L’impossible réforme

Le maire Denis Coderre réalise ce que ses concitoyens savent depuis longtemps, à savoir que Montréal est trop décentralisée. La proposition de rééquilibrage d’une partie des pouvoirs entre ville centre et arrondissements, qu’il a déposée mardi assortie d’une révision du financement des arrondissements, provoque la levée de boucliers attendue des élus locaux.

Denis Coderre n’est pas le premier maire à se buter à un blocage de toute réforme des pouvoirs, sauf que cette fois on l’accompagne de menaces de défusion. Il est hors de question pour les arrondissements qui en 2004 ont adhéré par référendum au nouveau Montréal de revenir sur le compromis historique proposé par le maire Gérald Tremblay pour empêcher les défusions. La loi 33 qui leur redonnait une partie des pouvoirs perdus en 2001 au moment de la création de la nouvelle grande ville est pour eux aussi sacrée que peuvent l’être pour les provinces les articles 91 et 92 de la Constitution canadienne qui déterminent leurs champs de compétences.

 

En campagne électorale, l’idée de revenir sur ce compromis historique avait été évoquée. Certains avaient proposé de réduire le nombre d’arrondissements par des fusions, ce que Denis Coderre avait vite écarté. Il lui aura suffi de quelques mois pour réaliser que les dédoublements entraînent des surcoûts et une inefficacité affectant la qualité des services aux citoyens.

 

Quiconque circule sur les grandes artères de Montréal en hiver sait à quel point le déneigement se révèle cauchemardesque d’un arrondissement à l’autre. La ville centre n’a la responsabilité du déneigement que de 24 % du réseau artériel. Denis Coderre veut que ce soit 52 %, en ajoutant quelques grandes avenues comme la rue Saint-Hubert. Il y a une logique évidente de saine gestion, tout comme l’enlèvement des ordures ménagères qui passerait sous la responsabilité de la ville centre. Perte de pouvoirs pour les arrondissements ? Si peu, mais en contrepartie il y aura des économies d’échelle. Le maire Coderre a mis de côté le mot « centralisation », honni des maires d’arrondissement, pour parler plutôt d’harmonisation des fonctions. Il a raison, car sa réforme est somme toute légère. La résistance des arrondissements n’est pas justifiée.

 

Les batailles de pouvoirs cachent souvent un problème de déséquilibre fiscal, lequel est bien réel à Montréal. Plusieurs arrondissements sont sous-financés du fait que la base de leur financement est leur budget d’avant les fusions alors que les anciennes banlieues n’avaient pas toutes la même capacité fiscale. Le maire Gérald Tremblay a tenté, sans réussir, d’éliminer les iniquités historiques. L’administration Coderre s’attaque à ce problème en proposant des règles de financement objectives dont les formules de calcul complexes et rigides produisent des résultats aberrants.

 

Ces deux réformes ne passeront pas, l’administration Coderre n’ayant pas la majorité requise au conseil municipal. Elle ne doit pas abdiquer pour autant. D’évidence, il lui faut revoir sa proposition financière pour tenir compte davantage des réalités propres à chaque arrondissement. Plus équitable, elle permettrait de faciliter par ailleurs le dialogue sur la réforme des pouvoirs, qui, en éliminant des dédoublements de fonctions entre ville centre et arrondissements, pourrait dégager des économies et créer les marges financières dont tous profiteraient. Tout est lié. Le défi de Denis Coderre est de le faire accepter par les maires d’arrondissement. Il lui faudra négocier. Ces derniers doivent par ailleurs comprendre que leurs menaces de défusion sont stériles. Un retour en arrière n’est dans l’intérêt de personne. Le gouvernement québécois se doit de se dépêcher de vite fermer cette porte.

8 commentaires
  • Guillaume Deschênes - Abonné 10 juillet 2014 05 h 56

    Tout ça pourquoi?

    Une bonne partie du problème vient du fait qu'un gouvernement précédent s'est fait élire en promettant les défusions...En se foutant bien du fait que la métropole soit ingouvernable!!!!

    Après, que j'en "voueille" un se plaindre du cynisme de la population...

    Guillaume Deschênes

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 juillet 2014 08 h 53

    Montréal trop décentralisé?

    Et que dire des villes redevenues indépendantes? Rendent-elles Montréal trop décentralisé?

  • Grace Di Lullo - Inscrit 10 juillet 2014 08 h 54

    Centralisation et non pas nivellement.

    La réforme peut avoir un sens, en centralisant certains services nous obtiendrons des économies d'échelle.

    Il faudrait cependant s'assurer que les économies soient au rendez-vous pour l'ensemble des Montréalais. À chaque annonce de réformes, revisions budgétaires, de réingénierie, c'est plutôt le contraire qui semble nous arriver.

    Sous prétexte d'une économie, nous voilà devant une hausse de taxation, d'imposition ou une apparation de frais afférents. Ces hausses ou ces émergences de frais inédits s'accompagnent trop souvent d'une baisse de services. Cette dernière est également définie comme une augmentation du nombre de cadres per capita et une baisse employés de premières lignes ou une impartition PPP.

    En ayant comme arrière scène la Commission Charbonneau, les économies d'échelle sonnent comme l'apparition de gestes collusionnaires et corruptifs. Cela sonne comme un banquet pour ces entreprises de déneigements et d'ordures. Et l'on sait pour avoir suivi les actualités que des transactions dans ces secteurs d'activités ont des effluves nauséabondes.

    Finalement, provenant d'un arrondissement potentiellement sécessionnaire, la centralisation sonne à mes oreilles comme la venue de la médiocrité des services. Le déneigement et la collecte de nos ordures s'effectuent avec qualité. Avec cette centralisation, nous ne voulons pas tomber au niveau d'un arrondissement zéro qualité. Depuis la fusion, le niveau de service semble se dégrader et ressembler davantage aux quartiers ayant une qualité de service médiocre.

    Il me semble d'ailleurs que Montréal avant fusion n'avait pas l'étalon en terme de déneigement et de collectes d'ordures. Pour exemple, certaines rues étaient et demeurent d'une saleté peu commune et impraticable l'hiver. Nous ne voulons tomber à ce niveau!

    Dans ces cas de centralisations, il est rare de voir un rehaussement des services. On abaisse plutôt le niveau de service. Fédérons les arrondissements, mais préservons leurs caractère dis

  • Claude Bernard - Abonné 10 juillet 2014 11 h 41

    Des économies d'échelle et autres calembredaines

    Il est plaisant de lire qu'il est question d'économies d'échelle et d'éliminer les dédoublements à propos de la gestion de Montréal et de ses arrondissements.
    On connait la chanson et on a déjà donné.
    Si le maire est sérieux, qu'il produise la liste des principaux doublons et des économies anticipées, que l'on puisse se bidonner.
    Les services de proximité sont un des rares acquis des fusions et des augmentations des coûts subséquentes, il faut y penser deux fois avant de les éliminer.
    La coordination du déneigement entre les arrondissements semble un problème insoluble, il y a un manque de leadership quelque part.

  • Gilles Théberge - Abonné 10 juillet 2014 12 h 14

    Imaginez

    Oui imaginez ce que ce serait si la boîte de Pandore des fameuses cités État était malencontreusement ouverte.