le comité dirigé par Madame Robillard est inutile et représente une dépense qui va à l'encontre de la réforme monétaire de Couillard. C'est de la pourdre aux yeux dont M. Couillard est un excellent comédien.

    • Gilles Théberge - Abonné 4 septembre 2014 12 h 43

      Les primes à Bolduc n'étaient pas frauduleuses. Mais elle étaient immorales. Et, facteur aggravant, elles lui furent versées en vertu de dispositions qu'il avait lui-même mises en place. C'est ça qui est grave dans l'affaire Bolduc.

  • Pierre Valois - Abonné 4 septembre 2014 08 h 13

    L'expression "argent liquide"

    Je me demandais d'où sortait cette expression d'argent liquide...S'envoie-t-on, derrière la cravate, un p'tit dix onces d'extrait de cinquante... dollars?

    Non. Non. C'est la forme choisie par les médecins pour se faire rémunérer. On les installe sous perfusion, et on remplace les poches d'argent liquide à chaque fois que la précédente est vide. De temps à autre, on ajoute un second soluté, pour les primes d'éloignement. Ou un troisième pour les primes de prises en charge de patients.

    Et c'est pouquoi il est si facile, comme dans le cas de M. Bolduc de restituer ses primes: c'est de l'argent liquide.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 4 septembre 2014 08 h 36

    Tout ça...

    ... au moment de cocher la case, lors du dernier scrutin, on le savait déjà. Tous.
    C'était placardé sur les murs - et pas seulement ceux des hopitaux - et gros comme ça encore. Fait que...

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 4 septembre 2014 12 h 16

      ...fait que nous avons un système électoral vraiment pourri?

      Il ne devraient pas être majoritaires.

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 4 septembre 2014 12 h 16

      ...fait que nous avons un système électoral vraiment pourri?

      Il ne devraient pas être majoritaires.

  • Louise Poulin - Abonnée 4 septembre 2014 21 h 35

    Fa que...

    informons-nous et lisons les programmes des partis politiques au cas ou les politiciens mettraient en place leurs programmes.