Double trempette médicale

L’indéfendable rémunération « incitative » reçue en surplus par le député-médecin Yves Bolduc lors de son passage dans l’opposition soulève plusieurs questions. Sur ce politicien en particulier, et sur la rémunération des médecins en général.​

« J'ai respecté les règles », s’est mollement défendu Yves Bolduc jeudi après que Le Soleil a révélé que le passage dans l’opposition du médecin-député avait été très payant pour lui. En plus de son salaire d’élu de Jean-Talon, il a pratiqué la médecine et a donc été rémunéré à l’acte. Mais il y a plus : en acceptant de prendre en charge quelque 1500 patients « orphelins » — autrement dit sans médecin de famille —, l’omnipraticien a reçu une rémunération incitative supplémentaire évaluée à 215 000 $. Depuis qu’il est redevenu ministre, il n’a plus le droit de pratiquer la médecine. Résultat : la presque totalité des patients pris en charge pendant 19 mois sont redevenus orphelins, et ont engraissé des listes d’attente déjà débordantes.

 

M. Bolduc n’aurait pas dû accepter cette rémunération incitative. D’une part parce que, comme l’a fait remarquer un autre député-médecin, Amir Khadir, accepter de prendre en charge un patient implique un engagement à long terme. M. Bolduc se défend aujourd’hui en disant qu’il ne pouvait connaître l’avenir et prévoir le retour rapide du Parti libéral au pouvoir. Pourtant, nul besoin d’être une pythie pour savoir que le gouvernement Marois, minoritaire, ferait long feu ! Le ministre Bolduc fait valoir que ce dernier avait adopté une loi sur les élections à date fixe et qu’aucun scrutin n’était prévu avant 2016. L’argument a quelque chose de ridicule, comme l’a bien indiqué le sourire dégoulinant de mauvaise foi de l’actuel ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui l’a repris en défendant son collègue docteur.

 

Il y a des circonstances aggravantes : le règlement sur la prime incitative par patient n’a été paraphé par nul autre qu’Yves Bolduc lui-même ! Il savait donc pertinemment qu’il pourrait s’en prévaloir un jour où il quitterait la politique ; ou lorsque la politique le quitterait.

 

La lettre d’entente 245 qui en fixe les conditions a du reste été amendée en mai 2013 parce que la version précédente avait « engendré des coûts supérieurs à ceux prévus pour leur financement », selon ce qu’on peut y lire. Certains médecins exagéraient et « faisaient du volume », pour reprendre l’expression d’une source. Avec la version de 2013, les médecins ne sont pas autorisés à prendre en charge plus de 150 patients par année. Avant ce changement de règle, M. Bolduc, en 19 mois, en avait pris 1500 sous son aile ! Comment a-t-il vraiment pu exercer ses fonctions de député et de médecin convenablement ? « J’ai travaillé les fins de semaine et les soirs », a répondu M. Bolduc. On le sait très vaillant, mais en moins de 600 jours (19 mois) ponctués par du travail à l’Assemblée nationale, au caucus du parti, avec une course à la chefferie au PLQ et le travail en circonscription, est-il possible qu’il ait rencontré chacun des patients pris en charge ? Il y a omni et omni !

 

Question naïve, pour conclure : pourquoi les médecins ont-ils donc besoin de primes pour faire… leur travail (qui est rémunéré), soit de prendre en charge des patients ?

50 commentaires
  • Marie-Claude Lefrancois - Abonnée 4 juillet 2014 04 h 22

    Les sutures cousues de fils blancs

    Lorsqu'on prévient davantage son enrichissement personnel par des dispositions législatives qui n'avantagent que l'individu les ayant mises en place, sans la contribution professionnelle qui les justifie, dans ce cas-ci sans les patients pour honorer son serment d'Hippocrate, peut-on encore réserver ce titre à celui qui s'en ait servi sans servir? Personnellement, je demanderais que toutes les heures facturées, non rendues aux patients si patients, soient reprises par M. Bolduc, en ayant soin de calculer des intérêts, sur les sommes perçues en trop! Histoire d'appliquer un ticket modérateur aux abus!!

  • Pierre Labelle - Inscrit 4 juillet 2014 05 h 08

    Prime à la tolérance.

