Faut-il y croire?

Un accord de cessez-le-feu dit de long terme a été signé par les délégations israélienne et palestinienne sous l’égide des Égyptiens. À l’instar de ceux qui avaient été signés en 2009 et 2012, il est brumeux dans les termes. Autrement dit, fragile.

Le chapelet d’ententes avortées entre les parties évoquées est si touffu que la dernière d’entre elles a été traitée jusqu’à présent comme il se doit : avec une forte dose de scepticisme. Il en est pour l’instant ainsi, tant aux États-Unis qu’en Europe, pour la bonne et simple raison que l’impression que les acteurs ont signé par défaut, sans conviction, est très, très marquée. Et d’une. Et de deux, aucun des sujets qui fâchent, soit les plus lourds de conséquences, n’a été abordé. Plus exactement, ils ont été reportés. Reprenons.

 

Signé par défaut… Dans les jours ayant suivi le début de la guerre, le 8 juillet dernier, 82 % des Israéliens soutenaient l’action du premier ministre Benjamin Nétanyahou. Au cours des deux dernières semaines, ce soutien s’est réduit comme une peau de chagrin, à 38 %. Ce désamour, si l’on peut dire les choses ainsi, est attribuable au constat suivant : le nombre de morts a dépassé celui qui avait été enregistré lors de la guerre au Liban en 2006. Ensuite ? Le Hamas est plus efficace qu’antérieurement sur le plan militaire. Enfin, la majorité des Israéliens voyaient poindre la rentrée scolaire — la semaine prochaine — avec un sentiment d’angoisse très appuyé.

 

Dans un entretien accordé au quotidien Le Monde, Daniel Lévy, spécialiste du Proche-Orient au sein du Conseil européen des affaires étrangères, assure que « Nétanyahou a senti qu’il était de plus en plus affaibli […] et que le temps des compromis était venu. Venir à bout de la bande de Gaza aurait coûté beaucoup de temps et de vies et lui aurait été fatal politiquement, tant sur le plan interne qu’international. »

 

À l’instar de Nétanyahou, le Hamas n’avait plus rien à gagner car il a gagné sur l’essentiel. En effet, au sein de l’univers palestinien, ni Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, ni le Djihad islamique, concurrent plus que direct du Hamas, n’ont pris l’ascendant sur ce dernier. Bien au contraire, il a refait le plein d’appuis populaires en jouant jusqu’à plus soif la pièce du martyr, alors que, avant le 8 juillet, son étoile avait passablement pâli. D’autant que, à la suite des aides accordées aux rebelles sunnites en Syrie, l’Iran avait décidé de l’abandonner. Qui plus est, on se souviendra que, pour le gouvernement égyptien, qui a arbitré les négociations entre toutes les parties, le Hamas était l’ennemi à abattre car très proche des Frères musulmans.

 

Aujourd’hui, donc, la traduction dans les faits que suppose tout cessez-le-feu se poursuit. Mais bon… Il est une copie quasi carbone de ceux qui avaient été signées en 2009 et 2012 et qui n’avaient pas été respectés. On comprend d’ailleurs bien que le secrétaire d’État américain, John Kerry, ait qualifié le dernier en date « d’une occasion qui n’est pas une certitude. » On comprend également bien que le ministre égyptien des Affaires étrangères soit resté dans le vague en parlant « d’aspirations du peuple égyptien », sans plus de précision.

 

Cette pudeur des uns et des autres est largement attribuable à un déficit de conviction. Mais encore ? La ribambelle d’échecs antérieurs n’est pas propice à un traitement enthousiaste du dernier cessez-le-feu. Il est vrai que, si les fusils se sont tus, aucun progrès n’a été noté sur les gros sujets. Concrètement, la fin du blocus économique de Gaza, la démilitarisation du Hamas, la construction d’un aéroport, la libération des prisonniers palestiniens et autres dossiers sensibles doivent être discutés plus tard.

 

Si pour ces derniers des solutions ne sont pas trouvées, alors un nouveau cycle de violences surgira de l’enfer de l’Histoire.

