Le privilège

La valse des amendes, lourdes mais justifiées, infligées par les autorités américaines aux banques des États-Unis et d’ailleurs se poursuit. Lundi, le ministère de la Justice a imposé à Citigroup un châtiment financier totalisant 7 milliards pour avoir « roulé dans la farine » des consommateurs de crédits immobiliers. En tout, le trésor américain a récolté 50 milliards pour la seule année 2013. Cela rappelé, un épisode très récent du dossier a mis en lumière, une fois encore, le constat formulé autrefois par l’ex-président français Valéry Giscard d’Estaing : le dollar est « l’exorbitant privilège ». La française BNP vient d’en faire les frais.

 

En effet, ce mastodonte a été épinglé pour des motifs qui n’ont rien de commun avec ceux brandis pour pénaliser les établissements américains. Dans le cas de ces derniers, toutes les fautes commises ont « produit » la crise de 2008. Dans le cas de la BNP, les fautes sont liées aux transactions commerciales avec l’Iran, Cuba et le Soudan de produits libellés en dollars US. Autrement dit, de marchandises qui s’achètent et se vendent avec le dollar comme monnaie unique. On pense notamment au pétrole, aux avions, à l’or, etc.

 

Selon les autorités américaines, la BNP, ainsi que les deux plus importantes banques allemandes et l’italienne UniCredit, qui sont dans la ligne de mire des premières, ont contourné l’embargo décidé par Washington contre les trois pays nommés. Ce faisant, en imposant à des banques étrangères des punitions pour le troc de biens effectué avec le recours du dollar, l’administration américaine s’est arrogé un droit sur l’extraterritorialité. Selon une enquête du journal Le Monde, ce manège a pris vraiment de l’ampleur au milieu des années 2000. Pire, il laisse entrevoir une inféodation des sociétés internationales, qui ont leurs sièges sociaux en dehors des États-Unis aux diktats légaux de ce pays.

 

Cela étant, on osera dire : pourquoi s’embarrasser de scrupules, pourquoi se gêner ? Car au fond, les Européens sont en grande partie responsables de cette situation, puisque ce sont eux qui leur ont ouvert un boulevard. Plus exactement, Washington a profité du vide juridique qui distingue l’Europe sur les flancs financiers pour mieux introduire sa culture en la matière sur le territoire… européen !

 

Tant et aussi longtemps que Bruxelles et les capitales européennes n’auront pas balisé ces activités à coups de règles communes, Washington disposera de toutes les cartes nécessaires pour favoriser ses banques sur le front de la concurrence. Tant et aussi longtemps que l’Europe n’aura pas un appareil de régulation au diapason de la force de l’euro, le dollar sera roi et maître.

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