De l’indifférence

Entamé il y a des années et des années de cela, l’exil des chrétiens d’Orient se poursuit dans l’indifférence quasi générale et dans des conditions qui sont au fond la copie carbone de celle-ci. Mais encore ? Ce drame se poursuit dans l’urgence, la peur au ventre et avec une forte dose, on l’imagine aisément, d’amertume. Toujours est-il que les chrétiens d’Irak sont ces jours-ci le sujet des outrances barbares des fous de Dieu qui se sont fédérés au sein l’Émirat islamique (EI) dirigé par Abou Bakr al-Baghdadi, qui s’est autoproclamé calife Ibrahim.

 

Habité par la négation du progrès, des lumières, par la haine de l’autre, de l’infidèle, ce dernier a servi un avertissement d’une rare férocité aux milliers de chrétiens vivant à Mossoul, deuxième ville en importance d’Irak : soit vous vous convertissez, soit vous payez un impôt particulier, soit vous déguerpissez, soit on vous égorge. On notera et on retiendra que le calife en question reprend à son compte, et surtout à l’identique, les inflexions sauvages de ceux qui avaient imposé leur régime de terreur aux quatre coins de la Méditerranée il y a des siècles de cela.

 

On notera également que ce qui se passe aujourd’hui en Irak s’observe partout au Proche comme au Moyen-Orient. On sait qu’en Égypte, les Coptes sont l’objet d’une discrimination juridiquement établie par l’État central en plus d’être les victimes d’une violence constante qui est souvent la conséquence de rumeurs. En Syrie, en Jordanie, en Algérie, bref partout dans cette région du monde, les chrétiens sont les victimes de racisme, et de tout ce que cela suppose, entretenu, voire érigé en vertu, par l’État. Par exemple, en Arabie saoudite, prier en public est frappé d’interdit, donc prétexte à une punition.

 

Cette guerre à la chrétienté d’un nouveau genre est la traduction d’un changement commandé par les religieux. Les catholiques d’Irak et d’ailleurs, ainsi que les Coptes d’Égypte ne sont plus considérés comme « le peuple du livre » mais bien comme des apostats, des athées, des infidèles. Pour les sunnites, ces chrétiens doivent donc être soumis à l’oppression à laquelle les chiites hors d’Iran, du Liban et d’Irak sont assujettis.

 

Cela souligné, les chiffres afférents sont sidérants. En Irak, à la veille de l’offensive américaine de 2003 il y avait 1,5 million de chrétiens. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 400 000. En Syrie, dans la foulée de la guerre civile leur communauté s’est réduite à une peau de chagrin. Au Liban, ils formaient la majorité. Présentement, ils sont la minorité. Pour faire court, c’est dans cette région du globe que le nombre de chrétiens est le plus faible. Et ce, parce que leur exode ne suscite rien d’autre que l’apathie du monde.


 
7 commentaires
  • Louise Melançon - Abonnée 23 juillet 2014 08 h 03

    Un silence complice?

    Je faisais la remarque à une amie, hier... ce qui se passe contre les chrétiens d'Orient se fait dans le silence... indifférence du monde politique international.Est-ce un consentement?.... une apathie devant la reprise des guerres de religions nouvelle manière?

  • Paul Gagnon - Inscrit 23 juillet 2014 10 h 18

    Indifférece ou calcul

    Et surtout pas celle des chrétiens d'Occident qui préfèrent s’investir dans « l’interreligieux », s’alliant ainsi aux islamistes, chez-nous, afin mieux de combattre ensemble la laïcité. Ainsi ne sommes-nous pas exempts, à terme, d’un retour des guerres de religions dans nos terres!

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 23 juillet 2014 13 h 20

    L'apathie du monde

    Une apathie étonnante, surtout en Europe et en Amérique du Nord. Serait-ce parce que ce sont des chrétiens qui sont ostracisés, et loin de nous de surcroït ? Mais ne voit-on pas que bientôt ce sera ici et en Europe que tous les non sunnites seront obligés de se convertir à l'islamisme, sous peine d'être trucidés ou de déguerpir de leur continent ? Car, comme l'écrit M. Truffaut, même les chiites ailleurs qu'en Iran n'échappent plus à la razzia sunnite dirigée par l'Émirat islamique. Que voilà un nouveau né très rapidement devenu dangereux !

    • Gaétan Fortin - Inscrit 23 juillet 2014 16 h 52

      Les non-sunnites ne sont pas forcément des intolérants.
      Ni la Syrie des Assad ni l'Irak de Sadam ne toléraient
      les discriminations religieuses.

      Bien sûr, c'étaient loin d'êtres de modèles de démocratie.

    • Gaétan Fortin - Inscrit 23 juillet 2014 17 h 05

      Mon commentaire n'étant pas encore disponibible, je tiens à préciser
      que si Sadam était bien sunnite, Assad est, lui, chiite.
      Mais leur parti commun - le Baas - était bien laïc.
      Fondé par un chrétien (Michel Aflak) et un musulman (Salah ben Eddine).

  • Jean-Marc Simard - Abonné 23 juillet 2014 14 h 39

    Des voix qui crient dans le désert...

    Le désert c'est l'aveuglement volontaire de ces guerriers de l'Islam qui forcent, au nom de leur dieu, l'extinction des voix chrétiennes qui crient leur droit à l'existence . Leur action n'a plus rien à voir avec le Dieu des Chrétiens qui est un Dieu qui donne son amour pour faire la vie...J'avoue avoir grandes difficultés à comprendre la logique qui guide la violence de ce nouveau groupe d'extrémistes islamistes du EI. Leur comportement n'est certainement pas guidé par le Dieu que je connais, qui, s'il fait la vie, ce n'est pas pour chercher à la détruire... Il serait absurde qu'après avoir pris au delà de 3.7 milliards d'années pour faire émerger la Vie de la matière, Dieu cherche à la détruire une fois arrivée à son apogée...Dieu refuse la logique de la violence et rend toujours le bien pour le mal...Mais faut croire que le mal que propage les Islamistes de l'Émirat islamique ou de Boko Haram s'enflamme de lui-même par la persistance d'une fausse croyance davantage guidée par le Malin que par le Divin...Je ne croyais pas à l'existence du diable. Mais quand je vois ces groupes prendre Dieu comme otage pour justifier leurs méfaits, j'en pleure, et je crois que le malin existe vraiment... Sincèrement, je ne vois pas comment sortir l'humanité du bourbier dans lequel semble vouloir nous enfermer cette quête du pouvoir mondial absolu, sans que leur violence n'entraîne une réaction encore plus violente de la part des Chrétiens...Serions-nous arrivés à l'heure où la confrontation finale entre le mal et le bien doit se faire, tels que mentionnés dans les Saintes Écritures...Je ne suis pas superstitieux étant plutôt rationnel. Mais quand je regarde ce qui se passe actuellement dans le monde, je me pose de sérieuses questions sur la suite et le pourquoi des événements qui se déroulent actuellement...Ont-ils un sens caché ?

  • Rafik Boualam - Inscrit 23 juillet 2014 20 h 00

    Les tensions

    Elles font des victimes dans tous les groupes religieux. Ces tensions inter religieuses sont instrumentalisees pour des raisons stratégiques et économiques. On a vu l'armée égyptienne simuler des attaques contre les chrétiens pour laisser entendre que ce sont les sunnites qui se sont attaqués aux chrétiens, très commode. Des communautés chrétiennes et musulmanes ont vécu pendant des siècles en bonne intelligence, jusqu'au moment où pour des raisons lies au sous sol (pétrole) et de géopolitique on vienne leur dire qu'ils sont en fait des ennemis.