Le mur et les valises

Pour interpréter le témoignage tant attendu de Nathalie Normandeau devant la commission Charbonneau, il n’y a pas 10 hypothèses possibles. Deux suffisent : soit elle fut une ministre libérale naïve jusqu’à l’inconscience, soit elle a opté, dans son témoignage de mercredi, pour une technique fréquente chez certains élus lorsque leur conduite est remise en question : transformer l’entourage en bouc émissaire pour se disculper. Nous penchons vers la seconde.

 

Rapidement, l’ancienne vice-première ministre a établi sa ligne de défense hier. Bruno Lortie a été son chef de cabinet pendant huit ans. Elle lui a « toujours fait confiance ». Mais en suivant les travaux de la commission, elle a « appris des choses ». Un doute a surgi : « Je me pose des questions et j’espère qu’il n’a pas trahi ma confiance. J’espère. »

 

Habile. Pour Mme Normandeau, son chef de cabinet était l’équivalent de ses bras « droit… et gauche ». Elle et lui étaient inséparables, mais elle n’a rien vu, rien entendu des pratiques de favoritisme de M. Lortie. Contradictoire. Elle était au fait que M. Lortie était très proche de M. Marc-Yvan Côté, mais pas qu’ils avaient une relation quasi filiale, plaide-t-elle. La nuance est mince.

 

Mme Normandeau semblait tomber des nues mercredi. Les « magouilles » de financement des firmes de génie ? Une découverte récente, qui la « révolte ». De 2009 à 2011 pourtant, d’innombrables faits lui ont été présentés par les oppositions, les médias, etc. Le 2 décembre 2010, par exemple, interrogée sur de possibles liens entre l’obtention d’un contrat d’Hydro-Québec par des firmes de génie-conseil généreuses avec le PLQ (Axor, BPR, S.M. et Dessau), elle eut cette réponse : « Ces firmes-là contribuent à peu près à tous les partis politiques au Québec. » Les firmes contribuent ? Vraiment ? Elle s’était tout de suite corrigée. Avec le sourire : « Les individus contribuent, on s’entend… »

 

Que dire du « mur » éthique sur lequel l’ex-ministre a insisté hier ? Où était-il lorsqu’elle a accepté les faveurs d’entrepreneurs ?… lorsqu’elle laissait son M. Lortie piloter son financement politique ?… lorsqu’elle favorisait, grâce à son pouvoir discrétionnaire, les mêmes firmes de génie ? Le seul mur qu’on l’a vraiment vue défendre, à l’époque, c’est celui qui se dressait devant le vérificateur général (Renaud Lachance !) l’empêchant d’entrer à Hydro-Québec.

 

Plusieurs diront que l’ex-ministre « s’en est bien sortie » mercredi. On se bornera, comme trop souvent, à l’analyse communicationnelle : qu’elle était bien préparée ! En effet. On imagine même très bien Mme Normandeau dire (comme un intervenant l’a twitté hier) : « En tant qu’ancienne ministre du Tourisme, je suis habituée de prendre les gens pour des valises. »

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