Un actif à conserver

Le 21 août s’ouvrira la 38e édition du Festival des films du monde que depuis autant d’années Serge Losique porte à bout de bras. Il jure ses grands dieux que l’événement aura lieu même si les organismes subventionnaires ne reviennent pas sur leur décision de lui retirer tout financement. Il est prêt à tous les sacrifices, sachant que l’annulation de cette édition à quelques semaines de son ouverture serait une catastrophe qui signerait la mort de son festival dans des conditions honteuses pour lui-même et pour la réputation de Montréal dans les cercles cinématographiques internationaux.

 

Se passer du financement public, Serge Losique le fit une première fois en 2004, lorsque fut lancé un festival concurrent que Téléfilm et la SODEC souhaitaient mettre sur pied. Il hypothéqua ses propriétés personnelles pour prêter 1 million à son festival qui fit la barbe à ce concurrent qui ne survécut pas à sa première édition.

 

Faire le coup une deuxième fois apparaît improbable malgré la pugnacité de l’homme. Son conseil d’administration, sagement, l’amène vers d’autres pistes, dont la principale consiste à donner des garanties aux organismes subventionnaires quant aux dettes du FFM qui seront couvertes par une hypothèque sur le cinéma Impérial et un engagement par ailleurs à « préparer l’après-Losique » où le fondateur se verrait confier un rôle honorifique.

 

Le FFM a besoin de se repenser. On lui reproche d’avoir perdu l’aura de ses premières décennies où il n’avait pas à subir la concurrence des festivals de cinéma qui se sont multipliés, à Montréal comme ailleurs. Le Toronto International Film Festival lui fait ombrage surtout, mais on oublie que leurs mandats sont différents. À Montréal, ce sont les films du monde, de tous pays, moins glamour que les films américains de Toronto qui attirent les grandes vedettes. Peu à peu s’est installé un désamour du FFM qui a contribué à créer un cercle vicieux (une baisse de fréquentation entraînant une baisse de subventions et de commandites, donnant encore moins de moyens pour attirer le public) que les récentes décisions des organismes subventionnaires rendront encore plus difficile à briser.

 

La SODEC et la Ville de Montréal confirmaient mercredi leur volonté de ne pas remettre en question leur décision. Elles attendront un plan de redressement pour 2015 avant de donner à un nouveau FFM les fonds dont il a besoin. Malheureusement, il sera probablement trop tard. On aura perdu un événement qui distingue Montréal sur la planète culturelle qui, toutes choses étant égales par ailleurs, vaut bien un Grand Prix de Formule 1 pour lequel on ne compte pas les millions.

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