La faute aux autres

L'enquête administrative sur la triple évasion de la prison d’Orsainville en juin dernier servira, écrivait-on dans cette page le 18 juin, « plus à noyer le poisson pour protéger la ministre Thériault et le gouvernement qu’à faire la lumière ». À la lecture de la déclaration faite mardi par la ministre sur les conclusions tirées par l’enquêteur Michel Bouchard, un ancien sous-ministre de la Justice, on ne peut que penser que ce propos était prémonitoire.

 

Du contenu de ce rapport qu’elle vient de recevoir, la ministre a fait valoir mardi qu’elle ne pouvait rien révéler. Il lui faut protéger les procédures judiciaires contre les trois évadés et contre les personnes qui ont facilité ces évasions.

 

Pourtant, à l’annonce de cette enquête en juin, elle avait assuré que le contenu du rapport serait divulgué, sauf pour les lacunes de sécurité identifiées dans certaines prisons. Une autre fois, il faut constater que dans cette affaire d’évasion, elle a parlé avant de réfléchir. Il allait de soi que l’essentiel du rapport sur les circonstances des évasions ne pourrait, en raison des poursuites pouvant suivre, être rendu public. Chose que devrait savoir tout ministre de la Sécurité publique.

 

De ce rapport de Me Bouchard, tout ce que le public a eu droit mardi a été un résumé de deux pages. On n’apprend donc rien sur les responsabilités des uns et des autres, sinon que le ministère de la Sécurité publique n’avait pas tiré de leçon de l’évasion par hélicoptère survenue à la prison de Saint-Jérôme le 17 mars 2013, ce dont on se doutait. L’enquête administrative interne du ministère a été complétée 15 mois plus tard, soit un mois après les événements d’Orsainville. Une insouciance qui confine à de la négligence et témoigne de l’état d’esprit prévalant dans le système correctionnel québécois.

 

Le seul élément du rapport que la ministre a bien voulu citer mardi a trait à sa gestion de la crise provoquée par ces évasions à laquelle elle a elle-même contribué par des déclarations qui, selon l’heure et le jour, variaient, voire se contredisaient. Sa démission avait été demandée par l’opposition après qu’elle eut fait porter le blâme, erronément, sur le juge Louis Dionne pour avoir abaissé la cote de sécurité attribuée aux trois évadés. Selon l’enquêteur Bouchard, « certaines informations erronées, incomplètes ou imprécises » qui auraient dû être vérifiées au préalable par la SQ ou les fonctionnaires avaient été acheminées à la ministre, rendant la gestion de la crise plus difficile. Donc Lise Thériault n’aurait rien à se reprocher. Ce n’est pas ce que Me Bouchard a écrit, mais c’est ce que la ministre peut prétendre. Elle échappe au blâme, mais Me Bouchard pouvait-il la blâmer ? Poser la question, c’est y répondre.

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5 commentaires
  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 3 septembre 2014 07 h 34

    De la bouillie pour les chats ....

    Quel scénario monté de toutes pièces pour tenter de réparer les pots que la ministre a cassé durant cette crise ..... Ce gouvernement nous prend pour des demeurés .....

  • Gaston Bourdages - Abonné 3 septembre 2014 07 h 50

    Vous saviez, Monsieur Descôteaux, que madame la....

    ...ministre est aussi responsable de la gestion de ces lieux où règne en quasi «maîtresse» une maladie aussi répandue que la peste de monsieur Camus ? Votre titre, à lui seul, la diagnostique. Vous avez une idée de ce à quoi je fais mention ? Il s'agit de «La Stacause». C'est d'ailleurs au pénitencier que j'ai été invité à prendre conscience que j'en souffrais. Oui, «Stacause des autres». N'étant pas abonné, je n'ai lu, au complet, votre «papier» Le titre est si évocateur de ce qu'il est possible de nommer: la déresponsabilisation. Combien et comment difficile, semble-t-il, de faire preuve de son antonyme ! Une vertu semble aussi y être nécessaire voire essentielle et pertinente pour en faire preuve: l'humilité. «Pis» l'humilité...«ça» ne se vend pas en prison.
    Gaston Bourdages,
    «Pousseux de crayon sur la page blanche» et aussi auteur d'un ouvrage déposé en avril à La Commission Charbonneau.
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.

  • Gilles Delisle - Abonné 3 septembre 2014 08 h 22

    Les incapables!

    Quelques mois de pouvoir, et déjà, on a eu droit aux élucubrations de plusieurs incompétences ministérielles: Yvon Bolduc, bien évidemment, Lise Thériault, Christine St-Pierre, Pierre Moreau, etc. On s'en doutait, bien sûr, mais les Québécois ont voté pour ceux-là le 7 avril dernier!

  • Leclerc Éric - Inscrit 3 septembre 2014 11 h 50

    Ils sont payés pour gérer la SQ

    Ils se fichent des prisonniers, mais quand se produit une évasion comme celle survenue en juin, tout d'un coup, vite! La sûreté du Québec et les corps policiers en renfort, doivent donner le maximum en peu de temps, pour que le ou la ministre ne fasse pas mal paraître le gouvernement face à la sécurité de la population.

    Ne me faites pas croire que la pétillante Lise Thibault possède le tonus nécessaire (même si elle a fait semblant de faire peur à Gérard Cyr en commission parlementaire sur les problèmes de syndicats dans le secteur de la construction),
    pour gérer des crises semblables survenues à Orsainville cet été!

    Même Claude Poirier pourrait lui en apprendre sur le milieu carcéral...

  • Michèle Cossette - Abonnée 3 septembre 2014 13 h 58

    Syntaxe

    ..tout CE À QUOI le public a eu droit...