Des «guerriers»?

Sommes-nous des « guerriers courageux » ? C’est ainsi que le premier ministre Stephen Harper, dans son discours du 1er juillet, a entre autres décrit les habitants du Dominion fondé en 1867.

 

En route vers le 150e anniversaire de celui-ci, le gouvernement conservateur veut mettre l’accent sur les guerres qu’ont menées les Canadiens. Dans un document obtenu par La Presse, Richard B. Fadden, sous-ministre au ministère de la Défense nationale, prête à un tel exercice de mémoire des vertus importantes : « En comprenant mieux que le développement du Canada en tant que pays indépendant ayant une identité unique [sic] découle d’une façon importante de ses réalisations en temps de guerre, on espère que les Canadiens apprécieront davantage le rôle important que joue le pays dans le monde aujourd’hui. » Le projet ne vient pas sans argent. Quelque 33 millions de dollars seront consacrés à ce projet !

 

On peut comprendre qu’un gouvernement ne fasse pas de l’histoire mais cultive une mémoire. On peut comprendre que, depuis l’invention des Casques bleus par Pearson, le Canada avait peut-être minoré son passé militaire. Les Québécois aussi, par pacifisme rétroactif, ont souvent tu la contribution d’importants contingents québécois dans les grandes guerres. Lors de la seconde, les Canadiens français ne se sont pas tous enfuis dans les bois pour éviter d’aller combattre les nazis. Entre 1939 et 1945, 930 000 Canadiens s’enrôlèrent volontairement dans l’armée, dont 131 618 Québécois, selon les chiffres de l’historienne Béatrice Richard.

 

Mais Stephen Harper va beaucoup trop loin. Ou prend au pied de la lettre l’Ô Canada de Basile Routhier : « Ton bras sait porter l’épée », « Ton histoire est une épopée / Des plus brillants exploits ». (Espérons que le président français ne fonde pas sa vision historique sur la Marseillaise !)

 

Quel rapport cette vision peut-elle avoir avec le monde d’aujourd’hui ? Faut-il comprendre qu’il aurait fallu aller se battre en Irak du côté des Américains en 2003, comme Stephen Harper le réclamait à l’époque ? Heureusement qu’il n’était pas à la tête du gouvernement à ce moment, nous regretterions amèrement aujourd’hui cette participation. À la vérité, les guerres ont de tout temps divisé les habitants du Dominion, car celui-ci ne comporte pas une « identité unique ».

 

Le gouvernement Marois a été dénoncé parce qu’il souhaitait améliorer les connaissances historiques, notamment par un cours obligatoire au collégial, donné par des professionnels ! Cette mesure était pourtant cent fois plus respectable que les commandites mémorielles qui nous viennent d’Ottawa.

7 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 5 juillet 2014 06 h 29

    Gouvernement militarisme .....

    Tout se base sur le militarisme et les guerres pour ce gouvernement Harper qui voudrait bien batir un nationalisme digne de ce nom au Canada .... Cette facon est déplorable et ne reflète plus les valeurs d'aujourd'hui surtout lorsque l'on essai de remémorer de vielles batailles inutiles ....

  • Florence Péloquin - Abonnée 5 juillet 2014 07 h 00

    Quand "unique" ne veut pas dire "unique"

    Sans vouloir défendre, loin de là, la position du gouvernenent Harper décriée à juste titre par l'éditorialiste, je me demande si par l'ajout de son "[sic]" il n'a pas donné, aux propos de M. McFadden un sens qu'ils n'ont peut-être pas: " ... Canada en tant que pays indépendant ayant une identité unique [sic]".

    On peut supposer que ce dernier a dit, en anglais, quelque chose comme "a unique identity", ce qui se traduit bien par "identité unique". Cela, à son tour, laisse entendre que M. McFadden a ainsi gommé une bonne partie de l'identité canadienne.

    Or voici les sens que donne au mot "unique" le Oxpord Dictionnary:
    (1) "Being the only one of its kind; unlike anything else" (ex. "the situation was unique in British politics". Bref, selon cette acceptation, le Canada aurait une identité comme il n'y en a pas d'autre, une identité qui lui est propre.

    (2) "Belonging or connected to (one particular person, place, or thing)" (ex. a style of architecture that is unique to Portugal". Bref, ici, le Canada aurait une identité qui n'appartient qu'à lui seul.

    (3) "Particularly remarkable, special, or unusual" (ex. a unique opportunity to see the spectacular Bolshoi Ballet). Bref, ici le canada aurait une identité unique en son genre, peu usuelle, comme on en trouve pas souvent.

    "Unique" ne veut pas nécessairement dire "unitaire" .......

  • Jean-Robert Primeau - Inscrit 5 juillet 2014 08 h 39

    Lapsus ou erreur de jugement ?

    «du Canada en tant que pays indépendant ayant une identité unique»
    M. Robitaille l'a bien fait ressortir. Pour Harper il n'y a qu'une identité au Canada. La Premières Nations et les Québécois sont passés au rouleau compresseur du chauvinisme 'canadian'.
    Sortons vivement de ce piège.

  • Colette Pagé - Inscrite 5 juillet 2014 10 h 31

    Le va-t'en-guerre Stephen Harper !

    33 millions pour célébrer les victoires militaires. Le va-t'en guerre Stephen Harper tient absolument à faire du Canada un pays guerrier. Ce qui à terme favorisera l'industrie guerrière. Nous sommes très loins de la réputation de paix du Canada qui de plus en plus est mis au banc des grandes puissances. À preuve son rejet à titre de membre du Conseil de sécurité de l'ONU.

    Si les Québécois n'avaient pas perdu leur mémoire, lors de la prochaine élection il servirait une leçon à ce Gouvernement en n'élisant aucun candidat conservateur. Le message serait clair : le Québec ne veut pas partager les valeurs imposées par le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

    • Michel Vallée - Inscrit 6 juillet 2014 12 h 34

      Le plus cocasse, c’est que Stephen Harper n’a, lui, jamais pris la peine de s’enrôler…

  • Carole Minguy - Inscrite 5 juillet 2014 10 h 50

    Mégalomanie quand tu nous tiens

    Oui M. Harper est un mégalomane. Un psychologue pourrait identifier des désirs frustrés dans son enfance d'où son besoin de faire joujou avec des instruments de guerre comme des F-35. D'où le besoin de revisiter l'histoire (comme Lénine) en nous inventant des hauts faits de guerre comme celle de 1812, à la gloire de Laura Secord. Pour moi, les pays qui soulignent leur fête nationale à grands renfort de militaires souffre cruellement d'identité. Et règle générale la démocratie y est absente.

    • Michel Vallée - Inscrit 6 juillet 2014 12 h 38

      @Carole Minguy

      <<Pour moi, les pays qui soulignent leur fête nationale à grands renfort de militaires souffrent cruellement d'identité>>

      Par contre, ça donne de belles parades, avec la fanfare et tout le clinquant des uniformes d'apparat...