Bravo, mais…

Lorsque, au lendemain du grabuge survenu à l’hôtel de ville, le chef du Service de police de la Ville de Montréal, Marc Parent, avait annoncé qu’une équipe d’enquête serait vite mise sur pied pour revisiter les événements, le scepticisme était total. Scepticisme bien fondé puisque non seulement le SPVM devait, en partie, enquêter sur lui-même, mais qu’en plus les policiers nous ont bien démontré dans le passé leur indulgence face aux débordements quand leurs propres intérêts sont en jeu — vif contraste avec leur courroux quand il s’agit d’éléments qu’eux jugent perturbateurs, comme les étudiants.

 

On s’attendait donc à voir le dossier traîner, puisqu’au final, il n’en sort pas grand-chose.

 

Et pourtant, dix jours après les fâcheux événements, des annonces sont faites qui, en plus, ne manquent pas de vigueur : des dizaines de personnes accusées au criminel le jour même, encore plus faisant l’objet d’une enquête disciplinaire, avec suspension sans salaire pour les deux tiers des 63 employés visés. Du côté policier, dont l’inaction le 18 août a été critiquée de toutes parts, des agents et des cadres sont aussi rencontrés pour manquement disciplinaire. Et que ce soit en matière criminelle ou administrative, les enquêtes ne sont pas finies.

 

Il y a longtemps qu’on n’a pas vu des semonces aussi imposantes, et l’annonce, faite un vendredi, la veille d’une longue fin de semaine, a visiblement pris de court les syndicats.

 

Il est heureux en soi que les paroles aient été suivies d’actes. Cela compte d’autant plus que le lien de confiance à rétablir envers les autorités de cette ville est un véritable enjeu. Les élus ne peuvent plus laisser faire n’importe quoi, et la prise de possession de l’hôtel de ville par des manifestants en fait partie.

 

De son côté, le SPVM a perdu une telle crédibilité aux yeux d’une grande partie de la population depuis le printemps érable qu’il lui faut prouver qu’elle n’a pas pour seule jauge le deux poids, deux mesures. Les explications données vendredi par le chef Marc Parent laissent croire que le travail est mené avec sérieux, en collaboration étroite avec le directeur des poursuites criminelles et pénales et un juge de la Cour du Québec.

 

Les sceptiques ne sont pas pour autant totalement confondus. La solidarité des policiers présents à l’hôtel de ville avec les émeutiers ce soir funeste, le fait même qu’ils partagent une cause commune avec les manifestants imposaient que la Sûreté du Québec se charge de l’enquête. On en serait peut-être arrivés au même résultat, mais avec l’apparence d’impartialité en plus et en coupant court à tout soupçon d’ingérence politique que les syndicats ne manqueront pas de soulever. Or à Montréal, l’ère des soupçons a assez duré.

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12 commentaires
  • Jacques Roussel - Inscrit 30 août 2014 08 h 12

    L'arroseur arrosé !

    Le plus cocasse dans cette affaire c'est que si les policiers avaient fait leur travail, aucunes de ces accusations n'auraient été portées !

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 août 2014 08 h 30

    En effet : cela a assez duré.

    Ce que madame Boileau suggère plutôt lourdement, c'est que la solidarité syndicale empêche les employés municipaux soit de faire leur travail, soit de respecter la loi. Or dans ces deux cas, les syndicats ne défendront que le droit de présenter une défense, droit qu'on leur nie depuis la survenue des événements en parlant de saccage, d'actes sauvages et en brandissant les menaces de congédiement.

    Comme si cela ne suffisait pas, elle met aussi en cause la capacité de la direction de la police de Montréal de s'acquitter de ses devoirs d'intervention, de sanction, d'enquête et cela sous le prétexte que des bavures ont été effectivement commises lors du printemps érable.

    On peut bien se déguiser en Capitaine Bonhomme pour mettre de la bonne humeur dans l'expression de son mépris, mais la justification d'un transfert de l'enquête à la SQ est si ténue qu'on la chercherait en vain sous cette moustache de sagacité d'emprunt.

    En effet, l'ère des soupçons a assez duré.

  • André Michaud - Inscrit 30 août 2014 09 h 52

    la loi pour tous

    On l'a assez dit et redit aux jeunes pendant le printemps des manifs de type anarchiste qu'il faut respecter les lois qui sont là pour tous, quand ce sont des policiers ou pompiers la loi doit aussi s'appliquer..

  • Luc Lepage - Abonné 30 août 2014 09 h 55

    La culture corporatiste

    Un changement de mentalité est nécessaire au Québec. Il faut sortir de la culture corporatiste et s'enligner sur un vivre ensemble. Jouer les gros bras n'est pas acceptable dans une société démocratique et tous ces huluberlus qui font maintenant face aux sanctions, à ce que je sache, mangent tous à leur faim. En attendant d'en être là, il y a d'autres moyens de faire valoir son point de vue.

  • Jacques Patenaude - Abonné 30 août 2014 09 h 59

    Comdamné d'avance

    Ce texte démontre qu'en matière de droit nous sommes loin de l'État de droit supposément un grand acquis de nos démocraties.

    Il y a quand même quelques questions dont nos média ne parlent pas. Les policiers en devoir ont-ils reçu ordres d'intervenir? quels étaient ces ordres? Le maire Coderre a-t-il demandé l'intervention des policiers en devoir lorsque la situation a dégénérée? Devait-il le faire selon le protocole d'intervention en vigueur? Quel a été le rôle du directeur du SPVM lors de cet événement? Ses enquêteurs ont-ils le mandat d'enquêter sur cela?

    Il me semble que ce sont aussi des questions qui doivent être éclaircie et qu'on néglige de poser. La pendaison médiatique de manifestants n'est pas exactement ce dont on s'attend du «quatrième pouvoir» de notre chère démocratie.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 août 2014 15 h 27

      Le verdict du capitaine bonhomme, monsieur.

    • lise pelletier - Inscrit 30 août 2014 22 h 29

      Est-ce moi qui visionne mal mais lorsque l'on montre la vidéo lors des nouvelles, je ne vois aucun verre lancé et aucune vitre se faire briser.
      Seulement du papier qui vole et s'éparpille.

      Quelques casseurs auraient-il été invités à la danse si effectivement il y a eu bris.

      Et entendre le maire Coderre répéter que la démocratie a été violée ainsi que l'hôtel de ville.

      Le mot "viol" n'est pas pour moi un mot à galvauder sur toutes les tribunes.