    Nous les contribuables devrions avoir droit à une prime à la tolérance, même à une surprime, pour ainsi se faire prendre pour des valises. C'est grossièrement indécent de la part de Bolduc d'agir de la sorte, ça l'est davantage de la part de Couillard de tenter de défendre l'indéfendable, lui le premier ministre, et que dire de ce Barrette qui vient y ajouter son grain de sel par une ineptie de son cru... Dire que nous sommes pris avec ce triumvirat pour les quatres prochaines années.

  • Guy Vanier - Inscrit 4 juillet 2014 05 h 41

    Les trois doc's

    Et ils sont là pour 4 ans minimum....chercher l'erreur!
    Pas tanné......

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 4 juillet 2014 09 h 41

      La liste d'attente ?
      Si l'erreur était de vouloir "à tout prix" réduire à zéro la liste d'attente, de toutes les québécoises et de tous les québécois, en vue de leur procurer un médeçin de famille ; l'entente 245 n'était pas la meilleure, mais elle a déjà été corrigée.
      Si l'erreur est de réaliser que l'on ne contingente pas les candidatures démocratiques, il faut chercher son bonheur dans un autre pays !

    • Yves Corbeil - Inscrit 4 juillet 2014 10 h 42

      Les trois doc's et plusieurs autres. Moi ce qui me répugne, c'est le manque de jugements et surtout de valeurs dont plusieurs font preuves au fil des ans, soit en se servant au lieu de servir la société qui les a élus démocratiquement.

    • Gilles Théberge - Abonné 4 juillet 2014 11 h 43

      Oui monsieur Vanier, déjà tanné. Comment donc réfléchissent les électeurs Québécois?

  • Jean-François Caron - Abonné 4 juillet 2014 06 h 06

    Une autre façon de voir cette situation

    J'ouvre une pizzeria demain. Le gouvernement me garanti au minimum 1500 clients qui vont revenir régulièrement a chaque année pour au moins les 20 prochaines années. De plus, je reçois un joli chèque de 215000$ avant même l'ouverture pour prendre en charge ces 1500 clients.

    Trop beau pour être vrai. Ça montre l’étendue de l’absurdité de ce système.

    • Charles Lebrun - Abonné 4 juillet 2014 17 h 10

      Vous oubliez une chose très importante... on parle ici de DOCTEURS!!! Dans notre société, ce sont des quasi-dieux... Regardez comment on a joué la carte des "docteurs" durant la dernière campagne... à plusieurs reprises, on les voyaient, tous les trois, avec des manequins d'hôpitaux au téléjournal... Qu'est-ce que leurs sarraux et la salle d'opération faisaient dans le décor? Peu importe! C'est l'image du DOCTEUR qui compte...

      Encore dans certain média (pas ici, heureusement) on parle encore du ministre de la Santé, le Dr Barrette (au lieu de M. Barrette)! Alors qu'il n'agit pas en tant que médecin, mais bien en tant que personne politique! Il n'est pas en train de soigner un patient, il est ministre! La fonction de "docteur" n'ont plus rien à voir!

      Alors, pour les subventions pour votre pizzéria avec clientèle assurée, vous pouvez rêver!!!

  • Normand Carrier - Inscrit 4 juillet 2014 06 h 13

    Dégoulinant de mauvaise foi .......

    C'est ce même trio de médecins qui s'apprêtent a couper dans les services aux citoyens en adoptant une avalanche de coupures dont plusieurs sont contraires a leurs promesses électorales ......
    Lorsque l'on constate que Barette a touché une prime de séparation de $2 millions payé en grande partie par les contribuables et que Bolduc a recu $215,000. pour prendre a sa charge 1500 patients dont il s'est débarrassé après 18 mois ...... Ce trio de médecins n'a aucun scrupues a s'enrichir au dépend des payeurs de taxes ...... Faites ce que je dis mais pas ce que je fais ......Ca recommence avec ce gouvernement sans morale .......

    • David Boudreau - Inscrit 4 juillet 2014 10 h 31

      Dégoulinant, c'est le mot. Tellement qu'on en a la nausée.

    • Josée Duplessis - Abonnée 6 juillet 2014 21 h 21

      Parfois ça appelle la révolte. 1789.
      Ils n'ont pas froid aux yeux ces libéraux. M Barrette a vite compris que ça serait plus payant du côté des libéraux.
      C'est ça les vraies affaires.