9 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 août 2014 06 h 45

    … croire ?

    « Il est une copie quasi carbone de ceux qui avaient été signées en 2009 et 2012 et » (Serge Truffaut, Le Devoir)

    Bien que ce cessez-le-feu soit, possiblement, un « copié-collé » d’ententes antérieures et que les intéressés maintiendraient leur position respective, il demeure qu’Israël fait face à un ennemi qui, articulé, organisé et alimenté de l’extérieur (le Hamas), dépasse ses frontières, et même le Proche-Orient.

    Ce « dépassement », nécessitant continuellement ajustement politico-militaire et diplomatie internationale, risque quelques surprises inattendues si personne n’envisage une paix durable ou si la Communauté internationale ferme ses yeux !

    Entre-temps, qu’espérer …

    … croire ? - 28 août 2014 -

  • Nicole Bernier - Inscrite 28 août 2014 07 h 22

    M. Truffaut, pourquoi vous ne parlez pas de la seule chose importante et différente de cette 3e guerre...

    Historiquement, les conflits entre le Fatah, le Hamas et les djihadistes islamiques ont toujours été le talon d'Achille des Palestiniens , alors que la solidarité de la gauche et de la droite, même les plus extrémistes, en Israël, était inébranlable... Israël en sortait toujours plus fort et plus unifié, ce qui n'est pas le cas, cette fois-ci... Au contraire, la stratégie que l'aile politique du Hamas et du Fatah (il y en a encore qui pense qu'il n'y a pas de branches armées clandestine parmi les défenseurs du Fatah) avec les djihadistes (plusieurs petits groupes qui ont accepté le leadership Ramadan Shallah) ont choisi la stratégie du Tribunal international et ils se sont comportés avec plein de retenus pour laisser Israël se compromettre par une violence disproportionnée... Actuellement, pour la première fois de leur histoire, les Palestiniens ont serrés les coudes, ensemble, autour d'une même stratégie politique: accumulées des preuves selon les règles du Tribunal international..

    On retrouve souvent, dans les analyses stratégiques des guerres anciennes, l'affirmation que si tu ne peux pas vaincre le conquérant parce qu'il est trop puissant, il faut miser sur son arrogance pour qu'il s'autodétruise... Il suffit de le picosser et, à un moment donné, il va commettre la grande erreur qui va le détruire lui-même... Les roquettes, c'est du picossage qui irrite le Géant car elles font la preuve, aux yeux de tous, que le peuple palestinien va continuer à survivre et à revendiquer un pays..

    • Paul Gagnon - Inscrit 28 août 2014 21 h 18

      Selon Madame Bernier le but du "picossage" du Hamas est d'amener Israël à s'autodétruire. Est-ce que cela à fonctionner? Pas encore, alors il faudra recommencer et recommencer. Et tant pis pour les 2070 et quelques gazaouis qui sont mort pour faire la une des journaux pendant des semaines (ne parlons pas des quelques 70 israéliens qui ne comptent évidemment pas, pensez seulement 70, peuh, des "peanottes"). Tous ces gens étaient des volontaires, il va sans dire, surtout les enfants. Ainsi va le monde aujourd’hui, comme hier : faire payer par des innocents les crimes des grands! De tous les grands! De tous les côtés Comme diraient les "analystes stratégiques des guerres anciennes".

      La froideur de madame Bernier dans ses commentaires donne toujours froid dans le dos…brrrrr Tous est tellement simple pour une personne à l’esprit manichéen qui croit que le monde est soit blanc, soit noir, alors qu’il est gris, gris sale.

    • Nicole Bernier - Inscrite 29 août 2014 09 h 15

      Premièrement, je n'ai jamais dit qu'il fallait détruire Israël....(à moins que de reconnaître que les Palestiniens ont droit à leur territoire tracé de 67 et qu'ils n'ont pas le droit de résister à l'occupation israélienne, c'est vouloir détruire Israël)

      Et, moi, ce qui me donne froid dans le dos, c'est quand vous dites:
      "il faudra recommencer et recommencer. Et tant pis pour les 2070 et quelques gazaouis qui sont mort pour faire la une des journaux pendant des semaines (ne parlons pas des quelques 70 israéliens qui ne comptent évidemment pas, pensez seulement 70, peuh, des "peanottes")."

