Les faits et les méfaits

Le moins que l’on puisse dire est que les juges français chargés d’une « affaire » Sarkozy parmi d’autres ne font pas dans la dentelle. Qu’on y songe : ils ont inculpé l’ex-président pour « corruption active » et « trafic d’influence actif ». C’est à se demander si Sarkozy n’est pas le concepteur de la poupée russe, un méfait en cachant un autre qui en…

Le sujet du jour commande avant tout une clarification : c’est à la faveur d’une enquête consacrée au possible financement de la campagne de Sarkozy par Mouammar Kadhafi en 2007 que les juges d’instruction ont compilé une série d’éléments permettant d’avancer que les pressions effectuées par Sarkozy sur le flanc de l’affaire Bettencourt relevaient peut-être bien de « la corruption active » et d’autres malversations. Après des mois d’enquête consacrés à cette troublante découverte, les magistrats ont donc décidé de mettre l’ex-président en garde à vue, une première dans l’histoire de la Ve République, avant de lui signifier sa mise en examen, qui est le pendant français de notre inculpation.

 

Ce faisant, les juges d’instruction rattachés, c’est à retenir, à l’Office central de lutte conte la corruption et les infractions financières et fiscales vont « réanimer » le dossier Bettencourt, lui aussi lié au financement de la campagne de 2007 de Sarkozy, et le rattacher aux autres affaires. En fait, on devrait parler d’une myriade d’affaires dont Sarkozy est le sujet principal. Outre celles déjà évoquées, il y a l’affaire Tapie, la Buisson, la Bygmalion, et celle plus ancienne dite des frégates vendues au Pakistan lorsque Édouard Balladur avait décidé de s’opposer à Jacques Chirac en vue de la présidentielle de 1995.

 

Cela rappelé, il y a de quoi être effaré par les réactions de sa garde rapprochée, qui se comporte en fait comme une garde prétorienne, ainsi que par les siennes. Des réactions si épidermiques et si malhonnêtes qu’elles s’avèrent le déshonneur de l’UMP, le parti de Sarkozy, au grand complet. Sur les ondes de TF1, la télé privée, il a campé une fois encore le rôle de la victime, laissant entendre que le travail des juges était synonyme d’acharnement. On se rappellera qu’il y a quelques mois, dans une tribune du Figaro, il estimait que les juges fonctionnent à son endroit comme le faisait la Stasi en Allemagne de l’Est. On insiste : celui qui fut président de la France a ramené celle-ci à la catégorie des pays où la surveillance tous azimuts, le goulag, l’enfermement psychiatrique et autres pestes contemporaines étaient l’horizon indépassable.

 

Histoire de ne pas être en reste, au sein de son parti un député n’a rien trouvé de mieux que de conjuguer la garde à vue d’un homme, qui après tout est justiciable comme un autre, avec « le régime de la Terreur ». On aimerait savoir si, au moment où cet élu a formulé cette insanité, il portait le bonnet phrygien des sans-culottes. D’autant…

 

D’autant que les bonzes de l’UMP qui ne jurent que par Sarko se sont appliqués à démolir la réputation d’une des juges impliqués en forgeant et en communiquant des mensonges. Par exemple, on a dit qu’elle avait été présidente du syndicat de la magistrature, ce qu’elle n’a jamais été, on lui a prêté une diatribe écrite par un opposant à l’ex-président, etc. Bref, les raboteurs de l’idée politique ont amorcé une campagne de salissage qui illustre par ailleurs combien l’effet pervers du net est bel et bien la caisse de résonance de la haine, du mensonge et d’autres travers.

 

En attendant que les François Fillon, Alain Juppé et autres chefs de file de l’UMP insufflent un peu de hauteur dans le débat, force est de constater que les membres de la famille UMP et leurs contempteurs rappellent à gros traits la IVe République. Celle des incompétents et des imbéciles.

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15 commentaires
  • lise pelletier - Inscrit 3 juillet 2014 00 h 43

    Question ?

    Comment se fait-il que l'on accorde autant de tribunes à cet ex-président de la France, on a pourtant ici tout ce qu'il faut de corruption pour remplir nos journaux à condition d'aller au fond des interrogations ?

    Son droit à la popularité par-ici nous vient peut-être de sa grande amitié avec l'autre magouilleur, lui aussi ex-chef du PLQ.

    Si on se concentrait un peu plus sur le chef actuel du gouvernement du québec en fouillant pour trouver où a été placé son salaire pour ses années en Arabie Saoudite.

  • Normand Paradis - Abonné 3 juillet 2014 01 h 17

    Un être peu recommandable!

    Vous dîtes Monsieur Truffault: «...sa mise en examen, qui est le pendant français de notre inculpation». Cela est inexact! L'équivalent ici de la mise en exament est l'enquête préliminaire. Nous assistons toutefois à une politisation outrancière de cette affaire juridique qui ne fait pas honneur à l'ex-président, ses proches et la partie peu-politisée de la population française qui gobera une bonne partie de la mise en scène. Souvenons nous que M. Sarkozy n'a pas le monopole de l'attaque contre les juges, ici au Canada...

  • Gaston Bourdages - Abonné 3 juillet 2014 06 h 06

    Est-il exact que le chiffre «sept» a une ou des connotations...

    ...particulières ? Le Journal Le Monde nous rappelle les sept «affaires» Sarkosy. Il y a eu Hercule et ses 12 travaux. Que nous rapportera l'Histoire quant aux sept «affaires» de Sarkosy? Avec toutes ces références, allégations,mentions du mot collusion dans nos quotidiens, j'en suis venu à me demander si cette même corruption est devenu la sinon une norme pour accéder à un pouvoir? Qu'il soit politique, économique ou autre. Peut-on aussi penser que l'Homme, au fil du temps, a accordé à sa conscience une telle élasticité ? À droite sur mon écran, je lis: «Mots Clés». Celui de la «corruption» arrive en 1er. Je souris à penser que la corruption est l'outil «mot-clé» pour débarrer des cadenas autrement inaccessibles. Que dame «Morale» doit «manger ses bas» par les temps qui courent !
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.
    Auteur d'un Mémoire déposé à La Commission Charbonneau. Ouvrage intitulé: «POURQUOI la corruption?» - «POURQUOI la collusion?» Avec sous-titre: «Causes, incitatifs, origines, racines et conséquences»

  • Pierre Couture - Inscrit 3 juillet 2014 07 h 13

    Le viol de l'instruction

    Il me semble que la plus récente accusation pesant sur Sarkosy concerne les tractations qu'il aurait mené avec un juge pour connaître les détails d'une enquête le visant.

    Bref, le secret de l'instruction a été violé. Le Canada n'a-t-il pas connu au moins un scandale semblable à la Cour suprême? Grâce à son juge en chef en plus?

    De part et d'autre de l'Atlantique, la démocratie semble beaucoup trop précieuse pour la laisser aux mains des citoyens...

  • Pierre R. Gascon - Inscrit 3 juillet 2014 07 h 36

    Servir le bien public

    La politique actuelle est-elle ruinée par la corruption, par le phénomène des pots-de-vin; est-ce si difficile de rester honnête en politique?

    Est-ce un phonomème endémique? Soyons à l'affut.

    Recherchons des gens qui ont, sans équivoque, servi le bien public; ensuite, nous pourrions les appuyer, avec vigilance, dans leur carrière politique.

    Par exemple, voyez les éloges à l'égard du déjà regretté Jean Garon.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 juillet 2014 05 h 39

      Oui mais des Jean Garons y en pleut pas, mais des... l'autre genre, y en a à la tonne.

      PL