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Ni vide ni plein

Puisqu’il est question d’eau, autant recourir à l’imparable verre : le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection présenté mercredi par le gouvernement libéral est soit à moitié vide, soit à moitié plein. Mais il n’étanchera pas la soif d’une solution vraiment axée sur le développement durable.

 

Le verre est à moitié plein parce qu’un règlement vient au moins d’être adopté. Laissé seul devant les velléités d’exploration des pétrolières et des gazières, le milieu municipal réclamait depuis des années que Québec édicte des règles pour protéger les sources d’eau potable. Par précaution, quelque 70 municipalités avaient adopté leur propre réglementation, mais à la première contestation judiciaire (qui a opposé Pétrolia à Gaspé), un juge a indiqué que la Loi sur les mines prévalait sur les dispositions municipales. Il fallait agir, et tant sous les libéraux que les péquistes, Québec avait trop tardé.

 

Le verre est encore à moitié plein parce qu’il laisse une marge de manoeuvre aux villes pour protéger leurs eaux souterraines. Un site de forage devra être distant d’au moins 500 mètres de celles-ci, mais cette zone tampon pourra atteindre deux kilomètres si une étude hydrogéologique en démontre la nécessité. Pour mener ladite étude, le gouvernement offre du soutien technique et financier aux municipalités. Bravo… si l’argent suit, comme le dit la Fédération québécoise des municipalités. Une méfiance justifiée en ces temps d’économies tous azimuts !

 

Le contenu du verre, c’est encore cette obligation faite aux compagnies de dresser la liste, jusqu’ici secrète, des liquides utilisés pour forer, et de s’engager à vérifier la qualité des eaux pendant 10 ans après la fermeture définitive de leurs puits.

 

Mais le verre ne déborde pas non plus ! Le maire de Ristigouche-Partie-Sud-Est, lui, ne le voit encore moins qu’à moitié vide. Le nouveau règlement ne change en rien la poursuite de 1,5 million que Gastem a intentée contre le village, dont le budget annuel s’élève à 275 000 $, même si l’entreprise y a abandonné ses travaux. L’abus est flagrant. Il restera unique puisque le règlement québécois remplacera désormais ces règles adoptées de ville en village. Mais qu’on écrase ainsi une communauté qui, face au vide juridique, a voulu préserver sa qualité de vie, que Québec ne trouve rien à y faire, n’a aucun sens.

 

Et justement, le verre est à moitié vide parce qu’il y a un grand absent de toute cette quincaillerie juridique : l’acceptation sociale. Les maux de l’exploration et de l’exploitation ne touchent pas que l’eau. Leurs impacts environnementaux à long terme sont inconnus. Quant à la quiétude des habitants, elle n’entre jamais dans aucun verre, qu’il soit vide ou plein.

2 commentaires
  • Josée Duplessis - Abonnée 24 juillet 2014 06 h 31

    La vie

    Vous avez bien dit ''la vie''
    Quand les dirigeants de compagnie viendront vivre à 500 mètres d'un puits de forage là on pourra dire que c'est sans danger mais avant, on peut se permettre d'en douter.
    On n'avance pas d'un centimètre. La vie perd son sens et son importance.
    C'est aussi ça le drame de notre société.
    Le droit d'un individu prime sur le collectif encore une fois.
    L'appât du gain sur la vie.
    Mais qu'est-ce l'on fait de cette vie? Du temps seulement. Du vide pendant que le 1% se paie notre tête.
    Le pouvoir du groupe quand il décide d'avoir un but commun est plus fort que ce 1% si on s'y met.

    • Bernard Plante - Abonné 24 juillet 2014 09 h 56

      Tout-à-fait d'accord avec vous!

      Il serait grand temps de le réaliser et de se remettre en marche.