      C'était simple en 1967, si les Israéliens avaient accepté de respecter le droit international, si les Israéliens avaient pu se contenter de rester sur leur territoire et même d'occuper la Palestine, mais sans pour autant s'accorder unilatéralement le droit de coloniser la terre de l'autre peuple....

      Alors ce sont les Israéliens qui ont construit une situation machiavélique où ils vont devoir reculer pour avoir peu à peu gruger le territoire de l'autre... À un moment donné, les pauvres Israéliens qui ont cru les manipulations de leurs leaders en leur vendant l'idée que cette terre leur appartenait devront payer le prix de la conquête injustifiée.

    • Paul Gagnon - Inscrit 29 août 2014 11 h 44

      Vous n'avez pas dit directement qu'il fallait détruire Israël, mais vous savez bien que c'est ce que visent vos amis "picosseux" du Hamas...

      Quand vous citez un extrait de mon commentaire, vous savez bien que je fais de l'humour noir sur votre histoire de picossage qui consiste à amener Israël à s'autodétruire : il s'agit du coût qu'on fait payer aux innocents (à moins qu'on préfère les considérer comme des martyrs, involontaires bien sûr pour les enfants).

      Quand vous dites : "À un moment donné, les pauvres Israéliens qui ont cru les manipulations de leurs leaders en leur vendant l'idée que cette terre leur appartenait DEVRONT PAYER LE PRIX DE LA CONQUÊTE INJUSTIFIÉE.", n’est pas la même chose que de dire qu’ils devraient être rejetés à la mer (sinon exterminés) ?

      D’un autre côté que promettez-vous aux pauvres palestiniens qui croient aux promesses des islamistes du Hamas : qu’ils vont, une fois Israël éliminé, connaître les fruits de la liberté ? Cela me rappelle curieusement les promesses non tenues du communisme d’un paradis sur terre. Il est vrai que pour les "religieux" le paradis n’est pas sur cette terre de granite. Un paradis où les martyrs mâles obtiendront 42 et quelques vierges, et les femmes rien comme ici-bas. Curieux phantasme quand on y pense !!!

      Il ne s’agit pas, pour moi, de justifier Israël mais bien de ne pas tout voir en noir et blanc, pas plus qu’en rose ou en rouge sang. Toute l’histoire de l’humanité est parsemée de violence. Si on veut corriger les injustices du PASSÉ on devra refaire la carte du monde plusieurs fois, un nombre indéfini de fois en fait. Pour le Hamas, il s’agit moins de corriger une injustice que d’en commettre de nouvelles. On peut dire la même chose des extrémistes israéliens. Pour moi c’est kif-kif. Ce sont tous des semeurs de haines…

  • Denis Paquette - Abonné 28 août 2014 08 h 37

    Une société unique?

    Faut il que le vainqueur fasse la démonstration qu'il est le plus fort et que le perdant se soumette par désespoir, est-ce, ce que l'on appelle une civilisation, quatre milles ans que ca dure et l'on parle de société unique

  • michel lebel - Inscrit 28 août 2014 09 h 49

    Mieux...

    Mieux vaut cette entente que la continuité de la guerre!

    M.L.

  • Denise Lauzon - Inscrite 28 août 2014 11 h 03

    N'oublions pas l'objectif principal de l'Etat juif

    Le plus grand objectif du gouvernement israélien dirigé par Netanyahu est d'éviter à tout prix une entente définitive avec les Palestiniens, une entente qui pourrait mener à deux États distincts. Son prédécesseur Ariel Sharon jouait le même jeu politique de prétendre souhaiter cette paix alors que le but visé consistait à étirer le temps ou disons faire diversion pour en arriver à expandre les colonies en Cisjordanie de façon à occuper éventuellement tout ce territoire. Disons qu'ils avancent très vite vers cet objectif.